Good bye Yalta !

, par Marine Privat

Good bye Yalta !

Les Jeunes Européens France ont choisi pour la conférence d’ouverture de leur université d’été de septembre 2009 à Bordeaux le thème du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin. Un anniversaire marquant qui a su amener une réflexion riche et intense sur la question de l’impact de la réunification allemande sur la construction européenne.

C’est en février 1945 que se tient la Conférence de Yalta ayant pour but de sceller le sort de l’Allemagne au sortir de la guerre. Le retentissement de cette conférence a pourtant été plus important que prévu si on observe ses répercussions sur la construction européenne. En effet, elle constitue l’obstacle majeur à la mise en place d’une union européenne en instaurant le tristement célèbre « rideau de fer », ligne imaginaire entre deux blocs, l’un communiste, l’autre libéral. Ayant pour conséquence de créer deux Europe, l’une sous domination russe, l’autre sous influence américaine, l’idée même d’Europe unitaire est alors réduite à néant. Le côté ouest de l’Europe tente pourtant de mettre en place des alliances économiques, militaires et même politiques, mais la difficulté du dialogue avec l’Est freine le bon déroulement de ce projet ambitieux.

À l’automne 1989, les évènements révolutionnaires à l’Est font présager un vent nouveau pour l’Europe. La chute du mur de Berlin, emblème du rideau de fer, le 9 novembre 1989 en est la consécration. Quelles marques cet évènement a-t-il laissé et laisse-t-il encore aujourd’hui ?

Un évènement au retentissement mondial

Le bouleversement de la vie quotidienne des Européens s’est fait sentir de deux manières. Témoin de cette époque, Dominika Rutkowska, l’actuelle secrétaire générale de l’Association des Étudiants et Diplômés Polonais, raconte avec tendresse et émotion ses souvenirs d’enfance. Vivant à l’Est, bercée par le sentiment de solidarité générale, elle est néanmoins curieuse de la vie à l’Ouest dont elle ramène de ses voyages des « souvenirs » amusants tels que les emballages de frites du Mc Donald. Mais aujourd’hui, avec le recul, elle évoque aussi les difficultés que rencontrent certaines personnes après la chute du mur. Bien que consciente de la qualité de vie offerte depuis la réunification, l’adaptation au nouveau système n’est pas toujours aisée et demande parfois du temps et de l’indulgence. Le Consul général d’Allemagne à Bordeaux, M. Friedrich-Carl Bruns, n’envisageait quant à lui même pas qu’un tel évènement puisse avoir lieu. Il met l’accent sur le changement de la vie quotidienne des gens, mais également un bouleversement sans précédent pour l’Europe et le monde entier.

En effet, la chute du mur de Berlin, accompagnée de la réunification de l’Allemagne ont mis fin à une Europe duale. L’ensemble des États du continent partagent les mêmes valeurs et ont pour objectif la paix entre les peuples européens. Se produit alors pour la construction européenne une avancée considérable que François-Charles Mougel, professeur d’histoire à Science Po Bordeaux, répertorie en trois axes : la sécurité du continent européen avec la multiplication des demandes d’adhésion à l’OTAN, l’élargissement de l’Europe à l’Est et enfin, l’approfondissement de l’Union grâce aux différents traités. Pour les Européens de l’Est, comme en témoigne Friedrich-Carl Bruns, l’élargissement était nécessaire pour leurs États, ce qui a permis de créer un réel sentiment d’appartenance à l’Union européenne. La suppression des deux blocs marque donc un tournant dans l’histoire de l’Europe, et ses répercussions sont couronnées de succès.

Des conséquences parfois mitigées et encore incertaines

Cependant, Jean-Charles Leygues, président du Mouvement Européen-France 33, non sans reconnaître les aspects positifs de la chute du mur, souligne néanmoins les difficultés nouvelles qu’a rencontrées l’Europe à la suite de l’élargissement aux pays de l’Est. Politiquement, l’Union était prête à accueillir de nouveaux membres. Mais institutionnellement, les conséquences sont durables. Une Europe à 27 depuis 2007 demande énormément de travail d’équipe.

Ce qui amène M. Leygues à évoquer les domaines où les 27 États sont efficaces ensemble et d’autres où de nombreux blocages perdurent. Parmi ces domaines, il paraît nécessaire de mettre l’accent sur la question de la régulation financière, négligée malgré le contexte de crise économique mondiale. La politique financière de l’Union européenne existe, et est respectée, mais l’absence de prise de décision rapide de l’Union à 27 face aux évènements économiques de l’année laisse la place aux critiques. De même, le domaine du budget européen donne lieu à de multiples interrogations depuis l’élargissement à l’Est. Enfin, reste la question du sens politique de l’Union. En effet, une alliance politique objective s’est mise en place, comme le souligne M. Leygues, et ce grâce à la ratification des différents traités. Mais aujourd’hui, la dimension politique de l’Europe appelle un approfondissement.

Et c’est cet approfondissement qui est au cœur des débats sur l’Union européenne. Celle-ci ne peut plus se contenter d’une structure institutionnelle qui gère difficilement la présence des 27 États. Aujourd’hui, l’Europe a besoin d’un sens politique qui lui donnera une place importante voire prépondérante sur la scène internationale. Les clés d’une telle réussite sont aujourd’hui contenues dans le Traité de Lisbonne dont l’avenir est entre les mains des Irlandais.

Celles-ci peuvent se résumer en deux axes. D’une part, une intégration politique plus forte entre les États, passant par un poids plus important de la Commission menée par José Manuel Barroso. D’autre part, le Parlement européen, élu depuis le 7 juin, dont le rôle devra s’accroître afin de faire valoir une nouvelle vision de la démocratie européenne.

Illustration : photographie de Churchill, Roosevelt et Staline lors de la conférence de Yalta. Source : Wikimedia.

Vos commentaires

  • Le 20 septembre 2009 à 19:43, par Martina Latina En réponse à : Good bye Yalta !

    Désolée d’investir à ce point les colonnes du TAURILLON, mais ravie de lire cet article, je ne peux qu’appeler de mes voeux la réalisation des projets actuellement formés par les Jeunes Européens France. Pour fêter la chute de ce Mur, puissions-nous ensemble et sans tarder abattre les murs de haine, de peur et d’indifférence qui défigurent encore l’Europe comme la planète entière !

    Construisons sans hésiter passerelles et ponts, organismes et fédérations, pour bâtir d’une manière toujours plus solide, plus accueillante, la démocratie et la paix : j’ai déjà répété suffisamment mon leitmotiv, qui en réalité, en profondeur, sous-tend l’Europe depuis sa naissance, depuis bien avant qu’il s’agisse d’une Union, puisque c’est le sens du nom que nous portons, la VASTE VUE - sans nous en vanter ni nous y dérober. Suivons donc l’élan de celle qui nous l’a donné à ses risques et périls, en franchissant d’une traite généreuse la mer et les frontières, les obstacles et l’ignorance : EUROPE !

  • Le 26 septembre 2009 à 13:07, par Ronan En réponse à : Good bye Yalta !

    Trois petites choses curieuses dans l’introduction :

    - 1- On nous parle de Yalta comme "constitu(ant) l’obstacle majeur à la mise en place d’une union européenne" (etc)

    => Or, il n’était pas dans les plans des belligérants ligués contre le nazisme et contre le fascisme d’instaurer quelque Union européenne que ce soit...

    - 2- "en instaurant le tristement célèbre « rideau de fer », ligne imaginaire entre deux blocs, l’un communiste, l’autre libéral."

    => Or Yalta n’instaure pas le « rideau de fer » : Yalta ne fait qu’entériner le fait accompli de l’avancée des forces armées sur le terrain, que confirmer des accords diplomatiques bien antérieurs (Cf. sommet « Churchill-Staline » à Moscou du 10 octobre 1944 : "partage" des Balkans).

    Quant au rideau de fer, celui-ci ne sera mis en place que par la suite, indépendamment de (et parfois même en contradiction avec) ce qui a été décidé à Yalta.

    - 3- "Ayant pour conséquence de créer deux Europe, l’une sous domination russe"...

    => ou soviétique ?!

  • Le 18 août 2010 à 15:51, par david En réponse à : Good bye Yalta !

    Y A 2 R A BARROSO !!! ça l’a fout mal, corrigez !

  • Le 24 août 2010 à 08:42, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Good bye Yalta !

    Corrigé. Merci de ton attention.

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