Bilan et perspectives

Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

2008 : une année à venir qui découle des choix de 2007 en attendant 2009

, par Fabien Cazenave

Europe : le bilan de l'année 2007 et les perspectives pour l'année 2008 - 2ème partie

Kosovo, présidence slovène, présidence française, ratification du Traité de Lisbonne, crise financière mondiale, élection présidentielle américaine, tensions iranienes,... L’année 2008 s’annonce pleine de difficultés et de moments forts dans son calendrier. L’Europe est au programme et est face à une année pleine de défis.

La ratification du Traité de Lisbonne : objectif premier

Sur internet, la bataille est partie. La ratification du Traité de Lisbonne mobilise tous les sites pro-européens qui sont engagés pour ne pas revivre la déception de 2005 et convaincre les internautes-citoyens des aspects positifs du Traité. Comme en 2005, les partisans du Non ont donné jusqu’à présent la clé de lecture de la campagne : faut-il un référendum en France pour ratifier le Traité de Lisbonne ?

Encore une fois, on détourne sciemment la question des améliorations de la situation européenne grâce au Traité. En 2005, c’était l’Europe sociale qui était prétexte à voter non. Cette fois-ci, on voit pointer les reproches de « coup d’Etat » ou de déni de démocratie pour le peuple français. Il est intéressant de voir que les tenants du « Non » ne disent pas qu’ils sont pas pour le non directement. Enfin, il est à noter qu’il n’est jamais demandé qu’il y ait un référendum pan-européen, à la différence d’associations pro-européennes comme l’Union des Fédéralistes Européens ou les Jeunes Européens - France.

En effet, le texte possède de nombreuses avancées, comme la Charte des Droits Fondamentaux ou le fait que le Parlement européen ait plus de pouvoirs. Encore une fois, nous avons le sentiment en tant qu’association pro-européenne que les politiciens français qui sont pour la ratification ne veulent pas part à la bataille qui est entrain de se dérouler sur la toile européenne. La proximité des élections municipales et la décision de Nicolas Sarkozy de passer par voie parlementaire explique sûrement cela. Nous ne pouvons que le regretter.

En route pour la présidence française

Depuis l’arrivée de Jean-Pierre Jouyet au Ministère des Affaires Européennes, le calendrier français de ce ministère est pointé vers la Présidence française de l’Union européenne (PFUE). Celle-ci aura lieu après la présidence slovène qui commence le 1er janvier 2008.

En effet, chaque Etat membre assure la Présidence du Conseil de l’Union européenne à tour de rôle pendant 6 mois puisqu’il n’y a pas de Président élu de l’Union européenne comme il y a un Président de la République en France... Tant que le Traité de Lisbonne n’est pas ratifié pour l’ensemble des pays de l’Union européenne.

Les grandes lignes sont connues, le tout sur le thème d’une « présidence citoyenne » :
- protection des citoyens (dont le problème du traitement de l’immigration)
- le pôle énergétique et l’environnement durable
- la révision du budget (et le problème de la révision de la PAC)
- la défense européenne

Cet évènement a d’ores et déjà un programme chargé par l’agenda communautaire. Le budget annoncé est de 190 millions d’€uros, ce qui est plus que la présidence allemande, mais nous savons déjà qu’une partie est « pré-programmée ». Espérons qu’un effort sera fait dans les médias, notamment à la télévision pour améliorer l’information des citoyens.

Enfin, le chantier de la défense européenne est un axe original dont on sait qu’il tient à coeur à Nicolas Sarkozy et à Hervé Morin, le Ministre de la Défense. Après le rejet de la CED en 1954, le sujet est resté un peu tabou et l’Europe a eu tendance à surtout s’appuyer sur l’Otan pour assurer sa défense. Mais aujourd’hui comme demain, une défense européenne est un véritble enjeu tant l’Europe est limitée sur le plan diplomatique à essyaer de peser grâce à des aides financières.

Kosovo et affaires internationales : dangers majeurs

Le monde est entrain de subir de nombreux changements. Si cela est un fait depuis plusieurs années, les récents changements mondiaux inquiètent : déstabilisation du Pakistan avec l’assassinat de Benazir Bhutto, tensions iraniennes au sujet du nucléraire, un président américain en fin de mandat qui est tenté de marquer sa fin de présidence par un nouveau conflit militaire,...

De plus, la crise financière menace. Autant nous avons jusqu’ici été protégés par la force de notre zone €uro, autant nos hommes politiques n’ont pas semblé avoir très envie de l’expliquer aux citoyens. La Banque Centrale Européenne (BCE) a dû injecter des liquidités en masse sur le marché monétaire suite à l’éclatement de la crise des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis (« subprime ») pour éviter toute pénurie, car les banques, rendues méfiantes, ne se prêtent plus d’argent entre elles. Vendredi 28 novembre 2007, La BCE a retiré 150 milliards d’euros du circuit monétaire de la zone euro, continuant ainsi à absorber les excédents de liquidités qui s’y sont accumulés. La crise financière guette-t-elle pour notre continent ? Le besoin d’une Europe politique forte et unie se fera alors ressentir.

Dans le cadre d’une diplomatie plus traditionnelle, la présidence slovène va devoir gérer une des sources les plus dangereuses pour l’unité de l’Europe : les Balkans et le problème du Kosovo. En effet, c’est en début d’année que va se décider le statut de cette province que les Serbes estiment être le berceau de leur histoire. Le problème est que les plus de 90% d’ « Albanais » kosovars qui y sont pensent pour s’affranchir de ce passé. Quand on se souvient des divergences entre Européens au sujet de la guerre en Irak en 2003, on comprend combien l’unité européenne risque d’éclater sur un sujet aussi sensible.

D’autant que si le Kosovo obtient son indépendance, on peut se demander quel signal est envoyé aux nationalistes des minorités comme les Flamands, les Lombards, les Basques, etc ? D’ailleurs, le sujet belge est un vrai sujet d’inquiétude au sein des instances communautaires : personne ne veut donner son avis car tout le monde a peur de se voir traiter de faire des ingérences dans une affaire interne d’un pays de l’Union. Pourtant, la Belgique s’enfonce dans la crise et dans la radicalisation, notamment des plus extrêmistes chez les Flamands.

Elections européennes : le véritable enjeu

Mais qu’on ne nous en veuille pas : malgré tous les enjeux énoncés plus haut, l’année 2008est en fait une année de transition vers ce qui peut se révéler être un nouveau pas dans la construction communautaire. En effet, les élections communautaires sont le véritable enjeu des plus européens.

Non pas parce que nous allons nous présenter aux élections ou que nous cherchons des places pour avoir du pouvoir. Non. Ces élections peuvent marquer en réalité le renouveau de la marche en avant européenne.

Voici les deux raisons principales que nous marquerons par prudence par des « si » :
- si les partis européens se présentent avec un vrai programme commun dans toute l’Europe, les élections sortiront des enjeux locaux et nous aurons une vraie perspective dans le choix, plus libéral ou plus social par exemple, pour les citoyens.
- si les partis désignent à l’avance une tête de liste qui prendrait la présidence de la Commission européenne en cas de victoire, nous aurons l’ébauche d’un vrai espace public européen car les citoyens pourront au mieux s’approprier les enjeux de l’élection.

Nous pourrions rêver également que nos députés aient le courage de se former en assemblée constituante pour définir une Europe encore plus politique. Mais nous préférons nous en tenir à la réalité communautaire qui avance lentement mais sûrement. A moins que les députés de l’intergroupe fédéraliste au sein du Parlement européen décide de...

Quoiqu’il en soit, comme pour le Tour de France en cyclisme, si tout se joue au moment des étapes de montagnes, c’est aussi dans la plaine avant qu’on peut tout perdre. Alors nous ferons tout notre possible pour que la ratification du Traité de Lisbonne ait lieu et que la Présidence Française soit une réussite. Car sans l’Europe, aucun pays européen ne peut espérer jouer seul un rôle réel sur la scène européenne.

Illustration : « De 2007 à 2008 avec le Taurillon »

Vos commentaires

  • Le 30 décembre 2007 à 17:01, par chris 939 En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Nous demandons un REFERENDUM sur l’ Europe ! Déni de démocratie ! 73 % des Français demande un référendum sur l’Europe ! Jusqu’où ira l’infamie de la Commission non-élue de Bruxelles qui dénie aux Peuples Européens de se gouverner eux-mêmes ? Le Peuple Français à voté NON à 55 % en 2005. Croyez-vous que c’est par la force et contre les Peuples que vous ferez avançer l’ Europe ? Le nouveau traité est le même qu’en 2005 a dit M.Giscard d’Estaing. Pourquoi une telle volonté de faire passer contre l’avis des Peuples une construction antidémocratique et antisociale comme seule vision de l’ Europe ? DES REFERENDUMS DANS TOUTE L’EUROPE ! Les Peuples sont souverains avant les marchés financiers !

  • Le 30 décembre 2007 à 18:36, par Fabien Cazenave En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    C’est bien ce que j’écris : sous prétexte qu’un Président respecte la constitution, vous criez à la non démocratie. Vous pouvez trouver ça dommage, mais ce n’est pas un déni de démocratie. :-)

    Si vous voulez un référendum, je vous propose un référendum non dans tout pays de manière séparée, mais dans tous les pays de manière pan-européenne.

    J’ai une question pour vous : pourquoi a-t-on à peu près le même texte ? Peut-être que 18 pays était pour et que 2 seulement était contre... Donc quand on fait un nouveau texte certains pays demandent à conserver la plupart du texte précédant.

    Mais vous préférez rester dans une vision nationale du vote.

  • Le 30 décembre 2007 à 19:20, par ? En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Je trouve que votre analyse passe à côté d’enjeux bien plus importants, fondamentaux à mon avis.

    Crise financière (dollar en chute libre, subprimes, titrisation, ... que met en cause les fondements même de l’organisation capitaliste du marché telle que nous la connaissons.

    Crise de la défense européenne, avec le différend entre la Russie et les USA à propos de l’instalations des systèmes de défense en Pologne et en Tchéquie. L’Europe fait le dos rond mais on ne résout pas les problèmes en mettant la tête dans le sable. La question finale est : L’OTAN sert-elle encore quelque chose ?

    Les rapports de l’Europe avec la Russie, qui sont tout sauf clairs. Or c’est notre fournisseur d’energie pour le futur.

    L’Iran et le récent rapport de la CIA sur les armes atomiques iraniennes qui montre que les USA se sont foutus de nous, ou plustôt de Solana depuis 2003, de Kouchner aussi, lui qui ne demande pas mieux que de partir dans une 3ème. guerre mondiale.

    Faut-il parler du problème palestinien ?

    Je passe aussi sur les pitreries de Serkozy en politique étrangère, dispute avec les allemands à propos de l’euro, Kouchner et sa guerre, ses affirmations sur le Libye, rançons, droits de l’homme, suivies des démentis de Khadafi ou de sa famille, etc, etc.. Y en a à la pelle. Il ne peut quitter l’hexagone sans gaffer. Mais c’est amusant à suivre.

    Ceci dit je ne suis pas pessimiste, car je trouve que le monde doit et va changer dans les mois qui viennent et j’espère que ce sera en bien. En tout cas j’attends ça avec curiosité.

  • Le 30 décembre 2007 à 20:08, par Fabien Cazenave En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Merci d’avoir lu mon « papier », j’ai choisi de prendre l’angle européen pour cette année 2008 :
    - pour l’Iran, l’Europe aura-t-elle une position commune ?
    - l’€uro suffira-t-il à nous protéger de la crise financière actuelle ?
    - la présidence française devra continuer à développer le thème du paquet énergétique, et donc de notre indépendance vis-à-vis de nos voisins, dont la Russie.

    Pour le problème palestinien, l’Europe fait certes parti du Quartet, mais sans diplomatie vraiment affirmer tant que le Traité de Lisbonne n’est pas ratifié par l’ensemble des pays, peut-elle réellement jouer un autre rôle que celui de bailleur de fonds ?

  • Le 30 décembre 2007 à 21:10, par Oxygène En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Il faudrait que vous preniez le temps de lire la Charte des Droits fondamentaux (ça se lit en moins d’un quart d’heure), vous y verrez toutes les avancées que cela peut apporter au niveau des droits sociaux. C’est un premier pas vers une Europe « sociale ». Et il ne fait aucun doute que la réforme des institutions ne fait que donner du pouvoir aux citoyens, notamment à travers le parlement européen dont le pouvoir sera renforcé et des parlements nationaux.

    Refuser le traité à nouveau ce serait donner un signe clair : vous ne voulez pas d’Europe fédérale, d’intégration. Vous préférez l’Europe des Nations, l’Europe de l’immobilisme qui ne serait qu’un marché commun.

    La plupart des européens de gauches modérés (dont je fait partie) veulent cette constitution. Pourquoi une partie de la gauche française n’en veut pas ? Je n’ai jamais vu un seul argument valable, c’est complètement affolant.

  • Le 31 décembre 2007 à 09:30, par arturh En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Rien que ce mot de « charte » devrait être rejeté avec horreur. En effet, ce mot est étroitement associé aux chartes de l’Ancien Régime où l’Aristocratie consentait quelques droits civils à quelques manants.

    Cette charte ne veut rien dire. L’UE existe. Elle a des citoyens. Seule une Constitution Démocratique peut définir des droits de ces citoyens.

  • Le 31 décembre 2007 à 09:34, par arturh En réponse à : Démocratie

    Tous les problèmes que vous évoquez en premier devraient passer en dernier, après votre conclusion.

    En effet, seule la Démocratie est maintenant à l’ordre du jour en UE. Tout le reste en découlera.

  • Le 31 décembre 2007 à 11:21, par Fabien Cazenave En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Vous êtes gentil mais dans le reste de l’Europe, ce type de vocabulaire désigne aussi des droits... et des libertés.

    Il faut sortir de l’hitoire de France de temps en temps. :-)

    Et en attendant une constituante, améliorons déjà les institutions...

  • Le 31 décembre 2007 à 15:04, par arturh En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Non, car il fut un temps où le français été la langue de l’Europe à une époque où on appelait des droits une charte en France.

    Et aujourd’hui, dans une langue que tous le monde comprend, les vraies droits démocratiques sont accordés par une Constitution Démocratique. Sauf évidemment pour ceux qui préfèrent le mot charte parce que les mots Constitution Démocratique leur fait horreur, en France comme ailleurs en UE.

  • Le 31 décembre 2007 à 15:50, par Fabien Cazenave En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Encore une fois, les tenants du non nous rappellent combien l’Europe doit se faire à l’heure française...

    Je ne vois pas le rapport entre la charte des droits fondamentaux et une « constitution démocratique », surtout dans un texte qui est « adossé » au Traité et qui porterait même valeur que lui.

    Mais peut-être voulez-vous nous faire croire que plus démocrate que vous, on meurt ?

  • Le 31 décembre 2007 à 15:56, par arturh En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Non, je veux juste rappeler que ce n’est pas une charte mais une Constitution Démocratique qui, seule, garantit les droits fondamentaux. Et ce n’est pas un jeu.

  • Le 31 décembre 2007 à 17:07, par valery En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Ces jeux de mots diptérosodomites francogaullois sont bien vains, ce qui importe est la réalité des chioses, c’est à dire que l’Union européenne se soumettra désormais à un texte à valeur obligatoire imposant le respect de tourte une série de droits. Point.

  • Le 1er janvier 2008 à 09:24, par arturh En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Et ce qui compte encore plus, c’est que ce texte ait été produit à l’issue d’un processus qui n’a strictement aucun caractère démocratique.

  • Le 1er janvier 2008 à 09:58, par Fabien Cazenave En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    En même temps, il a été signé par le Parlement européen, l’organe qui représente les peuples de l’Union européenne.

  • Le 1er janvier 2008 à 14:14, par arturh En réponse à : Europe : le bilan de l’année 2007 et les perspectives pour l’année 2008 - 2ème partie

    Oui, mais depuis le Traité de Maastricht, on veut nous faire croire qu’il y a aujourd’hui 27 « peuples » en UE, pour essayer de nous faire oublier que depuis le Traité de Maastricht, il y a effectivement l’UE mais que cette UE est constituée de 450 millions de citoyens. Et ce n’est certainement pas en leur répétant : « Vous êtes 27, on vous a compris ! » qu’on va empêcher ces 450 millions de vouloir se faire entendre. Le Traité de Lisbonne, c’est déjà du passé.

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