Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

, par Clara Sommier

Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

Jean Quatremer est journaliste à Libération et auteur du fameux blog Les Coulisses de Bruxelles, où il nous éclaire quotidiennement sur les méandres de la politique européenne, traquant autant les égoïsmes nationaux que les incohérences des institutions bruxelloises. Le Taurillon a rencontré cette star du microcosme europhile français.

Taurillon : Qu’est-ce qui vous a le plus surpris depuis votre arrivée dans les coulisses de Bruxelles concernant l’Union européenne et son fonctionnement ?

Jean Quatremer : Vue de loin, l’Union européenne semble être une machinerie sans âme, produisant des normes selon des processus qui paraissent souvent obscurs. De près, il n’est est rien : la construction communautaire est avant tout une histoire de femmes et d’hommes, de passions, de pouvoirs et d’affrontements humains. « Bruxelles » est en fait une caisse de compensation d’intérêts nationaux contradictoires, qui en temps normal auraient entraîné des crises internationales entre les pays, voire la guerre.

Grâce à des systèmes extrêmement sophistiqués de médiation juridique, les Etats membres parviennent à trouver des compromis qui ne désavantagent personne. C’est une saga humaine fascinante pleine de bruit, de fureur. Au-delà de leur caractère technique, les compromis qui sont élaborés à Bruxelles sont de nature politique, au sens le plus noble du mot. Il est regrettable que les journalistes se laissent parfois absorber par la technicité de la matière, négligeant sa dimension humaine, ce qui concourt à donner de l’Union une image froide et distante.

Taurillon : Depuis quelques temps les articles de votre blog sont de plus en plus ouvertement fédéralistes. Vous considérez-vous comme un partisan de l’Europe fédérale ?

Jean Quatremer : J’ai toujours été un partisan de l’Europe fédérale et soutenu le projet d’ « Etats-Unis d’Europe ». Je suis en effet moi-même un homme des frontières du fait de mes origines lorraines et de ma mère suédoise. Ces convictions ne doivent cependant pas nous empêcher de rester critique, même au risque d’entraver la construction communautaire. Il s’agit de faire la part des choses entre ses engagements politiques, un journaliste ayant des opinions, et son métier.

Je suis convaincu que cette Europe fédérale que j’appelle de mes vœux verra le jour non pas du fait d’un désir croissant de fédéralisme, mais parce que le monde nous obligera à le faire. L’Europe ne représentera plus que 4% de la population mondiale en 2050. Si nous ne sommes pas unis nous n’existerons pas dans le monde qui émerge : le monde dominé par l’Europe est mort en 1945. Après une domination russo-américaine d’une quarantaine d’année, nous sommes entrés dans un monde unipolaire américain qui n’aura duré qu’une vingtaine d’années. Ce qui s’annonce, c’est un monde dominé par l’Asie et, dans une moindre mesure, par les Etats-Unis. L’Europe fédérale est donc une nécessité qui s’imposera d’elle-même si nous voulons peser un tout petit peu.

Taurillon : En tant que fédéraliste convaincu, quel est alors à votre sens l’avancée la plus significative apportée par le traité de Lisbonne ?

Jean Quatremer : Le traité de Lisbonne apporte certes un certain nombre de changements bienvenus, mais il est loin de représenter une révolution. D’un point de vue fonctionnel nous aurions pu nous en passer. Il était surtout nécessaire symboliquement. Il s’agissait de dépasser l’échec du traité instituant une Constitution pour l’Europe. Lisbonne remet l’Union sur les rails, mais sans plus. C’est « business as usual ». Les citoyens n’ont pas compris que ce qui était important dans le projet constitutionnel était le mot « Constitution » qui aurait donné un autre sens à ce que nous construisons.

Il faudra bien plus que Lisbonne pour transformer l’Union en fédération d’États

Les récentes nominations à la présidence du conseil européen et au ministère européen des affaires étrangères montrent bien que le mode de fonctionnement de l’Union n’a pas fondamentalement changé. Il s’agit toujours essentiellement d’une affaire entre Etats. Cependant il ne faut pas désespérer. Lisbonne a enrichi la boite à outils européenne ce qui permettra peut-être l’émergence de nouvelles pratiques et de nouvelles politiques. Mais il faudra bien plus que Lisbonne pour transformer l’Union en fédération d’Etats.

Taurillon : Que pouvait-on attendre du sommet de Copenhague ? Quel rôle l’Europe a-t-elle à jouer dans le combat pour le climat ?

Jean Quatremer : Le changement climatique est l’un des chocs majeurs que le monde va devoir affronter et cela l’Europe l’a bien compris. Face notamment aux probables afflux de réfugiés, aux menaces qui pèsent sur les ressources, nous devrons nous unir davantage afin de faire face à ces défis. Le sommet de Copenhague montre que l’Union est leader dans la lutte contre le changement climatique et que ce leadership est le fruit de l’unité européenne. Mais, en même temps, cela démontre une nouvelle fois que la peur est le moteur de l’histoire : c’est elle qui nous pousse à nous unir pour agir, à prendre les devants face aux menaces qui s’annoncent. Sans cette peur immédiate, chaque Etat aurait fait prévaloir ses intérêts immédiats.

On peut pousser ce raisonnement un peu plus loin : je pense que ce n’est que lorsqu’un conflit armé sera à nos portes ou qu’une menace directe contre l’Europe se manifestera que nous créerons une défense européenne commune, expression de la puissance européenne. La paix est en effet un moteur devenu insuffisant de l’intégration communautaire : elle l’a certes justifié à ses débuts, mais déjà la menace soviétique a servi d’aiguillon. Depuis la chute du communisme, il y a une véritable perte de sens que les référendums négatifs ont manifesté : « pourquoi faire l’Europe alors que la paix semble acquise ? » ont semblé se demander les citoyens. Je constate donc à regret que les conditions de formation d’un Etat-nation semblent indépassables : une identité commune ne semble pouvoir se forger que dans le fer, le feu et le sang, que dans l’opposition à l’autre.

C’est lorsque que nous devrons défendre nos valeurs que l’identité européenne prendra forme, qu’être Européen aura un sens. Ce sentiment d’appartenance à un ensemble partageant les mêmes valeurs est primordial pour que les citoyens européens acceptent de partager leur souveraineté et surtout de faire des sacrifices, sacrifices nécessaires, par exemple, pour investir dans la défense ou encore pour que se mette en place une solidarité européenne faite de transferts financiers pour aider les plus pauvres. Pour l’instant, l’Europe inachevée de Lisbonne semble suffisante au plus grand nombre. A tort, selon moi. J’espère que les événements extérieurs ne nous prendront pas par surprise, dans l’état d’impréparation qui est le notre.

Taurillon : Quel est pour vous le plus grand danger qui menace l’Europe actuellement ?

Jean Quatremer : La renationalisation et donc le protectionnisme. On a tendance en période de crise à penser que les frontières et les communautés homogènes nous protègent contre les menaces extérieures. Face à l’inconnu on se replie alors sur soi-même, comme le montre, par exemple, le vote suisse contre les minarets. C’est la stratégie du hérisson sur l’autoroute qui se met en boule face au danger. Mais cela ne les a jamais empêché de se faire écraser…

Ce scénario noir de la désintégration de l’Europe, emportée par une spirale protectionniste et l’incapacité de jouer collectif n’est évidemment pas celui que je souhaite ni le plus probable. Un scénario gris est sans doute plus probable, celui d’une Europe qui en reste là où elle est et qui, petit à petit, se marginalise et périclite. C’est le scénario noir en moins violent. Néanmoins, je ne désespère pas qu’un scénario rose se réalise, celui d’un saut qualitatif vers l’Europe fédérale. Cela impliquerait un sursaut des Etats européens qui n’ont pas tous conscience qu’isolés, ils ne pèsent rien. Mais, face aux dangers qui s’annoncent, il n’est pas totalement exclu que ce scénario rose se réalise. La crise financière a montré qu’une Europe unie pouvait changer le cours des choses et la leçon pourrait porter.

Illustration : Portrait de Jean Quatremer

Mots-clés

Vos commentaires

  • Le 25 janvier 2010 à 11:28, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je ne suis pas certain que les menaces internationales suffisent pour pousser les Etats à franchir le Rubicon du fédéralisme. L’échec des projets d’intégration du Tiers-Monde puis de l’Afrique sont pour moi de bons exemples de ce paradoxe : l’intérêt indubitable à s’unir ne suffit pas pour réaliser l’intégration. Les nations ne sont pas totalement rationnelles. Pour faire l’Union, il faudra donc aussi une pression politique interne, ce qui ne va pas de soi. Il faut un mouvement fédéraliste populaire, fort et structuré.

    Je ne pense pas non plus que le sursaut viendra des Etats. Contrairement aux années 50, nos nations sont vieillissantes. Elles sont marquées par un certain conservatisme qui écarte tout saut dans l’inconnu. C’est particulièrement vrai de l’Allemagne.

    Je pense au contraire, comme dit dans un précédent post, qu’il faut prendre le problème dans l’autre sens, car l’Europe des Etats ne fera pas l’Europe des citoyens. Un jour, l’UE initiera un nouveau projet de constitution. Un jour. Mais d’ici là, il faut tenter de faire l’Europe politique dans le cadre des traités actuels, organiser une prise de pouvoir progressive par des partis européens affirmés. On peut faire une révolution républicaine avec les traités actuels. Et une fois cette prise de pouvoir effectuée, les Etats et les traités seront bien obligés de suivre et de s’adapter.

  • Le 25 janvier 2010 à 14:47, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    D’accord avec toi que l’on peut faire beaucoup à traité constant, mais une « révolution républicaine », ça peut effrayer les européens qui ne sont pas français...et ils sont tout de même un certain nombre... Qu’entends tu par là exactement ?

  • Le 25 janvier 2010 à 16:05, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Etymologiquement, « révolution républicaine » ne signifie rien d’autre que « recentrage communautaire ». Il faudrait défranciser ces mots.

    Concrètement, j’entends des candidats à la présidence de la Commission investis dès fin 2013 par les partis européens, non pas à huis clos (ce vers quoi on s’oriente), mais à travers un système de primaires fermées inspiré du modèle américain de primaires (élection de délégués dans chaque Etat + convention européenne d’investiture).

  • Le 25 janvier 2010 à 17:00, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Pour ça, et pour le bien de la démocratie européenne en général, il faudrait de véritables partis politiques européens, enjeu politique de la décennie. On en revient donc à l’histoire de la poule et de l’oeuf :

    - faut il que les partis s’européanisent (et alors, par quels moyens ?) pour pouvoir aboutir à une élection européenne véritablement transnationale scellant directement le sort de la Commission ?

    - ou le seul fait de pouvoir désigner le président de la Commission lors de la campagne pour les européennes, va mettre, tout seul, les partis en mouvement vers l’européanisation ?

    Pas évident, d’autant que nous manquons de comparaisons historiques pertinentes pour appuyer l’une ou l’autre de ces hypothèses.

  • Le 25 janvier 2010 à 18:12, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Vous vous trompez. Car on a 4 comparaisons historiques tout à fait opératoires : 1994, 1999, 2004, et 2009.

    Eh oui ! C’est depuis 1994 que le Parlement européen et les partis vainqueurs aux européennes ont l’opportunité d’imposer leur candidat à la présidence de la Commission. En 4 élections, ce droit ne s’est jamais traduit dans une "européanisation des partis". En 2009, on a même vu la première désignation d’un candidat à la présidence de la Commission par un parti européen : Barroso a été investi par le PPE avant le scrutin.
    - Pourquoi Barroso ? Je vous retourne la question.
    - Comment a-t-il été investi ? Aucune idée.
    - Les militants du PPE étaient-ils satisfaits de son investiture ? Aucune idée.
    - Est-ce que sa désignation à "européanisé" le parti ou même le scrutin ? Pas le moins du monde.

    Et Lisbonne ? Lisbonne n’introduit que des modifications positives, mais à la marge, de ce véto du Parlement :
    - changement lexical (approbation > élection),
    - obligation de « prendre en compte » le résultat des élections (mais si la nouvelle majorité n’a pas de candidat, le Conseil sera libre de choisir n’importe quel lèche-botte au sein de cette nouvelle majorité),
    - obligation de « consulter » ("discutons autour d’un verre"),
    - passage de la majorité simple à la majorité absolue au PE.

    Par contre, Lisbonne n’oblige pas les partis européens à désigner leurs candidats avant les élections, encore moins à désigner un candidat qui ait un programme.

    Si Lisbonne ne l’impose pas, c’est à la société civile de l’exiger !

    Je commence à me demander si vous avez des raisons politiciennes de refuser de faire vôtre cette cause.

  • Le 25 janvier 2010 à 21:55, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je ne refuse rien, je m’interroge ! Et je vous arrête tout de suite : les Jeunes Européens - France, tous leurs groupes locaux, et la rédaction du Taurillon qui leur appartient sont depuis toujours transpartisans, et si nous avons chacun nos préférences politiques, elles n’ont jamais interféré et n’interféreront jamais avec la ligne éditoriale du magazine ni avec les actions des militants des JE. Nous sommes rassemblés autour d’un idéal, celui d’une fédération européenne dont les modalités sont à inventer. Je vous invite à jeter un coup d’oeil à la rubrique « Carton Rouge » pour vous convaincre de la diversité de nos cibles. Votre raisonnement est intéressant et n’a pas besoin de telles critiques.

    Tout d’abord je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous affirmez que les partis vainqueurs des européennes avaient la possibilité d’imposer leur candidat depuis 1994. Si les textes ne s’y opposaient pas, la réalité des rapports interinstitutionnels n’était pas du tout ce qu’elle est aujourd’hui, avec un Parlement qui s’est affirmé au fil des réformes des traités et de leur pratique, et où la Commission s’est affaiblie au profit du Conseil. Ces évolutions pèsent lourd dans la capacité du Parlement à délibérer indépendamment des consignes nationales. En cela, les repères historiques n’apportent qu’un éclairage partiel sur ce que l’on peut attendre de la pratique du nouveau traité de Lisbonne. Laissons le temps au Parlement de digérer Lisbonne.

    C’est à la société civile, vous dite, d’imposer la désignation du président de la commission par les partis politiques pendant la campagne des européennes, et d’imposer que ce président-candidat ait un programme. Fort bien...mais si par société civile vous entendez société civile européenne, vous mettez la charrue avant les boeufs : il y a 27 sociétés civiles, 27 espaces publics, et un embryon communautaire des deux. Embryon qui n’est pas suffisamment développé pour être le vecteur des changements de comportements politiques que vous appelez.

    Je crois que la responsabilité incombe aux députés des groupes parlementaires européens, seule entité politique européenne ayant une réelle existence en tant que lieu de pouvoir transnational et représentant l’intérêt général européen.

    Ce que peuvent faire (doivent faire ?) les 27 sociétés civiles européennes, et la frange pro-européenne et fédéraliste de chacune d’entre-elles, c’est faire pression sur ces députés pour qu’ils n’oublient pas durant leur mandat de s’impliquer dans l’européanisation de leur famille politique. Ils ont ce rôle à jouer, d’interface partisane entre le groupe parlementaire et le parti national.

    Nous, société civile, nous devons avoir ce rôle de lobby, d’instigateur du débat, mais ce sont les décideurs qui décident. Une initiative populaire, permise par Lisbonne, serait vaine, l’européanisation des partis n’étant en rien une compétence de l’Union. Continuons d’informer les jeunes, comme nous le faisons avec Europe à l’École, continuons de proposer et de porter nos propositions auprès des décideurs publics, des élus européens et nationaux.

  • Le 25 janvier 2010 à 22:50, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    C’est vous qui parlez d’européanisation des partis. Pas moi. Moi, je n’en vois pas du tout la nécessité. Ce que je pense essentiel, c’est l’européanisation de l’élection européenne.

    Comment définiriez-vous d’ailleurs ces « véritables partis politiques européens » que vous appelez de vos vœux ? Des partis européens avec une ligne unique approuvée et suivie à la lettre dans chaque État, et avec un leader unique ? Des partis européens qui se substitueraient aux partis-membres, lesquels seraient dissous ? C’est le grand soir que vous nous faites miroiter. Ca n’existera jamais.

    Regardez donc aux États-Unis, pays fédéral par excellence. Le Parti démocrate US rassemble de la gauche étatiste aux plus échevelés des dérégulateurs. Ce parti n’a pas de leader fédéral, à l’inverse de nos partis hexagonaux, ce qui ne l’empêche pas d’investir tous les 4 ans un ticket présidentiel. Il est composé de 50 State democratic parties qui ont tous leur autonomie et qui ont droit de vie ou de mort sur le parti à l’échelon fédéral. Regardez maintenant les partis européens : PSE, PPE, PDE-ELDR, PVE... C’est la même chose ! A un détail près : les primaires.

    Il n’est nul besoin d’attendre une décision du Parlement et du Conseil créant un "statut de véritable parti politique européen" pour que les partis européens existants puissent faire des primaires européennes. Pourquoi ? Car les primaires européennes, contrairement à ce que vous prétendez, sont possibles dès aujourd’hui, que ce soit techniquement, juridiquement, et même financièrement.

    Par « société civile européenne », j’avoue que je pensais en partie aux JEF. J’ai dû me méprendre. Et par « exiger », je ne pensais pas à une initiative citoyenne (pour quoi faire ?), ni à la rencontre des 736 eurodéputés en personne, ni même à la sensibilisation des millions d’écoliers français à l’idée de primaires européennes. Non. Je pensais juste à une résolution de la JEF-Europe destinée aux partis européens. Reconnaissez que ca ne représente pas un effort surhumain en comparaison à toutes les initiatives menées par votre asso.

    Bon, c’est promis, sauf si vous en redemandez, j’arrête de vous emmerder avec cette idée antifédéraliste, irréaliste, saugrenue, anachronique, absolument inutile voire même nocive de « primaires européennes ».

  • Le 25 janvier 2010 à 23:49, par Fabien Cazenave En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    drôle que vous fassiez comme si la porte des JE (France ou Europe) ne vous était pas ouvderte ;-)

    personne ne contredit votre idée de primaires européennes du reste.

  • Le 26 janvier 2010 à 07:50, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Exactement, et je ne m’explique pas votre rhétorique : ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, je ne suis en rien opposé à votre idée, j’essaye simplement de comprendre votre raisonnement, de le prolonger. Et puis c’est toujours facile de nous dire ce qu’il faut faire : engagez vous, l’adhésion annuelle ne coûte que 10€.

    J’avoue que je ne n’avais pas pensé à l’idée d’une primaire européenne, et que celle-ci serait en effet, sur le papier, une amélioration pour le processus de désignation du président-candidat à la Commission européenne. Après je ne sais pas si elle serait suffisante. Une plateforme politique commune entre toutes les sections nationales des partis européens me semble un minimum incontournable pour la politisation des élections. Et je ne parle pas d’un manifesto PSE adopté à contre-temps dans la campagne de 2009 et jamais décliné dans les campagnes nationales. Un candidat (désigné pourquoi pas par des primaires), une ligne politique pour la législature et un programme pour la Commission, voilà des éléments importants et d’ailleurs tout à fait réalisables. Je ne parle pas d’un super-parti fédéral pour un super-Etat fédéral, c’est une caricature facile de la pensée fédérale. Comme nous devons inventer les modalités de la fédération européenne et ne pas pomper sur les Etats-Unis, il en va de même pour arriver à une européanisation des partis.

    Mais ça ne fait pas tout : quid de la nomination des commissaires sur la base de la désignation nationale ? Un président de la Commission désigné démocratiquement ne fera pas grand chose si son gouvernement reste intégralement nommé par les Etats membres, sur la base non pas de compétences politiques ni d’engagement européen, mais sur des critères de mérite partisan, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.

  • Le 26 janvier 2010 à 10:36, par PM En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Bonjour,

    D’où vient ce terme de « hyène dactylographe » bruxelloise ?

    PM

  • Le 26 janvier 2010 à 11:42, par Krokodilo En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Il y a un prix à payer à la construction européenne : la mort du français comme langue internationale. La plupart des médias le cachent, JQ étant un des rares à parler de l’anglicisation forcenée de l’UE. Vue d’Asie, l’Europe parle anglais, that’all. L’UE est devenue le premier promoteur de l’anglais comme langue mondiale, du fait de son usage exclusif dans les relations extérieures (excepté un os à ronger pour la France). Les étudiants ne viennent déjà plus étudier en français, mais souvent en anglais, à cause des subventions Erasmus mundus et du tropisme anglophone d’une partie des élites des écoles économiques et politiques. Le multilinguisme n’est plus qu’un mythe, un rideau de fumée destiné à berner le peuple quant au devenir de l’Union, on le voit bien dans nos écoles où l’anglais est imposé à tout âge. D’ailleurs, la totale absence de débat sur la communication administrative et inter-personnelle au sein de l’Europe est flagrante, outre que de nombreux pays nordiques ne comprennent même pas pourquoi certains Français protestent ! J’ignorais que JQ avait une ascendance suédoise, peut-être pourra-t-il un jour faire un papier plus renseigné sur l’absence de vocabulaire technique et scientifique moderne en suédois, du fait de l’enseignement universitaire en anglais ; voilà l’avenir du français auquel nous destine l’UE : de plus en plus de manuels et de cours seront en anglais, les profs de fac devront s’y mettre pour ne pas se faire piquer des places par les « native english », et tout ça fera boule de neige jusqu’à l’officialisation de l’anglais lingua franca de l’Europe, que déjà certains considèrent comme acquise. L’UE fait la fortune de la GB, Gordon Brown l’a dit clairement : « Britain can be a global education superpower » « So I want Britain to make a new gift to the world - pledging to help and support anyone, whatever their circumstances, to have access to the tools they need to learn or to teach English. » http://www.number10.gov.uk/Page14289 Ou encore plus fort, un article dont on ne sait s’il est sérieux ou satirique avec un fond d’authenticité, qui clame carrément que le français est le seul obstacle à une véritable Union européenne (il a oublié l’adhésion de la GB à l’euro) « C’est clairement une situation qui doit être inversée, si des États-Unis d’Europe doivent être créés. Avec le temps, les peuples d’Europe vont éliminer la langue française tout comme la Politique agricole française commune. Mais, comme nous sommes le pays qui avons la langue mondiale, il nous incombe de montrer le chemin et de s’éloigner du français. » http://www.francophonie-avenir.com/Index_FFI-Quebec_Christie_Davies_contre_la_langue_francaise.htm

    Quant à l’UE : JQ dit que l’Union est le seul moyen pour peser sur le monde de demain, 4% à nous tous... Certes, mais on peut retourner la question : faut-il vraiment vouloir peser ? Pour qui, pourquoi, pour vendre des armes ? La Suisse n’a pas souhaité peser, ne représente qu’un pâté de maisons à l’échelle mondiale, et ne s’en porte pas plus mal. Devrons-nous sacrifier ce qui fait le charme, la spécificité culturelle de chaque pays, au nom du poids politique ? Nous intégrer et nous fondre en citoyens européens normalisés par la moyenne au nom du poids mondial ? Voilà une bonne question, plus difficile.

  • Le 26 janvier 2010 à 15:09, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    faut-il vraiment pouvoir peser ? Pour qui, pourquoi ?.

    Des centaines d’arguments valables. En début d’année 2010, on peut citer entre autres :

    - pour être capable d’initier des prises de décisions radicales et absolument nécessaires en matière de protection de l’environnement et de réduction des gaz à effet de serre

    - pour être capable de réformer la finance mondiale, et de ne pas plier sous les intérêts des banquiers mondiaux qui se réunissent à Davos, en rangs serrés, pour refuser toute refonte des normes de régulation, notamment un renforcement des accords de Bâle et l’établissement d’une dose de contrôle étatique multilatéral.

    A mon sens votre réflexion est très dangereuse. Vous justifiez la déconstruction européenne sur le seul argument de la domination de l’anglais au détriment de la diversité linguistique européenne (ce que je ne remets pas du tout en cause). Je partage le constat dramatique sur la situation mono-linguistique en Europe, mais je me refuse à voir ce problème, qui en est un parmi d’autres dans l’aventure européenne, servir d’argument à la fin de l’ambition politique européenne.

    Je crois par ailleurs deux choses, pour relativiser votre propos : d’une part que la domination de l’anglais est exogène à la construction européenne, et que si l’Europe ne voulait plus peser politiquement (pour suivre votre raisonnement), l’anglais ne serait pas moins dominant pour autant. D’autre part, je ne crois pas que l’anglicisation du monde occidental soit un phénomène historique inéluctable ; il se peut que la position de l’anglais en Europe décline à mesure que les puissances anglophones (les Etats nations qui ont l’anglais comme langue officielle) perdent leur place relative dominante sur la scène internationale. Je pense ici bien sur à l’émergence de l’Asie, et dans une moindre mesure de l’Amérique latine, zones géographiques ayant une certaine cohésion linguistique.

  • Le 26 janvier 2010 à 15:36, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    1. Je pense que vous faites la même erreur d’analyse que la PS dans son ensemble. Les démocraties modernes, en France comme ailleurs, et indépendamment de la 5ème république, sont des « démocraties présidentialistes ». Il n’y aura pas de grand come-back du régime parlementaire. Dans toutes les démocraties modernes, c’est l’élection du chef de l’exécutif qui compte désormais, et c’est elle qui intéresse l’électeur, que ce soit en France, en Allemagne, au RU, en Pologne ou en Espagne. Les visions romantiques qu’on entretient sur l’Allemagne comme démocratie parlementaire font fis d’une réalité : les Allemands votent plus pour un candidat-chancelier et son programme que pour leurs partis. Sauf quand ces candidats-chancelier sont nuls (2009).

    Le refus d’un minimum de présidentialisme (ou de « chanceliérisme » si vous préférez) est un élément majeur des échecs répétés du PS. L’UE en tant que telle est face au même défit.

    Par ailleurs, le temps des grands partis monolithiques est passé, démodé. Je ne pense pas que les électeurs se sont intéressé à la plateforme du PS aux présidentielles de 2007, non pas principalement à cause du contenu, mais parce qu’une plateforme d’un parti n’intéresse personne. Je ne pense pas non plus que les électeurs s’intéresseront davantage aux programmes uniques du PSE, du PPE, ou de l’ELDR-PDE. Les temps ont simplement changé, et il est temps de l’accepter. De tels programmes seront de toute façon impossibles à adopter à moins d’en rester à des grands principes d’amour et de paix entre les peuples, comme les synthèses socialistes entre courants le montrent.

    A mon avis, vouloir des candidats-présidents qui auraient des programmes forts est à la fois un projet plus réaliste, plus contemporain, et plus prometteur que l’idée de programmes uniques pour les partis européens, repris par tous les candidats-députés de ces partis.

    2. Je vous propose de vous inspirer d’exemples concrets, actuels, réels, pas de démocraties fantasmées. Refuser de s’inspirer du modèle américain, parce que c’est l’Amérique, c’est débile. Pris uniquement de point de vue de la question sur la naissance du fédéralisme, le modèle US est pertinent pour l’Europe. Que proposez-vous comme modèle concret pour soutenir vos propositions ?

    Une question : le Parti démocrate américain a-t-il un programme ou une plateforme politique commune ? Je l’ignore, mais je ne crois pas qu’il en ait. S’il en a un, je ne vois pas comment le fameux sénateur démocrate du Nebraska y trouve son compte. Et même si elle existait, cette plateforme, pensez-vous qu’elle jouerait un rôle dans l’affirmation de la dimension fédérale lors des élections américaines ? Je ne le crois pas.

    Vous proposez des sortes d’ « auditions impartiales » par des jurys pour sélectionner les commissaires en fonctions de critères et de qualités. Ca, sauf erreur de ma part, c’est du jamais vu. Vous connaissez des démocraties réelles qui utilisent ce système ? Des comparaisons ? Perso, je trouve que ça fait très techno. Je pense qu’un candidat-président issu de primaires, victorieux aux Européennes, élu par le Parlement, aura suffisamment de poids politique pour imposer les figures compétentes à la tête de l’Europe avec l’appui de son parti. En tout cas, ça marche comme ça dans toutes les démocraties que je connais. Et je n’ai pas de malaise avec ça.

  • Le 26 janvier 2010 à 15:45, par Krokodilo En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je ne me savais pas si dangereux. Je suis juste curieux de savoir combien de Français seraient réellement des Européens convaincus si on leur disait la vérité sur l’évolution linguistique de l’Union et l’avenir du français à cause de celle-ci ; effectivement, la vérité peut être dangereuse… politiquement. Si le prix de la construction européenne est de voir l’université française devenir comme celle de la Suède, je me pose réellement la question si le jeu en vaut la chandelle. Les arguments que vous citez ne me paraissent pas concluants, entre une lutte climatique mal barrée et des politiciens souvent inféodés au monde de la finance : la seule croissance asiatique annulera les maigres efforts que nous pourrions faire, les Japonais et les Norvégiens continuent de massacrer les baleines, qui sont parmi les animaux les plus intelligents de la terre, et croire que l’UE pèse sur les banquiers, les multinationales, ou veut réformer la finance mondiale… on ne doit pas vivre dans le même monde.

    « (…)ce problème, qui en est un parmi d’autres dans l’aventure européenne, (…) Il est un des plus importants, et il est sous-jacent à bien d’autres aspects : par exemple, lorsque l’article ou les commentaires évoquent des partis transnationaux, je me demande bien comment leurs membres vont communiquer, débattre, entre eux et avec leurs électeurs potentiels… pas moyen de trouver un seul renseignement à ce sujet ! Même si on poursuit dans voie, on pourrait au moins cesser les usines à gaz comme la certification en langues, ou les subventions manifestes à l’anglais comme Erasmus mundus. La construction européenne signifie-t-elle la fin de tout esprit critique de la part des médias, la sacralisation de tout ce qui est estampillé « construction européenne » ? Quant à demander aux euro-enthousiastes des précisions sur les limites géographiques de l’Europe fédérale qu’ils imaginent, est-ce trop ? Ou encore : « Construction européenne. Attention fragile. Ne pas critiquer en dehors des clous. »

  • Le 26 janvier 2010 à 17:37, par Clara Sommier En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Apparemment Jean Quatremer est surnommé la « hyène dactylographe » par ses collègues de Libération en référence à la longueur des articles, à sa rapidité d’écriture et à sa volonté acharnée de vouloir toujours écrire des articles sur des sujets européens qui selon la rédaction « sont d’importance mineure ».

    Bonne journée !

  • Le 26 janvier 2010 à 17:56, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    @Krokodilo :

    On n’avance pas si vous vous obstinez à caricaturer mon propos...

    Je trouve simplement que mes deux exemples sont pertinents et vous n’y apportez pas de contradiction valable : vous faites le constat de l’échec de la lutte contre le réchauffement climatique et de celle pour la régularisation de la finance mondiale, alors que je vous dis simplement qu’une Europe politiquement unie serait utile pour sortir de ces impasses...

    Je ne conteste pas, je vous l’ai dit, la gravité de la situation, que ce soit dans l’enseignement ou dans le fonctionnement des institutions. Mais qu’est-ce qui est choquant pour le fonctionnement d’une démocratie : qu’un député slovène parle anglais à un député portugais ? ou que des documents officiels, des pages web (etc.) mettent des mois à être traduits (et combien de fois ils ne le sont même pas !) dans les langues de l’UE, créant une véritable distorsion d’accès à l’information et donc d’implication dans la démocratie européenne ?

    Moi la première situation ne me choque pas du tout, et je serai même pour une réduction du nombre de langues officielles opérationnelles dans l’UE, qu’on arrête, effectivement, de se voiler la face. On peut par ailleurs imaginer un système dynamique qui permettrait d’effectuer des rotations sur un cadrage pluriannuel au sein d’un groupe de langues reconnues officielles (enfin bref, on peut trouver des solutions). SI ET SEULEMENT SI, dans le même temps, on assure aux citoyens, à tous les citoyens, une information totalement transparente et traduite de manière exhaustive dans la langue officielle de chacun des Etats membres.

  • Le 26 janvier 2010 à 18:19, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Le présidentialisme n’est pas la réalité dans les 27 États membres de l’UE, même si je suis d’accord avec votre exemple allemand. Et même là où, comme chez nous, la personnalité prime car elle incarne, il est très réducteur de nier l’importance d’un programme, d’un projet de société. Et il est encore plus hasardeux d’éluder la question du programme pour les européennes en supposant que de toute façon, tous les États membres sont présidentialistes, et donc l’UE fonctionne pareille. 1+1+1 ≠ 3 au Parlement Européen !

    Je me suis peut être mal exprimé, mais je n’ai jamais parlé de partis monolithiques, ni de super-parti fédéral ou quelconque autre caricature, relisez svp. Et vous me dites qu’un programme ne sert à rien pour le Parlement, et vous dites l’inverse pour le président-candidat de la Commission… mais ça n’a pas de sens ? ce serait le même, dans le modèle que je défends tout comme vous, celui d’une proposition par des partis transnationaux pendant la campagne d’un président de la Commission candidat, tête de liste de la majorité. Je ne vois pas sur quoi repose le désaccord que vous semblez construire ? C’est le sens de la campagne de la JEF, relayée sur le Taurillon pendant toute l’année 2009 : une élection démocratique et transparente du président de la Commission, sur la base d’un programme défendu par les partis en lice aux européennes et se retrouvant dans la même majorité.

    Enfin on peut bien sur tirer des enseignements de ce qui se passe dans les autres fédérations : si l’Europe se construit sui generis, elle ne se crée pas ex nihilo ! Je ne sais pas non plus si le parti démocrate a une plateforme commune. Mais la comparaison n’a aucun sens puisque dans le régime américain, les élections de l’exécutif et du législatif ne sont pas liées ! et avec le système de renouvellements successifs au cours du mandat présidentiel des sièges des deux chambres, on a un état de campagne permanent qui est découpé par État. Dans le cas de ce que nous souhaitons pour l’Europe, on aurait un président de l’exécutif issu, comme sur le modèle anglais, allemand, canadien (etc.), de la majorité au Parlement européen. Il y a une seule campagne pour l’élection législative et exécutive, et donc un seul et même programme.

    Je ne propose en rien un tirage au sort ou un « plouf-plouf-ce-sera-toi-qui-sera-commissaire »… relisez ce que j’ai écrit !! Des auditions impartiales, certes, mais j’espère qu’elle le sont déjà. Je déplore en revanche le processus de nomination qui voulait, jusqu’à cette Commission, que chaque État propose un commissaire. Le commissaire proposé émane nécessairement de la majorité en place dans l’État, pouvant être différente de celle issue des élections européennes. Ce système n’est pas optimal dans le choix des bonnes personnes aux bons postes. Je suis d’accord avec vous qu’un Président de la Commission sortant d’une majorité parlementaire élue au suffrage universel direct aura la capacité politique d’imposer la composition de son gouvernement, même s’il doit encore respecter la règle d’un Commissaire par État. Qui d’ailleurs ne pose pas problème en soi : au Canada on essaye par exemple de tenir compte de la représentativité de chaque Province dans la composition du gouvernement fédéral. Ce qui pose problème c’est le biais démocratique qu’induit cette procédure dans le cas où le président de la Commission n’a pas la capacité d’influencer les choix.

  • Le 26 janvier 2010 à 20:59, par Krokodilo En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je ne voulais pas vous caricaturer. L’ONU et un autre exemple bien connu montre bien que la taille ne fait pas tout ! Croire que l’UE, du seul fait de sa taille, sera en mesure de montrer l’exemple en matière de climat, de pollution ou quoi que ce soit d’autre, est un axiome, une opinion, pas un fait démontré. Certes, dans certains domaines comme la pêche, elle peut tenter de trouver une solution là où chacun aurait tendance à jouer perso. Mais dans d’autres, elle fait clairement le jeu des multniatiopnales : confier la pharmacovigilance aux labos, autoriser la publicité des médicaments, mesure qui va être de nouveau soumise aux députés pour la énième fois..., boeuf aux hormones, poulet-javel, faux chocolat, etc. On peut tout aussi bien soutenir que l’UE aboutit le plus souvent à un consensus mou, un compromis fadasse, empêchant toute mesure ambitieuse. Inversement, rien n’empêchait notre président de nationaliser les banques françaises en faillite, histoire de réformer leur pratique, de les restructurer en séparant les activités de spéculation, etc. Rien en nous empêche d’être en France à la pointe de la lutte bio en bannissant les pesticides le plus possible, en nous occupant de nos rivières et des nitrates en Bretagne, de déposer des motions pour boycotter les pays qui refusent de signer l’interdiction des mines anti-personnel, de refuser l’entrée aux ressortissants de pays où on marie les fillettes, etc. L’UE a autant d echances d’apaiser le monde que Dieu, c’est dire... L’UE est presque une religion. Certains jeunes semblent avoir focalisé leur enthousiasme et leur énergie sur la construction européenne comme si cela allait régler tous nos problèmes, mais nos problèmes sont en nous, et l’absence d’UE laisserait néanmoins l’ONU, les ONG, le TPI, les coopérations multilatérales, bref, de nombreuses instances où avancer.

  • Le 27 janvier 2010 à 06:49, par Laurent Nicolas En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Mais justement, l’ONU est une organisation internationale totalement désunie ! si l’UE devient un ensemble politique fort aux revendications partagées en matière de politique étrangère, notamment, alors elle pourra peser.

  • Le 27 janvier 2010 à 10:31, par Valéry En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Cédric est probablement ségoléniste en fait.

  • Le 27 janvier 2010 à 10:33, par Valéry En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    « Il y a un prix à payer à la construction européenne : la mort du français comme langue internationale. »

    Soyons sérieux, l’origine de cette tendance n’est pas la construction européenne mais la bataille de Waterloo.

  • Le 27 janvier 2010 à 21:43, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Cédric n’est rien du tout au PS comme ailleurs (et Cédric est certainement pas Ségoléniste - merci pour l’insulte).

    Cédric est juste présidentialiste, ca oui. Je sais que c’est pas très trendy surtout au centre gauche (enfin, tant qu’il est dans l’opposition). Ca veut pas dire que je suis présidentialiste à la francaise. Entre la 4ème et la 5ème, il y a un juste équilibre. Je veux pas d’un monarche républicain européen. Mais, oui, je pense que l’Europe doit se présidentialiser un minimum. Ce ne serait pas un luxe ou juste un autre délire fédéraliste. Je pense que c’est une variable clé, un point essentiel.

  • Le 28 janvier 2010 à 06:03, par Ronan En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Dans ce dialogue de sourds, on peut rajouter deux / trois bricoles :

    (1) A ce jour personne (personne...) n’interdit aux français de parler français, ni aux slovènes de parler slovène (etc). Et ce n’est pas à l’ordre du jour (en tout cas pas le mien). Et tout le reste n’est que fantasmagorie paranoïaque et (mauvaise) littérature.

    (2) Dans l’ordre du monde actuel, soit (comme Krokodilo) on en impute les difficultés du quotidien à une Europe fédérale qui n’existe pas encore... soit on essaie de construire cette Europe fédérale susceptible de recadrer le tir (ou pas) ; et - par la même - on essaie de réformer l’ONU d’aujourd’hui pour mieux construire une ONU de demain qui soit, effectivement, autre chose qu’un machin.

    Sinon, on peut également faire comme Krokodilo ; i.e : un aspect (complètement marginal...) ne me convient pas, donc je boude définitivement et je ne fais rien de constructif. En d’autres termes cette attitude s’appelle... la politique du pire.

  • Le 28 janvier 2010 à 19:28, par krokodilo En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je suis toujours étonné de voir qualifier de marginal un élément essentiel de la construction européenne : comment fonctionneront des partis transnationaux, comment s’adresseront-ils à leurs électeurs et comment discuteront-ils entre eux ? Je n’ai pas dit qu’une Europe anglophone était la fin du monde (quoique utiliser la langue du pays le moins européen est assez ridicule), mais pourquoi le cache-t-on ?

  • Le 29 janvier 2010 à 07:43, par Valéry En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Toutes mes excuses. Il est vrai que les seuls présidentialistes à gauche sont souvent les ségolénistes, omnubilés par ce culte de la personnalité suspect. Il y a Jack Lang aussi bien sur (sans commentaire).

    Au niveau européen, focaliser le fonctionnement institutionnel autour d’une personnalité unique, fut-elle largement contrebalancée par un Parlement fort comme aux Etats-Unis, me semble peu adapté. En effet le fédéralisme implique avant tout le maintien des diversités et celles-ci sont mieux représentées dans une assemblée que par un homme seul (ne une femme). C’est pourquoi outre mon tropisme parlementariste, je doute qu’un système présidentiel, même s’il n’est pas présidentialiste, soit le plus approprié.

    Bonne journée.

  • Le 29 janvier 2010 à 10:59, par Cédric En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    On ne peut pas avoir la même position sur ce sujet aux niveaux français et européen. Car les deux systèmes représentent deux excès inverses.

    France : J’ai dit que j’étais un minimum présidentialiste, pas que j’étais raëlien. Et merci de ne pas chercher à catégoriser. Il y a beaucoup d’électeurs de gauche qui ne se retrouvent pas dans les partis de gauche, ou même qui ne votent pas à gauche. Preuve en sont les millions d’ouvriers qui ont voté Sarko.

    La gauche sera de toute façon présente aux présidentielles, non ? Toutes les gauches, même. Non ? Avec un objectif de gagner pour gouverner, ou de perdre pour incarner la résistance parlementariste (comme le suggère Harlem Désir) ? Et leurs candidats à la présidence, ils seront quoi ? Présidentialistes ou parlementaristes ? Je ne me fais aucune illusion, et vous non plus. Malgré le changement de politique (auquel je crois), et même de style, le canard enchaîné sera là pour nous dévoiler les mêmes effets de cour, les mêmes caprices présidentiels.

    Et les présidents PS, PC, ou Verts de régions, départements, agglos, communes, ils sont présidentialistes, ou parlementaristes ?

    Europe : En Europe, il y a une hypertrophie des pouvoirs du/des colégislateur(s). La moindre décision merdique est soumise au législateur (lisez le JOUE), y compris les mesures d’urgence, alors que des systèmes de délégation des décisions à la Commission existent. Un système qui met 2 ans pour prendre des décisions d’urgence est un vrai système de vainqueur.

    Les preuves que le système européen est de plus en plus déséquilibré se cachent dans les détails. Par exemple, la prétention actuelle du PE à externaliser la réalisation des "études d’impact préalables", que la Commission effectue jusqu’ici en interne avant toute proposition législative. Le PE veut les confier "à des think tanks ou des experts universitaires" (quand le privé fait la loi). Autre exemple, sa prétention à être représenté à toute négociation internationale à côté de la Commission, du Conseil, et de toute la ribambelle de présidents européens. Sa prétention à obtenir un droit de blocage sur toute décision de mise en œuvre des « lois européennes ». Son refus de faire des efforts sur les frais administratifs là où les autres institutions en font (chiffres à l’appui - voire European voice).

    Je ne sais pas si c’est une politique de gribouille du Parlement pour complexifier la gouvernance européenne afin, un beau jour, d’exiger une rationalisation générale incluant le Conseil. Si c’est le cas, je suis pour. Mais j’en doute. Le Parlement cherche bien à s’approprier des compétences gouvernementales / exécutives pour longtemps. Il ne veut pas du tout que la Commission devienne le gouvernement de l’UE, son gouvernement.

    Vous avez raison sur un point : le président de la Commission sera le candidat d’une majorité au PE, il ne sera pas élu au SUD. Son programme devra donc être celui de son parti. Mais le PSE (et les autres partis) pourra-t-il adopter avant 2014 un programme clair, ambitieux, incarné, pas de déclarations de principes ? Vous le savez mieux que moi. Le manifeste PSE ne m’a pas transcendé, pour être honnête. Si les socialistes français ont fait le choix de primaires, n’est-ce pas aussi parce qu’ils ne croient plus en leur capacité en tant que parti à élaborer un programme clair qui ne soit pas une simple synthèse ?

  • Le 30 janvier 2010 à 13:05, par Krokodilo En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    C’est vrai que la télé French24 (160m d’€/an), Erasmus mundus, l’imposition de l’anglais au primaire ou aux concours des grandes écoles, toutes ces mesures sont aussi naturelles que la pluie !

    Dans les effets néfastes de l’UE, j’ai oublié la dévalorisation du label bio, car le bio européen n’aura rien à voir avec le bio français actuel, très strict. Oublié aussi la complaisance avec les pesticides, Monsanto et les OGM. La construction européenne a tellement de conséquences regrettables qu’on en oublie fatalement !

  • Le 2 février 2010 à 00:32, par KPM En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Taurillon > Page d’accueil > descendre vers le milieu de la page > Who’s your candidate ?

    Bref, avant de lancer des accusations en l’air, renseignons-nous au moins un tout ch’tit minimum :)

    Les JE-France et la JEF soutiennent de longue date l’européanisation de l’élection européenne.

  • Le 25 mars 2010 à 22:05, par Elodie B. En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    alors je me permets de relancer le débat car je ne suis en aucun cas d’accord avec vos propos Mr Laurent Nicolas : [Moi la première situation ne me choque pas du tout, et je serai même pour une réduction du nombre de langues officielles opérationnelles dans l’UE, qu’on arrête, effectivement, de se voiler la face.]

    Non car l’Europe s’est construit avec son multilinguisme, et ce qui fait la force aujourd’hui de l’Europe, c’est sa diversité : sa diversité linguistique ! Je suis du point de vue qu’une langue représente une culture et si on impose le tout anglais, ça revient à renier des cultures, à renier la diversité de l’Europe ! Réduire le nombre de langues officielles donnerait moins d’importance à certains pays et si on ne reconnaît plus les langues de certains pays comme langues officielles, on rendrait l’Europe moins accessible aux citoyens.

    Et pour en revenir à notre hyène dactylographe, je tiens à souligner le fait qu’il reçoit ce 27 mars, le prix Richelieu (http://www.langue-francaise.org/Bru...), décernée par l’association Défense de la langue française justement parce qu’il a réussi à s’imposer comme une hyène francophone dans un milieu où le tout anglais prime, ce qui démontre bien que le français dans les institutions n’est pas mort.

  • Le 26 mars 2010 à 10:52, par Fabien Cazenave En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je ne crois pas que cela soit ce que dit Laurent... Il n’a pas dit qu’il fallait faire du tout anglais. D’ailleurs, vous remarquerez que vous êtes sur un site qui en page d’accueil met en avant d’autres langues que le français.

     ;-)

  • Le 25 février 2011 à 12:19, par Tanguy En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    Je trouve toujours amusant de constater que l’UE est justifiée par le fait de « peser » au plan international. La réalité des faits est cruelle de ce point de vue, l’UE n’étant qu’un petit satellite des US (et téléguidé depuis sa création !!!).

    Amusant aussi de voir des argumentaires relayant des idées de « contrôle de la finance » ou autres « protections du citoyen » alors que les différents traités sont tous conçus par et pour le grand capital, et faut il rappeler qu’il n’a aucune autre fonction/objectif que de croître ?

    Amusant aussi d’entendre parler de démocratie alors que le dernier exemple d’exercice démocratique a large échelle s’est déroulé comme on l’a vu (France, Pays-Bas et Irlande roulés dans la farine, les autres pas consultés... Il n’y avait plus de farine ?).

    Amusant de voir que lorsque le responsable Hongrois prit ses fonctions, le parlement s’est vidé de ses occupants (enfin, juste ceux appartenant à des partis « comme il faut » : gauche, PPE,...) car il a osé parler de démocratie.

    Amusant de constater qu’à chaque élection européenne les candidats (en tout cas de gauche et écologistes et certains courants de droite) disent « nous voulons une AUTRE europe », mais pas moyen d’influencer quoi que ce soit....

    Amusant de voir quelq’un appeler à du sang et des souffrances pour enfin faire accepter un organisme qui est censé avoir pour but la fin du sang et des souffrances.... Qu’il se rassure, le grand frère n’a toujours pas renoncé à la « guerre des civilisations ».

    Aller, j’arrête là : pas le temps... Et à quoi bon, je pense que c’est joué : une bonne ploutocratie est déjà installée, les moyens sécuritaires sont pour le moins impressionnants. Les membres de l’European Round Table et leurs larbins experts en comitologie peuvent dormir tranquille... Quant à nous, nous pouvons bosser tant qu’on nous le demande... Et fermer notre XXXXX

  • Le 15 mars 2011 à 16:43, par Marc-Antoine Coursaget En réponse à : Interview de Jean Quatremer, la « hyène dactylographe » bruxelloise

    « lorsque le responsable Hongrois prit ses fonctions, le parlement s’est vidé de ses occupants car il a osé parler de démocratie ». Le Président hongrois a fait l’objet de nombreuses critiques concernant une loi menaçant gravement la liberté d’expression.

    « une bonne ploutocratie est déjà installée » Une ploutocratie est un régime où l’argent constitue la base principale du pouvoir. Le budget de l’Union européenne représente 1% du budget de ses membres.

    « le dernier exemple d’exercice démocratique a large échelle » a révélé un problème majeur : le désintérêt des citoyens pour l’Europe, pas leur refus. Le Traité de Lisbonne, qui a pris en compte ces refus, a été approuvé à la très large majorité des élus de la Nation (qui vous est si chère).

    « l’UE n’étant qu’un petit satellite des US » et « les différents traités sont tous conçus par et pour le grand capital » ne sont pas des arguments mais des assertions d’ordre purement idéologique, et nullement étayées.

Commenter cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom