L’Agenda 21 en Pologne : un faux espoir pour l’écologie

, par Kat Banaszek

L'Agenda 21 en Pologne : un faux espoir pour l'écologie
Dessinateur : Polyp http://www.polyp.org.uk/index.html

« L’Agenda 21 en Pologne n’a pas été un succès et ceci est en grande partie du de l’Etat » affirme Andrzej Kassenberg de l’Institut pour l’Eco-développement [1], le principal think-tank polonais en développement durable. Au niveau local, certaines collectivités ont cependant pris des initiatives couronnées de succès.

Gdańsk a été la première ville polonaise à élaborer son agenda 21 local. « Nous avons organisé le Forum de l’Agenda 21 local, qui fonctionnait pendant les années 90, et continue aujourd’hui », explique Jadwiga Kopeć, la directrice du Département de la Protection de l’Environnement de la municipalité de Gdańsk de l’époque, et membre actif du Club écologique polonais, une des plus grandes ONG environnementales en Pologne. Une fois par mois, différents acteurs, dont des représentants des associations écologiques, des syndicats, des établissements d’enseignement supérieur et des commerçants, se réunissaient pour discuter ensemble de thèmes tels que la gestion des déchets, l’aménagement du territoire, les espaces verts ou la protection des prises d’eau de la ville. Les recommandations du forum étaient ensuite présentées à la municipalité. « Ce n’était pas uniquement des vœux pieux. Ces objectifs étaient effectivement réalisés, et chaque année, je préparais des rapports sur leur mise en place », raconte Jadwiga Kopeć.

Le plan d’action de la ville comprenait des objectifs tels que l’amélioration de la qualité de l’eau potable, la modernisation de la station d’épuration, l’amélioration de l’état des eaux côtières et la diminution de la quantité des métaux lourds dans les égouts. « A l’époque, la grande priorité était d’éliminer les dangers pour l’homme. L’état de l’environnement était très mauvais. Par exemple, les plages urbaines étaient fermées à cause de la pollution bactérienne et chimique. Beaucoup de quartiers n’avaient pas d’égouts. La station d’épuration de la ville ne filtrait les eaux usées que mécaniquement, le reste coulait directement dans la rivière. Les poissons étaient malades à cause de la pollution ! », s’exclame Jadwiga Kopeć. Aujourd’hui, les plages de Gdańsk sont ouvertes au public, pratiquement toutes les habitations ont été branchées au tout à l’égout et la station d’épuration moderne fonctionne depuis quinze ans.

Un autre objectif de l’Agenda 21 de Gdańsk était l’augmentation de la participation de la société dans la prise de décision dans le domaine de l’environnement. « Le phénomène assez courant est que les habitants protestent contre un projet d’investissement quand il commence déjà à être réalisé, alors qu’à ce moment là il est déjà trop tard. Nous montrons aux habitants, comment ils peuvent s’impliquer dans la planification de l’aménagement du territoire, ce que leur permet la législation, etc. » explique Jadwiga Kopec. Cette idée a été aussi reprise par le Club Ecologique Polonais, qui, en 2010, a initié le projet participatif de l’aménagement de la ceinture côtière urbaine de Gdansk. Un an de travail, passant par la réalisation d’enquêtes auprès des habitants, a montré que ces derniers souhaitent que ces espaces verts restent publics et non pas vendus pour la construction. Ainsi est né le projet du « jardin de la ville », qui est actuellement présenté auprès des différents organismes de la municipalité.

Un succès mitigé au niveau national

Si l’Agenda 21 a été mis en œuvre avec succès à Gdańsk, le bilan des agendas 21 locaux est plus mitigé à l’échelle nationale. Seulement 11% des collectivités territoriales l’ont fait. « Après le Sommet de Rio, le sujet était d’actualité, nous étions optimistes. On disait que chaque commune devrait avoir son Agenda 21 », affirme Ewa Podlesińska , activiste du Club écologique polonais. Mais l’idée n’a pas toujours pris, d’autant plus que l’Etat ne l’a pas beaucoup soutenue. Quant à Gdańsk, l’initiative de l’Agenda 21 local est venue d’extérieur. La ville fait partie du Conseil international pour les initiatives écologiques (ICLEI), une association parrainée par l’ONU et chargée d’encourager et soutenir des projets de développement durable au niveau des communes du monde entier. « C’est de cette association que nous avons repris les idées concernant le fonctionnement participatif des prises de décision à Gdansk, pour le nouveau siècle », explique Jadwiga Kopeć.

« L’Agenda 21 n’a pas eu d’influence majeure en Pologne », reconnaît Andrzej Kassenberg, le président de l’Institut pour l’écodéveloppement, et membre de la délégation polonaise au Sommet de Rio 1992. Ce sommet tombait 3 ans après la « révolution de 1989 » et les premières élections parlementaires totalement libres. Au début des années 1990,le pays, en pleines transitions économique, politique et institutionnelle, était loin d’être une démocratie stable. Les nombreux scandales, le discrédit des élites politiques, le renversement des gouvernements, les Premiers Ministres changeant tous les deux-trois ans, furent des éléments centraux de la scène politique du pays.

« Le ministre de l’environnement de l’époque, Stefan Kozłowski, a essayé de promouvoir l’Agenda 21, mais, dans un pays en pleine crise économique, ce plan d’action n’a pas fait partie des priorités pour les autorités », explique Andrzej Kassenberg. Ensuite, la Pologne a commencé à préparer son entrée dans l’Union européenne, dont le moteur principal était l’accomplissement de la législation européenne en matière d’environnement. « Nous avons beaucoup agi pour promouvoir l’Agenda 21, mais il s’est avéré que l’idée du développement durable ne s’est pas révélé prioritaire lors des préparatifs à l’entrée dans l’UE », explique t-il.

Un discours optimiste pour l’avenir

Pourtant, le discours officiel est optimiste. « En Pologne, à partir des changements socio-économiques post 1989, la politique du développement durable est présente entre autres dans les documents stratégiques nationaux et elle a joué un rôle clé dans la formation du système actuel de protection de l’environnement », affirme le Ministre de l’environnement Marcin Korolec. L’Etat parle beaucoup de politique environnementale, notamment pendant sa présidence de l’UE l’an dernier et dans le contexte des préparations au sommet Rio+20. Le développement durable figure même dans la Constitution, mais, selon Andrzej Kassenberg, a peu d’application pratique. « Nous avons des tas de plans d’action. Mais ces documents ne sont pas mis en œuvre, il n’y a pas de suivi, et on n’en tire pas de conclusions. Malheureusement, c’est juste l’art pour l’art ».

Certes, depuis 20 ans, la Pologne a fait des progrès considérables dans le domaine de la protection de l’environnement. Au niveau politique, il y a eu plusieurs réformes du droit de l’environnement, la mise en place de mécanismes de financement des initiatives environnementales, la décentralisation du pouvoir responsabilisant les autorités locales. Au niveau économique, les emplois verts ont émergé à travers l’agro-tourisme (9 000 fermes), l’agriculture biologique (12 000 fermes) et les énergies renouvelables (9% d’énergie totale), l’émission des polluants et de gaz à effet de serre ont baissé. De nouvelles aires protégées ont été créées. Mais, selon Andrzej Kassenberg, une grande partie de ces progrès ne découle pas de l’action consciente de l’Etat.

Malheureusement, depuis la chute du communisme, le pays a développé le modèle de consommation similaire à celui de l’Europe occidentale. Pour la plupart des Polonais, se souvenant toujours de la misère et la pénurie des produits de première nécessité à l’époque du communisme, le libre marché et la société de consommation sont synonymes de progrès. « Dans un passé pittoresque de République Populaire de Pologne, nous nous ravissions de chaque joli emballage », raconte Jadwiga Kopeć. « Nous étions en quelque sorte une société de consommation gelée », explique Andrzej Kassenberg. Entre la chute du communisme et l’intégration européenne, la Pologne n’a pas su profiter de l’opportunité de mener une transformation pro-écologique que lui donnait son ‘’retard’’. Au XXIème siècle, elle devra probablement effectuer une telle transformation, mais cette fois à des coûts beaucoup plus élevés.

L’Institut pour l’Ecodéveloppement , créé en 1991, est le plus grand think-tank polonais spécialisé en développement durable. Cette fondation non gouvernementale est ente autres financée par le Fonds National de Protection de l’environnement, les fonds européens, la Fondation Oak et la Fondation européenne pour le climat.

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