Présidentielle 2007 et Europe

Guillaume Klossa : il faut un ministre d’État de l’Europe

Que les candidats montrent leur ambition européenne

, par Fabien Cazenave

Guillaume Klossa : il faut un ministre d'État de l'Europe

Alors que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont répondu au Pacte européen proposé par EuropaNova, Guillaume Klossa (secrétaire général de cette ONG) répond aux questions du Taurillon. Au menu : présidentielle, pacte européen et proposition d’un ministre d’État... de l’Europe !

Taurillon : Pouvez-vous nous présenter votre pacte présidentiel pour l’Europe auquel Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont globalement souscrit ?

Guillaume Klossa : Ce pacte, fruit de la réflexion des équipes d’EuropaNova, comprend 7 propositions emblématiques pouvant, à notre sens, servir de base pour redonner une substance, de la chaire au projet européen et le démocratiser. Il va au delà des engagements contenus dans les programmes des deux candidats.

Nous souhaitons que le/la prochain(e) président(e), qui présidera à partir du 1er juillet 2007 l’Union européenne veille à donner de nouvelles raisons d’être ambitieuses à l’Europe ; 50 ans après le traité de Rome, il nous paraît important d’affirmer les raisons qui rassemblent les européens pour les 50 années qui viennent. Nous appelons également à l’élection du président de l’Union au suffrage universel, ce qui lui donnera une légitimité politique considérable et donnera aux européens le sentiment que l’Europe n’est plus un monstre froid mais qu’elle est bel et bien incarnée par une figure choisie par les citoyens européens.

Autres mesures emblématiques :
- la fin de la règle de l’unanimité ;
- l’égalité parfaite en matière législative et budgétaire des pouvoirs du Parlement européen et du Conseil de l’Union ;
- la mise en place d’une gouvernance économique de la zone euro comprenant un ministre de l’Économie de l’eurogroupe à temps plein et fondée sur un pacte de convergence fiscal permettant d’éviter les dumpings ;
- la création du semestre européen pour tous les 15/25 ans et pas seulement pour les étudiants et les apprentis… Erasmus est resté trop élitiste et n’a concerné en 20 ans qu’un million et demi d’étudiants européens. Si l’on veut vraiment faire l’Europe, c’est-à-dire créer une identité commune, il faut permettre à tous les jeunes d’avoir une expérience européenne significative, sinon l’Europe restera théorique et l’idée qu’il existe un intérêt commun primant sur les intérêts nationaux sera toujours l’apanage de quelques illuminés. Le semestre européen pour tous est un projet populaire, ambitieux, qui a bien sûr un coût important.

C’est donc un véritable test d’ « européanité » pour les candidats puisqu’il suppose de briser le tabou d’un budget européen limité à 1% du PIB de l’Union.

Taurillon : Comment réagissez-vous à l’accord global de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à ce pacte européen ?

Guillaume Klossa : Nous sommes satisfaits d’autant que ces engagements dépassent les débats qui avaient opposé les partisans du oui et du non au projet de constitution. Les propositions du pacte apportent des réponses concrètes et simples aux préoccupations des citoyens : qui incarne l’Europe ? quel pouvoir politique face à la BCE pour une meilleure gestion de l’euro ? comment renforcer la démocratie européenne ? comment faire partager l’expérience européenne au plus grand nombre ?...

Nous espérons seulement que les engagements des candidats se traduiront dans les faits au delà de la campagne et de la chasse à l’électorat centriste. Mais, rassurez-vous, nous sommes bien conscients que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, c’est pourquoi nous invitons tous ceux qui le souhaitent à apporter leur soutien au pacte et à demander à leurs élus européens, nationaux et locaux de militer en sa faveur au delà de la campagne présidentielle. Un signal fort de la crédibilité de l’engagement des Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy serait qu’ils reprennent les propositions du pacte lors du débat télévisé qui les opposera ce soir.

A noter quand même qu’il y a des nuances dans les engagements de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : Sarkozy souscrit à la totalité du pacte ; Ségolène Royal ne précise pas si elle est pour ou contre l’élection à terme au suffrage universel du président de l’Union. Même chose sur le semestre européen pour tous les 15/25 ans, elle semble le limiter aux étudiants et apprentis.

Mais peut-être le Taurillon peut-il demander à Madame Royal des précisions sur ces points ?

Taurillon : L’Europe a été l’une des grandes oubliées de la campagne. Est-ce que les « grands » candidats ont tant de mal à en parler 2 ans après le référendum sur le TCE ?

Guillaume Klossa : D’abord soyons juste, l’Europe est présente dans leur programme et ils en parlent, mais sans doute pas suffisamment compte tenu des enjeux. Aucun des grands chantiers du futur président, l’emploi, la croissance, l’immigration… ne trouvera de solution sans le relais indispensable du levier européen et cela, ils ne le disent sans doute pas assez clairement. Il y a trois raisons à cette difficulté de parler de l’Europe qui concerne la presque totalité de la classe politique et pas seulement les candidats. Deux sont structurelles : l’Europe sert traditionnellement de bouc-émissaire aux échecs français ; ensuite, nos élus ne souhaitent pas rappeler que leurs pouvoirs, leur liberté d’action, sont limités et qu’une partie de leurs propositions ne dépendent pas de leur seule volonté mais de leur capacité à convaincre nos partenaires européens. Au demeurant, cela est plutôt une bonne chose car ensemble nous retrouvons des marges d’action que nous avons perdues au niveau national.

l’Europe sert traditionnellement de bouc-émissaire aux échecs français

Dans une tradition machiste de la politique, l’idée que le politique n’est plus omnipotent est pour certains – de moins en moins nombreux - insupportable. Une autre raison est conjoncturelle, elle s’applique plus à la gauche qu’à la droite, c’est le sceptre du référendum du 29 mai qui a divisé la gauche et le PS, personne ne souhaite rouvrir ses plaies.

Taurillon : Grace aux Etats Généraux sur l’Europe, EuropaNova, le Mouvement européen et Notre Europe ont interpellé les candidats sur les valeurs européennes...

Guillaume Klossa : C’est un sujet important que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans vos colonnes. Gaetane Ricard-Nihoul et Yves Bertoncini ont fait la synthèse des Etats généraux de l’Europe autour des six grandes valeurs européennes. Cette synthèse, qui a le soutien des nombreux partenaires des États généraux, Gaetane, Sylvie Goulard et moi-même l’avons soumise aux candidats il y a quelques jours. Leur réponse sera passionnante dans la mesure où ils sont amenés à se positionner par rapport à des valeurs fondamentales et donc exprimer leur conviction européenne profonde. Je crois que c’est la première fois qu’un tel exercice défi est proposé, nous dire ce qu’ils ont vraiment « dans leurs tripes ».

Taurillon : Quelle mesure forte doit proposer le futur président de la République qui toucherait à la fois les citoyens et les autres gouvernements de l’Europe ?

Guillaume Klossa : Mon souhait profond que j’ai développé samedi dernier dans les pages débats opinions du Figaro, c’est la création d’un ministre d’État en charge des affaires européennes avec comme double résidence, Paris et Bruxelles.

L’Europe ne peut plus longtemps être gérée par un sous-ministère sans moyen ni autorité sauf à entretenir la défiance entre les citoyens français et l’Union. C’est au demeurant ce ministre qui siège dans les commissions paritaires Conseil de l’Union européenne/Parlement européen et qui est amené à se prononcer sur des décisions majeures pour l’avenir du pays et du continent. Le paradoxe veut qu’il n’ait en France quasiment aucun moyen ni aucune visibilité.

L’Europe ne peut plus longtemps être gérée par un sous-ministère

Je me prononce donc pour un ministre de plein exercice doté des moyens administratifs ad hoc ( Direction de la coopération européenne, secrétariat général des affaires européennes…), d’un budget et d’une autorité transversale sur ses collègues.

Qu’il réside également à Bruxelles sera un signal fort à l’égard de nos partenaires, le symbole du retour d’une France à l’écoute au cœur des institutions. Ce serait rassurant pour l’opinion publique française. Plus présents à Bruxelles, nous serons, le cas échéant, plus en mesure de convaincre nos partenaires de la pertinence de nos positions. Le fait que cela soit un ministre d’État n’est pas une nécessité absolue, ce serait un plus symbolique.

Une autre option, qui a moins ma faveur, serait qu’il y ait un ministre plein des affaires étrangères et européennes à Paris, et un ministre délégué aux affaires européennes en résidence à Bruxelles.

Illustration : photographie de Guillaume Klossa, secrétaire général d’EuropaNova

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