Greenpeace de la finance

lobbying pour la régulation financière

, par Lisa Harms

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Greenpeace de la finance

Un « Greenpeace de la Finance » est un projet inédit. L’eurodéputé Pascal Canfin veut mobiliser la société civile européenne pour créer un contre-pouvoir aux lobbies financiers. Le défi est certes énorme, mais l’initiative mérite d’être prise au sérieux.

Sommes-nous après la crise ou avant la crise ? Nombreux sont les experts qui craignent que les nuages d’une nouvelle tempête financière s’accumulent déjà à l’horizon.

« Aujourd’hui encore les banquiers usent et abusent de la complexité des produits pour échapper à une régulation réelle de leurs activités. Il est urgent de sortir de ce cercle vicieux », écrit l’eurodéputé et ancien journaliste du magazine Alternatives économiques Pascal Canfin (Europe Ecologie - les Verts) le 28 janvier dans la tribune de Libération. Une semaine plus tard, il annonce sur son blog : « le Greenpeace de la finance verra le jour en printemps ».

Depuis juin 2010 il travaille sur ce projet visant à motiver des organisations et citoyens à rassembler leurs forces au sein de l’ONG « Finance Watch », chargée de mener une contre-expertise et un contre-débat face au lobby financier. Ce dernier pèse lourdement sur les décisions politiques – ou plus précisément, contre la prise de décisions politiques – et empêche un véritable progrès dans la régulation des marchés financiers. Jusqu’à présent l’asymétrie entre la puissance de l’industrie financière et la quasi-absence d’une mobilisation d’ONG dans le domaine de la finance est flagrante.

Une occasion pour l’Europe à ne pas rater

La superpuissance du secteur financier pose un défi énorme, certes, mais l’initiative prise par Pascal Canfin pourrait être une chance à double-titre pour l’Europe :

Premièrement, le but de créer une contre-expertise face à l’influence politique des banques permettrait aux citoyens et aux politiciens de se battre pour des nouvelles règles de jeu et d’instaurer un système efficace de supervision. D’autant plus que, comme le souligne l’économiste et membre de la Revue économique Jean-Paul Pollin, aujourd’hui il ne serait pas impossible que les règles dites de Bâle III ne seront pas appliquées ou bien interprétées d’une manière très flexible malgré le nouveau système européen de supervision financière entrée en vigueur le 1er janvier 2011.

Deuxièmement, l’initiative contient une chance de rapprochement des citoyens et de la politique européenne :

Il est rare de voir des hommes politiques s’adresser aux citoyens dans le but de mobiliser ces derniers. Plus couramment ce sont les citoyens qui sollicitent avec plus ou moins de succès leurs élus et les interpellent afin qu’ils prennent l’initiative. Jusqu’à présent « la société civile est restée totalement inorganisée » déplore Canfin dans une interview accordée à Touteleurope.eu.

Selon lui, Finance Watch contribuerait à un renforcement du débat démocratique au sein de l’Union européenne. Ainsi l’appel n’est en rien cette « Europe dictée par le haut » si souvent dénoncée, mais plutôt un rapprochement du haut vers le bas, la proposition d’une coopération et le signal que sans la société civile rien n’est possible. Le rôle des citoyens européens reste de première importance !

Rompre le silence

L’économiste Paul Pollin estime très positive l’idée de Canfin. Selon lui, tout ce qui peut servir pour éclairer l’opacité du débat sur le système financier serait très utile. « En Europe on parle par exemple très peu de la concurrence qui existe au sein du secteur bancaire », dit Pollin, « en France on se félicite même quand la BNP rachète Fortis ».

Expliquer que la course au « toujours plus grand » constitue un risque majeur qui renforce le phénomène du « too big to fail » et faire apparaître le débat sur les risques liés aux banques casinos serait selon lui un premier pas dans la bonne direction.

La communication est effectivement à côté de la contre-expertise et du lobbying, le troisième champ de bataille sur lequel s’étendra la mission de Finance Watch.

Pour donner une base stable à ce projet, 40 organisations (dont Transparency International et Attac) se sont mises d’accord sur la charte des valeurs, l’organisation de la gouvernance et l’organisation opérationnelle de Finance Watch. Les députés signataires de l’appel viennent non seulement de beaucoup de pays différents de l’Union mais aussi d’horizons politiques différents, justement parce qu’il ne s’agit ici en premier lieu pas d’une question d’intérêt politique, mais de démocratie.

Même si les eurodéputés servent en quelque sorte comme l’accoucheur de l’ONG, ce serait finalement à la société civile d’en prendre le relais.

Face aux sommes énormes qui sont investies par le secteur bancaire dans le lobbying, certains échos médiatiques s’inquiètent du phénomène « David contre Goliath  » (Le Monde, 3.02.2011). Une petite ONG a-t-elle une véritable emprise sur la superpuissance des lobbies financiers ?

A côté du déséquilibre d’influence et de pouvoir, il convient de tenir compte de deux leçons supplémentaires qu’enseigne la parabole : La force de David était son courage et il a finalement gagné.

Photo : « Spiky Leaf » par M Kuhn, certains droits réservés

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