Suisse

Elections confédérales en Suisse : les nationalistes, grands vainqueurs

, par Sophie Gérardin

Elections confédérales en Suisse : les nationalistes, grands vainqueurs

Alors que la Suisse représente un modèle de fédéralisme et de compromis, elle n’a pu contenir une poussée xénophobe qui s’est traduite lors des dernières élections confédérales par une montée du parti nationaliste de droite, l’Union démocratique du centre. Son leader, le très charismatique Christoph Blocher, a fait campagne sur les thèmes de l’immigration, du libéralisme et du refus d’intégrer l’Union européenne. Retour sur un scrutin qui inquiète, au-delà de ses frontières.

Faut-il voir dans la victoire de l’Union démocratique du centre (UDC) le 21 octobre dernier, une peur et un réflexe de repli des Suisses face à l’arrivée de travailleurs étrangers sur leur territoire ? En tout cas, avec soixante-deux sièges au Conseil national (la Chambre haute qui compte 200 membres), l’UDC devient la première force politique du pays, derrière le parti socialiste avec 43 sièges, le parti démocrate-chrétien et le parti radical démocratique avec 31 sièges chacun et les Verts avec 20 sièges. Ces derniers enregistrent eux aussi une forte progression, avec neuf sièges de plus qu’en 2003.

Les deux chambres de l’assemblée fédérale, élue pour quatre ans, seront chargées de choisir les sept « conseillers fédéraux », le 12 décembre prochain. L’UDC réclame d’ores et déjà le retrait de trois ministres en place. La gauche se rapprochera-t-elle des écologistes, tout comme la droite traditionnelle de l’UDC, pour mieux peser sur les affaires du pays ? Tout reste possible. Jusqu’à récemment, le consensus et le compromis étaient de mise au sein de la plus haute instance du pays.

Le paradoxe suisse ?

Cependant, l’entrée de Christoph Blocher au Conseil fédéral en janvier 2004, a bousculé ces valeurs. Il réussit à faire modifier la répartition traditionnelle des sièges au profit de son parti, passant de un à deux et affaiblissant par là le parti démocrate-chrétien. Les rapports de force entre les conseillers fédéraux s’accentuent dès lors. L’UDC devient un partenaire politique à part entière et surfe sur une popularité grandissante.

Les thèmes développés par Christoph Blocher connaissent, en effet, une certaine résonance : refus de l’immigration, protection de l’indépendance et des traditions suisses, défense de la neutralité et renforcement de la démocratie directe. Pour un pays multilingue qui accueille un grand nombre d’instances internationales et tire sa richesse de capitaux étrangers, le paradoxe peut sembler flagrant. Et pourtant, selon une étude de l’université de Genève et du Fonds national suisse de la recherche scientifique datant du 28 juin 2006, plus de 50% de la population se dit xénophobe. Enclavée dans l’Union européenne (UE), la Suisse protège jalousement son indépendance et sa neutralité politique et militaire.

Montée du nationalisme : un phénomène européen

Après le résultat des élections confédérales, le pays voit son image ternie sur la scène internationale et plus particulièrement auprès de ses voisins européens. L’affiche de campagne de l’UDC, représentant trois montons blancs poussant vers la sortie un mouton noir, a fait couler beaucoup d’encre. Christoph Blocher ne cache pas son refus d’adhérer à l’UE et à l’OTAN, tout comme il s’était opposé à l’entrée de son pays à l’Organisation des Nations Unies, en 2002. La Suisse serait-elle plus xénophobe que ses voisins ? Le parti néo-nazi allemand, le NPD, s’est inspiré de cette affiche. Même si le principal parti extrémiste français, le FN, a connu un net recul aux élections nationales de 2007, les extrêmes ont largement progressé ces dernières années dans plusieurs pays européens.

La constitution d’un groupe ultranationaliste au Parlement européen en début d’année, composé de vingt membres venant de Roumanie, Belgique, France, Italie, Autriche, Bulgarie et Royaume-Uni, rappelle que des relents populistes et xénophobes existent bel et bien partout en Europe. Retour à la monnaie nationale, rétablissement des frontières, instauration d’une préférence nationale… Leurs idées sont aux antipodes des valeurs sur lesquelles s’est construite l’intégration européenne.

Même si la Suisse n’appartient pas à l’UE, il n’empêche que la progression d’un parti nationaliste flirtant avec le racisme, comme le prouve son affiche de campagne très controversée, doit être surveillée de près. Elle pourrait bien avoir une conséquence sur les relations bilatérales et jusque dans les milieux économiques.

Christoph Blocher, populiste et populaire

Dès le soir du scrutin, la gauche suisse a dénoncé l’énorme somme d’argent dépensée par l’Union démocratique du centre pour sa campagne, estimée à environ 34 millions d’euros. Pourquoi environ ? Parce qu’en Suisse, le financement des partis n’est pas contrôlé. Beaucoup de ses opposants pensent que Christoph Blocher a injecté de l’argent dans sa campagne.

Ce richissime homme d’affaire de 67 ans est à la tête d’un des plus performants groupes chimiques du pays. Il siège au Conseil national de 1979 à 2003, après avoir étudié le droit à Zurich. Conseiller fédéral depuis 2004, en charge de la police et de la justice, il ne cesse de se distinguer, méprisant le secret des délibérations et le consensus ambiant. La campagne a été pour lui le théâtre d’une véritable personnification. Populiste et provocateur selon ses détracteurs, son entourage le dit proche des préoccupations du peuple. On saura, le 12 décembre prochain, s’il se maintient au Conseil fédéral.

Illustration : Affiche de la campagne de l’UDC

Pour aller plus loin : TV5

Vos commentaires

  • Le 1er novembre 2007 à 11:57, par Neoweb 2000 En réponse à : Elections confédérales en Suisse : les nationalistes, grands vainqueurs

    Les suisses ont depuis longtemps la réputation un peu rugueuse et atypique, d’hommes et de femmes qui ont résisté avec habileté et courage à bien des envahisseurs. Les lois qu’ils s’imposent correspondent bien à ce schéma qui veut privilégier avant tout le domaine commun proche, et reconnu, sans se laisser subjuguer par le clinquant de thèses à destination d’esprit moins prudent. L’exemple le plus concret est l’obligation, dans certains villages de soumettre l’achat des terres ou de résidences à l’approbation des citoyens locaux ; Il s’agit selon cette loi de permettre d’abord, aux locaux de garder le contrôle de la ressource, ou du territoire à celui qui l’a jusque là, aménagé. Les Suisses ne rêvent pas beaucoup ; Il semble estimer suffisant que la mécanique d’une montre ait un fini parfait ;, que le mécanisme des automates colorés et amusants de leurs productions de miniatures locales démontrent leur habileté technique,que quelques grands groupes alimentaires leurs permettent l’autonomie, que leur organisation sociale fédérale recueillement suffisamment l’approbation des citoyens, qu’après tout, sécuriser le secret du crime financier par le secret bancaire n’est pas un obstacle au niveau de leur morale, morale qu’ils auraient bien voulu garder élevée alors qu’un Calvin la rendait obtuse. . Comme bien des européens, le suisse est devenu un homme chancelant, il ne s’octroie pas le luxe du rêve ; Il tache de se raccrocher à ce qui lui parait solide à court terme, à ce qu’il peut voir pas trop loin de ses yeux, protégé par ses montagnes. L’imbécillité des thèses du dernier philosophe de Genève, qui ont laissé de lourdes traces au pays, n’ont fait qu’obscurcir le chemin d’un futur à ces paysans soldats. Les Suisses sont plus prudents qu’imaginatifs, c’est là leur défaut ; Mais l’on sait qu’en ces temps où notre grand monde évolue sans attendre, ne pas faire l’effort d’envoyer au-delà des montagnes le meilleur de ses éclaireurs pour en ramener qui sait, un meilleur levain, risque de compromettre dans les foyers un équilibre plus fragile qu’il n’y parait .

  • Le 29 décembre 2007 à 09:26, par par Choglamsar, Genève En réponse à : Elections confédérales en Suisse : les nationalistes, grands vainqueurs

    Je ne sais pourquoi je découvre si tard, Neoweb 2000, votre commentaire sur cet article.

    Je suis un citoyen suisse de 50 ans, résolument démocrate et tourné non seulement vers l’Europe mais aussi vers le monde en général. Votre description d’un « caractère national » suisse ressortit d’un courant ethnographique dépassé, avec difficulté il est vrai, à partir du milieu du XXe siècle : la conception même d’une typologie des peuples et des nations, et surtout des sociétés délimitées par les frontières arbitraires d’un Etat, est justement l’un des fondements des idéologies ultranationalistes, qui ont été à l’origine des guerres et des génocides les plus tragiques du XXe siècle. La grille d’analyse que vous utilisez me paraît donc cadrer parfaitement avec la montée très inquiétante du nationalisme UDC en Suisse ces dernières années. Mais je ne veux pas vous faire ici de procès d’intention.

    10% des Suisses, en tout temps, vivent à l’étranger. Autrefois ils étaient souvent miliciens dans les armées européennes, cf. le massacre de la garnison suisse de la Bastille ou la garde suisse du Vatican. Mais ils ont été aussi ingénieurs, précepteurs, entrepreneurs, constructeurs dans toutes sortes de domaines ; je pense maintenant à l’exemple de la contribution de Suisses dans la Russie de Catherine II. J’ai moi-même un tout petit peu travaillé et vécu à l’étranger, et comme la plupart, suis rentré au pays ensuite, gardant mes curiosités et engagements envers différentes parties du monde.

    Calvin, que vous semblez si peu apprécier, était un immigré huguenot, de même que l’élite protestante qui tint le haut du pavé à Genève pendant des siècles. Une bonne partie de mes propres ancêtres étaient des catholiques de la région genevoise qui se sont trouvés à certains moments en opposition et en résistance active contre les velléités des protestants de la ville d’éradiquer toute influence du Vatican dans la région. Cependant ces conflits, qui ont vu une exacerbation vers la fin du XIXe siècle, ont pu être dépassés grâce à une insistance accrue sur les mécanismes démocratiques confédéraux. Actuellement la moitié des résidents de Genève est constituée par des étrangers.

    La Suisse, si l’on veut bien relativiser les stéréotypes qui courent à son sujet, est donc à l’évidence un pays plus complexe et plus créatif que celui que vous décrivez, avec une tradition d’ouverture sur le monde en général. L’UDC de Christoph Blocher, depuis 15 ans, défend l’inverse, mais je veux croire que ce succès apparent auprès de l’électorat suisse ne durera pas, précisément en raison des motifs que je viens d’évoquer. Par contre, l’UDC blochérienne actuelle cristallise une tendance néofasciste, ou en tout cas antidémocratique, qui a déjà fait de gros dégâts au sein de nos institutions et lésé en particulier de nombreux immigrés, et en outre aggravé toutes les sortes d’intolérance et d’exclusion, ce qui à terme constitue une menace pour l’harmonie et l’intégrité de notre pays multiculturel.

    Dès le lendemain de l’annonce des résultats en faveur de l’UDC du vote du 21 octobre 2007, j’ai commencé un blog destiné à explorer et élaborer leurs conséquences concrètes, surtout pour l’immigration et l’asile, qui sont dramatiques, aliénantes, et en infraction aux principes des Droits de l’Homme, dans leur esprit mais aussi dans la lettre, qui devrait aboutir à la condamnation de notre pays par les instances européennes et de l’ONU qui sont censées défendre les droits humains.

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