Découvrez Emile Noel, premier Secrétaire général de la Commission européenne

, par Emmanuel Lemaignen

Découvrez Emile Noel, premier Secrétaire général de la Commission européenne

Gérard Bossuat, professeur à l’université de Cergy Pontoise, nous livre ses recherches sur Émile Noël, premier Secrétaire général de la Commission européenne, 1958-1987. Homme secret et réservé, il a participé à la construction européenne comme Monnet ou Schuman. Nous vous proposons de découvrir cet homme peu connu qui a façonné un des maillons des institutions européennes.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre et choisi ce type de personnalité ?

Une biographie professionnelle de Noël fait entrer le lecteur dans la vie intérieure de la Commission européenne et de ses relations avec les États. On en comprend mieux le fonctionnement à travers l’action de son secrétaire général. Émile Noël est resté en poste pendant 30 ans, la durée de son mandat en faisait un témoin privilégié de l’histoire de l’Unité européenne. Mais il y avait une autre curiosité à satisfaire. Noël est un Français qui est le contraire de l’image forgée par le gaullisme d’une méfiance quasi maladive envers toute forme de gouvernance partagée.

Quelle difficulté avez-vous rencontré dans vos recherches et dans l’écriture ?

Émile Noël était un homme discret, sinon secret ; à travers les archives de la Commission et celles d’Émile Noël un portait de l’homme se dessine, mais la difficulté a été de trouver la part personnelle prise par Noël dans les décisions politiques prises par la Commission. De nombreuses interviews d’anciens hauts fonctionnaires de la Commission ont complété l’approche de son implication dans l’organisation interne des institutions communautaires. La difficulté a été de le sortir de l’anonymat sans exagérer son rôle.

Quelle est la vision de l’Europe d’Émile Noël ? La vôtre ?

Partisan et organisateur du système communautaire, avec évidemment les présidents de la Commission européenne et en relation étroite avec eux, il défend ce système qui consiste à faire travailler ensemble des États qui n’y sont pas naturellement portés, à rappeler les solidarités entre pays membres, dans le respect de tous, petits et grand États. Ma vision de l’unité européenne, en tant qu’historien, m’incite à dire que rien de semblable aux institutions communautaires n’avait encore été fait en Europe et dans le monde.

On ne peut qu’être étonné d’une telle réussite ? Ce bien commun doit être protégé au risque de réveiller les vieux démons de l’égoïsme sacré et d’insécuriser la relation de l’Europe avec le reste du monde. Tout est si fragile encore qu’il est bon de comprendre le projet d’unité, que les citoyens voudront sans doute défendre. Les générations des années 80 ne sont plus celles des pionniers des années 50-60. Elles ont aussi leur responsabilité dans cette aventure.

Dans ce contexte de crise au niveau européen, qu’aurait-il pensé / souhaité ? Comment aurait-il agi ?

Comment demander à une personnalité, si impliquée de son temps (1957-1987- 1996) de donner une solution pour les crises actuelles en 2012 ? Toute l’action de Noël a visé à mettre en accord les aspirations des États membres avec le bien commun européen. Noël disait, avec courtoisie et force, l’intérêt général européen. Quel est l’intérêt européen aujourd’hui ? Certainement de bâtir une solution commune à la crise, au moins entre les pays membres de l’euro. Noël a pu penser que l’élargissement était trop rapide, qu’il fallait approfondir avant d’élargir pour créer des réflexes communs qui n’apparaissent guère encore en ce moment.

Qu’apporte l’histoire du Secrétaire général de la Commission européenne, Émile Noël, à la connaissance de cette Institution, à son rôle, et au processus de construction européenne ?Quelles réflexions inspire-t-elle aux responsables des États, de la Commission et des autres Institutions en 2011 ?

L’apport du normalien Émile Noël est à chercher dans la mise en place du système communautaire. Il n’aura cessé de le faire respecter par tous, y compris des présidents de la Commission ou des commissaires qui en auraient oublié l’esprit. Robert Marjolin l’avait défini comme un système « où chaque problème est réglé à son heure dans la confiance que les problèmes des autres seront aussi réglés le moment venu ». Noël lui-même le décrit comme un système original où « la décision ne résulte pas d’un compromis du hasard, mais bien de la proposition indépendante d’une institution européenne ». Ainsi cherche-t-il en permanence à optimiser le système communautaire.

Il ressort des trente années bruxelloises de Noël que le Secrétaire général est animé d’une foi indéfectible dans les Institutions européennes et singulièrement pour la Commission parce que la pratique communautaire est faite de partage des souverainetés nationales et de la volonté commune d’aller vers une « gouvernance » assumée collectivement de l’Europe unie. Noël sait qu’il faut, avant d’arriver à une vraie fédération européenne, construire patiemment une doctrine et une pratique du système communautaire bénéfique à tous, États comme citoyens. Il croit à la volonté des hommes et des institutions pour faire avancer la société européenne vers plus de solidarité institutionnelle. « La cause européenne était le critère de sa pensée et de son action sans déviation ni faiblesse », observe un de ses adjoints, l’Allemand Klaus Meyer. Or Noël remarque avec inquiétude une désagrégation de ce système sous la poussée des grands États qui récupèrent, à travers le Conseil européen, la capacité, d’une part d’afficher leurs intérêts nationaux, d’autre part de modeler à leur gré les domaines d’application du système communautaire.

Émile Noël, citoyen d’un nouveau monde, pionnier efficace de nouvelles pratiques intereuropéennes serait-il gênant au point d’inquiéter les gouvernements, ce qui expliquerait qu’il ne soit guère connu ?

Gerard Bossuat, Professeur à l’Université de Cergy-Pontoise Professeur http://irice.univ-paris1.fr/spip.php?article154

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