La Commission veut autoriser plus de contrôles aux frontières intérieures, entre les Etats-membres. Un symbole fatal et un retour en arrière. L’Europe doit rester sans frontière et les États doivent faire preuve de solidarité.

Contrôles au frontière est un gros mot. Qui signifie séparation, exclusion et nationalisme, tout ce contre quoi JEF se bat depuis plus de 60 ans ; En 1950, les militantes et militants de JEF ont détruit et brulé les barrières à la frontière franco-allemande. En 1995 nous avons accueilli avec joie l’accord de Schengen et la chute des contrôles aux frontières internes de l’Union. En 2011 l’incroyable se produit : la Commissaire Cecilia Malmström ose prononcer ce gros mot : « Des contrôles limités aux frontières intérieures » pourraient être autorisés sous certaines conditions.

Contexte :

Une des tâches de la Commission Européenne est de faire avancer l’intégration européenne. Qu’est ce qui a pu pousser Madame Malmström a se décider en faveur de ces contrôles ? L’Italie et la France. Dans les deux pays, les gouvernements ne cessent de pencher à droite, vers la droite toujours plus populiste. Le premier pays est gouverné par l’autocrate des médias, qui gouverne avec la Ligue du Nord. Le second, le pays de Super-Sarko, qui veut flatter sa clientèle électorale nationaliste. C’est que la présidentielle de 2012 se rapproche et que le Front National veut récupérer les électeurs sarkozystes.

25.000 nord-africains sont arrivés depuis janvier sur les côtes de l’Europe, la plupart en Italie et à Malte. Le gouvernement Berlusconi s’est déclaré débordé et a délivré des autorisations de séjour provisoire. Ces dernières permettent aux réfugiés de voyager dans d’autres pays, car il n’existe plus de frontières. La France s’est énervée et a ordonné à ses douaniers de n’autoriser l’accès à son territoire qu’aux personnes disposant de suffisamment de ressources.

La Commission européenne a fini par cédé à la pression et a convoqué les ministres de l’intérieur et de la justice pour un sommet extraordinaire. La semaine prochaine [1] ils décideront, si et comment Schengen doit être révisé. La Commission nous parle de « conditions très strictes » qui devraient être remplies, pour autoriser à nouveau les contrôles aux frontières.

Malmström nous présente le tout comme une clarification des règles existantes, qui seraient formulées de façon trop vagues. Mais aujourd’hui déjà l’accord de Schengen autorise les contrôles provisoires, quand l’ordre public est menacé de façon grave. C’est l’utilisation de ce mot qui a conduit à la dispute entre la France et l’Italie.

Européens, déterrez la hache de guerre !

La clarification est peut être l’objectif de la Commission, mais ses plans ne sont rien d’autre qu’une gifle aux européens. Car c’est la symbolique qui est désespérante, par delà les règles techniques : premièrement, en 2011, l’UE se retrouve à discuter de frontières intérieures et à piétiner 60 ans d’efforts pour l’unité européenne. Deuxièmement, le moteur de l’intégration européenne, la Commission, se soumet devant les intérêts politiques de deux gouvernements. Troisièmement, les Etats membres refusent d’admettre que les frontières extérieures de l’Union Européenne sont des frontières européennes et non nationales.

Ce dont nous avons besoin, c’est de réponses européennes à un problème européen. De solidarité, et pas d’égoisme ! Nous avons besoin d’une procédure européen et d’une répartition européenne des réfugiés. L’Allemagne est pour ceci un très bon exemple : au temps de la séparation, les différentes régions d’Allemagne de l’ouest se sont montrées solidaires et ont réparti les réfugiés en provenance de RDA. Les difficultés ont été réduites pour tous et l’Allemagne de l’ouest a agi, comme on pouvait l’attendre d’une démocratie : Elle n’a pas enfermé les réfugiés dans des conditions inhumaines près de ses frontières, comme c’est le cas à Lampedusa.

Aucun des acteurs concernés ne fait honneur à l’exigence européenne. Pas la France, qui refuse l’entrée à des réfugiés d’une région en crise. Ni l’Italie, qui distribue des permis de séjour sans concertation. Ni la Commission, qui en est à rendre possible des contrôles aux frontières internes de l’Union.

En 61 ans, les politiques n’ont rien après. C’est à nous, citoyens européens, de dire clairement : si vous remettez des barrières, nous viendrons avec des haches pour les abattre.