Grèce, un pas en avant

, par Sébastien de Reversus

Grèce, un pas en avant

Un premier pas vers davantage de solidarité fiscale a sans aucun doute été franchi au cours de ces derniers jours par les membres de l’Eurogroupe. On peut regretter le manque de détails techniques au sujet du soutien éventuel qui sera mis en place, mais l’engagement politique devrait être suffisamment ferme pour prévenir l’emballement des marchés

Un plan qui devrait calmer l’ardeur des marchés

Désormais la balle est dans le camp de la Grèce. Contrairement à 1992, où les membres du SME s’étaient abstenus de toute solidarité envers les pays susceptibles d’être victimes d’attaques de change, l’Eurogroupe s’engage aujourd’hui de manière convaincante pour aider ses membres les plus en difficulté.

Les détails manquent sur la façon dont sera mise en œuvre l’aide potentielle (achat d’obligation, garantie sur les émissions…), mais pour le moment cela semble suffisant pour calmer – au moins temporairement – l’ardeur des marchés financiers : c’est l’essentiel.

Par ailleurs, le communiqué publié par EcoFin contient de nombreuses échéances auxquelles le gouvernement grec devra se plier dans le cadre du processus de remise en ordre de ses finances publiques, ce qui laisse deviner des pressions de la part des autres États membres sur ce dernier : des pressions nécessaires pour évacuer tout aléa moral.

Ne pas négliger l’effort allemand

Ce premier pas semblait peu évident à réaliser au regard de la position difficile du gouvernement allemand. Angela Merkel est en effet contrainte par l’équation politique interne : non seulement elle n’a pas le soutien total de son propre parti, mais l’opinion publique est de plus manifestement réfractaire à un support financier explicite. Enfin, la Cour Constitutionnelle allemande avait stipulé au moment de l’adoption du traité de Maastricht que la stabilité était la condition sine qua none à toute participation de l’Allemagne à l’union monétaire. Les politiques allemands en désaccord avec une participation du pays au sauvetage de la Grèce peuvent aujourd’hui aisément arguer que la condition n’est pas respectée.

Bref, la chancelière semblait n’avoir aucune marge de manœuvre. En conséquence, le simple fait que l’Allemagne se tienne prêt à démontrer sa solidarité envers les États les plus faibles de la zone euro, représente un effort considérable. Les marchés financiers pourraient cependant s’inquiéter des divisions politiques allemandes, ainsi que de la confirmation croissante que les opinions publiques de divers pays sont contre un sauvetage de la Grèce.

Désormais, la balle est dans le camp de la Grèce. Si le gouvernement parvient à atteindre les objectifs annoncés dans le plan déposé en janvier auprès de la Commission Européenne, alors l’initiative de l’UE devrait être un succès. En revanche, si, en raison d’une trop forte grogne sociale, la Grèce ne parvenait pas à réduire suffisamment son déficit, il serait à prévoir que les marchés questionnent l’engagement sans précédent pris par l’Union.

Illustration : image issue du site de Reversus.

Le Taurillon remercie David Doucet de Reversus de nous avoir autorisé à reproduire cet article.

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Vos commentaires

  • Le 20 février 2010 à 16:45, par Martina Latina En réponse à : La social-démocratie, L’Europe et les déséquilibres globaux, la Grèce et le pas en avant

    Merci pour ces trois articles : tiercé gagnant ? Ils disent en tout cas haut et clair, d’une manière de surcroît complémentaire :

    que l’Europe est fédérée par un « projet intellectuel et humain »,

    donc « Europe, réveille-toi ! »,

    car la crise est le moment de la décision concertée,

    c’est-à-dire du mouvement tel qu’il fut amorcé par notre nom d’EUROPE, par le nom de celle qui fut, avant la civilisation et vers la démocratie, non seulement enlevée, mais aussi relevée, par un irrésistible TAURILLON, lui-même signe et sceau des communications à venir, puis de l’EUROPE à naître...

    Ce trio d’articles contribue à mobiliser ainsi les EUROCITOYENS pour que la solidarité « gagne » chaque jour davantage sur la peur et sur l’indifférence.

  • Le 3 mars 2010 à 13:09, par Guillaume F. En réponse à : Grèce, un pas en avant

    @ l’auteur de l’article, Reversus. J’ai lu votre très bon article intitulé « L’euro peut-il protéger la Grèce ou l’irlande ? » dans Marianne 2 (26.01.10). Une remarque à ce propos : avez-vous remarqué que l’article de Martin Wolf, publié originellement dans le Financial Times (05.01.10), est traduit de manière très infidèle dans le Monde (11.01.10) ? Des passages de l’article anglais sont en effet allègrement coupés dans la traduction. Est-ce voir de la malice partout, mais il me semble que les passages coupés ont pour point commun de mettre en évidence le caractère non coopératif de la politique économique allemande, ce qui in fine aiguillerait sur une interprétation de la crise grecque quelque peu différente de la classique opposition entre une Allemagne vertueuse et une Grèce dépensière. Je cite les deux passages en question :

    « [the economies of peripheral eurozone member countries] are locked into competitive disinflation against Germany, the world’s foremost exporter of very high-quality manufactures. I wish them luck. » (fin du 1er paragraphe)

    « The late Charles Kindleberger of MIT argued that an open economy required a hegemon. One of its roles is to be spender and borrower of last resort in a crisis. The hegemon, then, is the country with the best credit. In the eurozone, it is Germany. But Germany is a lender, not a borrower, and is sure to remain so. This being so, weaker borrowers must fulfil the role, with dire results for their credit ratings. »

    Ces deux passages mettent en lumière, me semble-t-il, la responsabilité objective de l’Allemagne (elle n’est pas la seule, mais encore faut-il le dire, au lieu d’accabler la Grèce sans arrêt) dans la formation des déséquilibres macro-économiques de la zone euro depuis 10 ans... En termes clairs, la politique de déflation compétitive mené par Schröder à partir de 2002 n’est pas étrangère à la formation desdits céséquilibres.

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