Mouvement européen

Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

La nouvelle présidente du Mouvement européen - France prend la parole dans le Taurillon

, par Fabien Cazenave

Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

Sylvie Goulard, enseignante à Sciences-Po, a été élue présidente du Mouvement européen France le 9 décembre 2006 contre le président sortant Pierre Moscovici. C’est la première fois qu’un Président du Mouvement était élu. Le « Taurillon » offre à Sylvie Goulard l’occasion de nous présenter dans nos colonnes son point de vue sur son élection, l’Association, l’Europe...

Tout d’abord, Sylvie, félicitations pour votre élection. Comment s’est passée cette première campagne "présidentielle" pour le Mouvement européen ?

Sylvie Goulard : Les échanges ont été intenses : comme j’ai tenu à répondre à tous les questionnaires et mails qui m’ont été adressés, à me rendre dans toutes les sections qui m’ont invitée, à créer un site web comportant des documents substantiels, je n’ai pas chômé. Mais ce fut une formidable aventure : un petit noyau d’Européens convaincus, membres du MEF ou non, à Paris et dans les sections, m’ont aidée et entourée avec beaucoup de chaleur alors même que souvent, ils me connaissaient à peine.

Certains se sont engagés alors que mes chances de l’emporter étaient faibles et que je n’avais rien à offrir. Je ne l‘oublierai pas. Des responsables politiques, des amis de toute l’Europe m’ont épaulée, jusqu’à Mario Nava, le jour « j ». C’était un formidable encouragement à aller jusqu’au bout. Je suis heureuse de ne pas les avoir déçus.

Vous êtes enseignante à Science-Po Paris, pensez-vous pouvoir accorder plus de temps au Mouvement Européen qu’un politique ?

SG : Pour me présenter à la présidence du MEF, j’ai renoncé à mon cours dans le cadre du double diplôme Sciences Po / LSE. Je ne le regrette pas mais ce fut tout de même un petit déchirement.

Une activité d’enseignement est, de toutes façons, compatible avec les fonctions de Président du MEF ; ainsi au collège d’Europe à Bruges, j’effectuerai au premier semestre 2007, 30 heures de cours au total et ils portent sur la Commission européenne. Enseigner oblige à se tenir au courant des derniers développements de l’actualité ; quant au contact des jeunes, il est très profitable quand on commence à l’être moins, n’est-ce pas ?

Quelles vont être les grandes orientations de votre mandat de Président du ME-France ?

SG : Il appartiendra au Bureau de le décider formellement.

Pendant la campagne, j’ai pu donner quelques indications personnelles : rendre l’Europe vivante, humaine ; l’expliquer pour lui faire perdre son caractère rébarbatif. Et pour cela, vivifier les rapports entre Paris et les sections, aller vers de nouveaux publics moins « acquis d’avance », s’ouvrir à nos partenaires européens. Je voudrais que le MEF redevienne la conscience européenne de la France et acquière, par un travail systématique de terrain et de substance, une crédibilité renouvelée.

Est-ce que les hommes et femmes politiques qui sont au Mouvement Européen doivent afficher leur ancrage européen et fédéraliste au sein de leurs partis ?

SG : Tous les membres du Mouvement européen devraient s’attacher, partout où ils se trouvent, à défendre les conceptions qui sont les nôtres.

Les hommes politiques ont à cet égard des responsabilités particulières puisque c’est au sein des partis que se prépare l’action. C’est pourquoi j’ai été choquée de voir que la coopération théoriquement « transpartisane » consistait parfois à se neutraliser mutuellement, à passer des compromis au millimètre, au lieu de favoriser l’éclosion des idées audacieuses. C’est ce que Jean-Louis Bourlanges ancien Président du Mouvement a lui aussi dénoncé dans la lettre qu’il m’a adressée durant la campagne (disponible sur le site www.sylvie-goulard.eu). C’est ce que mon élection va peut-être permettre de changer ; je voudrais que le MEF fasse de nouveau entendre une voix indépendante, dévouée à la promotion d’idées européennes, que chaque parti puisse le cas échéant, se réapproprier mais qui reste au-dessus de la mêlée.

Depuis le rejet du Traité constitutionnel, l’Europe politique semble gelée. Quelle est votre opinion sur cette urgence d’Europe dont nous avons besoin ?

SG : La crise est grave mais l’Europe a les moyens de rebondir, j’en suis convaincue. Nous ne souffrons pas d’un échec de l’Europe mais plutôt d’un manque d’Europe. La méthode communautaire conserve ses vertus ; simplement, elle n’a pas été appliquée correctement ces dernières années ; abandonnée au profit de la PESC qui n’a de commun que le nom ou de la méthode ouverte de coordination, elle demeure nettement supérieure à ces ersatz. Pour moi, l’Europe n’est pas morte…

Naturellement, à 27, ce ne sera pas simple de se mettre d’accord sur un projet commun mais le débat longtemps refoulé ne peut plus être éludé. Déjà sur l’élargissement par exemple, les positions actuelles sont plus raisonnables qu’il y a deux ans. L’idée qu’il faille réformer l’UE avant d’accueillir de nouveaux membres a fait son chemin.

Tentons d’avancer à 27, honnêtement, sans exclure personne ; sinon, avançons à quelques uns, notamment autour de l’euro.

2e partie de cette interview : cliquez ici

Interview réalisée par Fabien Cazenave

- Biographie de Sylvie Goulard :

Formation : École nationale d’administration (promotion 1989) ; diplomée de l’Institut d’études politiques (Paris) et titulaire d’une Licence en droit de l’Université d’Aix-en-Provence (1986).

1989 : direction des affaires juridiques du ministère des affaires étrangères (sur du droit communautaire, du droit international public). Participation à l’équipe française chargée de négocier le Traité de réunification de l’Allemagne (et ayant abouti au traité de Moscou du 12 septembre 1990, dit Traité « 2 + 4 »).

1993-1996 : membre du Conseil d’État (section du contentieux, section sociale).

1996-1999 : chargée de mission au « Centre d’analyse et de prévision » (CAP) du Ministère des affaires étrangères ; en charge des questions européennes, et notamment en charge de la coopération étroite avec le CAP allemand.

1999-2001 : détachée du ministère des affaires étrangères comme chercheur au CERI.

2001-2004 : expert détaché à la Commission européenne, membre à ce titre du Groupe des conseillers politiques du Président de la Commission européenne (alors, Romano Prodi), s’occupant notamment du suivi des travaux la Convention européenne.

2005-2006 : professeur à Science-Po Paris sur la thématique "Puissance et influence dans les relations internationales" (double cursus Science-Po/LSE).

2006 : élue à la présidence du Mouvement européen France.

Ses publications : Le Grand Turc et la République de Venise (Fayard, 2004), préfacé par M. Robert Badinter. Cet ouvrage a été couronné du prix du livre pour l’Europe 2005 et réédité - depuis lors - dans une version augmentée ; il a été traduit en allemand et en grec.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie de Mme Sylvie Goulard.

- A consulter :

Le site du Mouvement Européen France.

Le site des Jeunes Européens France.

Vos commentaires

  • Le 17 décembre 2006 à 13:01, par Karim-Pierre Maalej En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Bravo ! :-)

    En espérant que les promesses soient suivies d’effets...

  • Le 17 décembre 2006 à 15:40, par Stéphane-Emmanuel RAYNAUD de FITTE En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Eh bien ... il m’apparaît bel et bien que Sylvie évoque avec encore un peu plus de précision les efforts qu’elle consent - naturellement ! - en termes d’énergie et de disposition au bénéfice du ME-F. Dire que certains en doutaient ... Je suis personnellement plutôt confiant (enfin !) dans l’avenir du ME-F car il ne semble pas à notre nouvelle présidente qu’il soit urgent d’attendre, contrairement à son prédécesseur. L’important est surtout, et elle sait le dire avec le tact mais la farnchise nécessaires, la nécessité d’agir tous ensemble, au-delà des petits problèmes de personnes et des mesquineries qui ont pu s’exprimer. L’avenir du mouvement, c’est aussi - et peut-être surtout - l’effort de chacun dans le sens de l’engagement collectif.

  • Le 18 décembre 2006 à 08:26, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Cette élection est à mon sens une bonne nouvelle pour l’association.

    Je vous propose un lien vers un poste de mon blog « Agir pour l’Europe » concernant le vote du Conseil national.

  • Le 18 décembre 2006 à 08:49, par Yves CLEMENT En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Allons y !

    Ayant créé la section du MEF LOIRET en 2004, j’ai très vite été déçu par le manque d’action, d’ambition du MEF...et par son parisianisme. J’ai donc soutenu, dès le début, au moment où personne n’ y croyait trop, la candidature de Sylvie. Je suis fier du résultat, mais tout ne fait que commencer. On s’ y met ?

    Yves CLEMENT, président du MEF Loiret

  • Le 18 décembre 2006 à 09:21, par Ronan Blaise En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Une élection de qui que ce soit à quelque poste de responsabilité que ce soit ne saurait être une fin en soi. Pour ma part, je souhaites donc que le résultat de cette élection opère ’’comme un déclic’’ dans les rangs de notre association.

    Que l’on tourne enfin le dos au vieux ME-France ’’canal historique’’ (’’think tank’’ guindé, inutilement bavard, mondain et élitiste...) pour en faire enfin un ME-France ’’section de combat’’ qui soit véritablement un mouvement politique fédéraliste authentiquement populaire, vraiment militant et véritablement de terrain.

  • Le 18 décembre 2006 à 20:46, par catherine guibourg En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Félicitations Fabien pour l’initiative de cette interview.

    Il y un sujet qui me préoccupe, c’est celui des frontières de l’ »Europe », sujet qui devient tellement politisé qu’il en est inaudible. D’abord l’Europe. Sait-on que ses « frontières » (au niveau des valeurs) ont été définies par décision politique, en 1992, par le Conseil de l’Europe ? Il s’agit de 46 pays (bientôt 47 avec l’indépendance du Monténégro, mais le Belarus pour des raisons évidentes de non-démocratie n’en fait pas partie) : les pays des Balkans, la Turquie depuis 1959, la fédération de Russie, l’Ukraine, les 3 pays du sud Caucase, y sont. Tous ces pays européens doivent suivre et appliquer les conventions du Conseil de l’Europe, ce qui doit leur permettre de répondre aux critères et valeurs européennes de cette organisation : démocratie, droits de l’homme et règles de droit. Bien sûr les progrès sont inégaux mais des résultats tangibles existent, on pourrait citer la peine de mort qui est maintenant abolie dans tous les pays européens. Il n’y a en outre aucune velléité ( au-delà du cas du Belarus qui ne pourra entrer dans l’ »Europe » que lorsqu’il aura apporté les preuves de sa démocratisation), d’étendre le territoire européen du Conseil de l’Europe au-delà des Etats-membres actuels. Les frontières européennes existent !

    Tous les pays membres du conseil de l’Europe, sauf la Russie, aspirent à devenir membre un jour de l’Union Européenne. Mais ils savent être patients, mais cette aspiration permet aussi, au-delà des efforts du Conseil de l’Europe, d’accélérer les réformes (le cas de la Turquie est peut être le plus évident, surtout depuis 2000). Or, nos politiques, et ce fut le cas lors du dernier sommet « européen » ( c’est là la confusion, pardon, de l’ »Union Européenne »), pour satisfaire notamment leurs opinions publiques internes, qui ne brillent plus par la générosité, donnent des messages lourds de conséquences pour l’avenir de ces pays, et du continent européen en général. Il faudrait tester maintenant le pouls des opinions publiques de ces pays, qui se voient rejetées, et qui peut-être n’auront plus d’autres choix que le glissement populiste ou communautaire (émiettement et conflits internes culturels, souvenons-nous des Balkans au début 1990 !). Bien sûr que leur entrée dans l’UE est un objectif encore lointain, mais mettre ceci sur le dos de frontières « européennes » non définies est coupable. Reconnaissons leurs qualités d’européens, et tendons-leur la main ! Bien sûr que la réforme des institutions de l’UE est un préalable, mais évitons, vis à vis d’eux, le découragement !

    Je me souviens, lors de l’annonce des résultats négatifs du référendum en France, une amie cinéaste géorgienne, qui s’était battue pour la démocratisation de son pays : elle était en larme. Elle avait compris ce que ce vote d’angoisse, de peurs, de fermeture, signifiait pour son pays. Mon impression est que nous surfons sur la vague du populisme facile, mais que cela risque d’être lourd de conséquences pour l’avenir de l’Europe, faute, pour des raisons de politique interne, de donner des messages clairs et positifs.

    Catherine, blog "l’Europe dans la campagne" http://catymi.blog.lemonde.fr

  • Le 19 décembre 2006 à 09:50, par Florent En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Félicitations et encore bravo.

  • Le 19 décembre 2006 à 13:33, par Ronan Blaise En réponse à : Interview de Sylvie Goulard (1ère partie)

    Effectivement, il ne faut pas tout mélanger : (1) l’Europe (continent aux limites conventionnelles et arbitraires, fruits de choix politiques et de hasards historiques), (2) le Conseil de l’Europe (CdE dont l’UE n’est aujourd’hui pas formellement membre et CdE dont les ’’recommandations’’ - ici n°1247 du 4 Octobre 1994 - ne regardent en fait que lui et n’ont aucun caractère contraignant pour les Etats-membres ni pour les autorités communautaires de l’UE) et (3) l’UE (organisation politique toute autre qui n’a pas nécessairement vocation à coïncider, géographiquement parlant, avec les deux autres ’’Europe’’ mentionnées ci-dessus).

    Rappelons que l’Union européenne est un ensemble fermé dans lequel on entre après une procédure d’admission : les nouveaux Etats membres étant cooptés et acceptés par les anciens. Ainsi, pour être membre de l’Union, trois conditions doivent être remplies : (1) que l’Etat candidat marque clairement sa volonté de rejoindre l’Union, (2) que les Etats candidats remplissent bien les critères d’adhésion rendant effectivement possible celle-ci et (3) que tous les Etats déjà membres de l’Union donnent leur accord à cette adhésion (ceux là-même étant seuls juges de la ’’capacité d’absorbtion’’ des nouveaux candidats par l’Union).

    Ainsi, nul ne peut prévaloir du titre de membre de droit de l’Union, l’adhésion n’étant pas un dû mais une reconnaissance et un privilège accordés à un pays tiers par les Etats déjà membres de Union. Il ne peut donc guère y avoir de frontières ’’objectives’’ de l’Union puisque ses frontières actuelles résultent en fait d’une convergence de consentements mutuels et réciproques entre Etats membres et Etats aspirants à l’adhésion (et auront donc changées au moins six fois depuis les traités de 1957).

    Rappelons également que s’il y a bien quelque chose qui s’oppose à toute perspective à court terme d’élargissement tous azimuts de l’Union (même dans un seul cadre géographiquement ’’européen’’), c’est l’absence préalable de toute réforme institutionnelle. Cela risquant alors de ’’noyer’’ les fédéralistes dans un bain ’’eurosouverainiste’’ (ou ’’européiste’’ mou) et de faire ainsi échouer de façon définitive tout véritable projet politique d’Union politique authentiquement fédérale.

    Pour le reste, autant ne pas brider le développement ultérieur de l’Union européenne dans des carcans géographiques préalablement trop affirmés (des limites trop vites atteintes et alors impossibles à dépasser... ou des objectifs illusoires et trop ambitieux qu’il vaudrait alors mieux oublier...).

    PS : Juste signaler que, ces dernières années (avec la ’’parainage’’ intéressé de l’Italie berlusconienne), la Russie poutinienne avait régulièrement signalé son ambition et sa volonté de rejoindre, à long terme, l’Union européenne. Sans néanmoins faire formellement acte de candidature, effectivement (ce que l’on ne pourrait néanmoins interdire...). Même si, en l’état actuel (institutionnel) de l’Union et (politique) de la Russie, toute adhésion future de ce grand pays à l’UE risque d’être exclue pour longtemps.

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