L’Allemagne et la Pologne se disputent la mémoire de la deuxième guerre mondiale

, par Markus Lammert

L'Allemagne et la Pologne se disputent la mémoire de la deuxième guerre mondiale

Les relations germano-polonaises souffrent toujours d’une interprétation politique des événements liés à la deuxième guerre mondiale. Le cas de l’affaire Steinbach ravive un nationalisme qui continue de peser sur l’opinion publique polonaise.

Władysław Bartoszewski est le doyen de la réconciliation germano-polonaise. L’ancien résistant et opposant au régime communiste en Pologne s’est engagé aussitôt après la chute du mur dans le processus de rapprochement des deux États voisins. Mais en début d’année, l’actuel chargé de mission du gouvernement pour les relations avec l’Allemagne s’est mis en colère. Avec lui une grande partie de l’élite politique polonaise a de nouveau pris ses distances avec la politique du grand voisin à l’ouest.

Que s’est-il passé ? Les deux pays se disputent leur histoire commune. De nouveau le travail de mémoire autour de la seconde guerre mondiale a déclenché la polémique. Au coeur du débat : le centre de mémoire prévu à Berlin sur les expulsés d’Europe de l’Est après 1945. Refusé rigoureusement par les autorités polonaises à l’époque du Premier ministre Jarosław Kaczynski, le projet avait été accueilli avec une « distance amicale » par l’administration de son successeur Donald Tusk.

Le cas Steinbach

Mais la nomination de Erika Steinbach, député CDU et présidente de l’Association des expulsés allemands (BdV : Bund der Vertriebenen) au comité directeur du centre de documentation en février 2009, a de nouveau suscité de vives polémiques en Pologne. Steinbach est une bête noire pour une grande partie de la presse polonaise depuis qu’elle a, en 1990, voté contre la reconnaissance définitive de la ligne Oder-Neiße – la frontière entre les deux pays depuis 1945. On lui conteste en outre son statut d’expulsée car elle est la fille d’un officier de la Wehrmacht qui a dû quitter la Pologne face à l’avancée de l’Armée rouge.

Le « cas Steinbach » révèle les difficultés à trouver une interprétation de l’histoire qui satisferait les deux nations le long de l’Oder. Loin de la réconciliation franco-allemande dont la publication d’un manuel d’histoire commun en 2006 est le meilleur signe, les relations germano-polonaises se heurtent surtout à la réorientation supposée de l’historiographie allemande vers une victimisation du peuple allemand. Du coté polonais on craint que l’Allemagne ne mette de côté sa responsabilité pour les crimes des nazis qui ont causé plus de 6 millions de morts en Pologne (dont 3 millions de juifs). De l’autre coté une grande partie des Allemands souhaite pouvoir commémorer les victimes allemandes de la guerre – une histoire qui pendant longtemps aurait été oubliée face aux crimes nazis et la culpabilité pesante du peuple allemand.

Dans les années d’après-guerre plus de 12 millions d’Allemands ont été forcés de quitter leurs domiciles qui se trouvaient alors en Pologne, en Union soviétique ou en Tchécoslovaquie. Deux millions (les chiffres restent néanmoins contestés) seraient morts durant ces expulsions. L’Association des expulsés et sa présidente Erika Steinbach représentent la partie la plus visible de la mémoire des victimes de ces migrations forcées. C’est notamment Erika Steinbach qui est à l’origine de la création du centre de mémoire à Berlin ce qui a accéléré le rejet polonais d’une telle initiative.

Au cœur des relations germano-polonaises

Les tensions autour de la nomination de Steinbach au comité directeur sont montées jusqu’aux sommets des deux États. Dans un entretien privé avec la chancelière allemande Angela Merkel, Donald Tusk a demandé le retrait de la désignation de Steinbach. Le président du Bundestag Norbert Lammert (CDU) a fortement critiqué Władysław Bartoszewski dans une lettre ouverte à la Süddeutsche Zeitung, ce dernier ayant affirmé que Steinbach était « aussi qualifiée à un rôle diplomatique avec la Pologne qu’un antisémite pour des entretiens avec Israël ».

Finalement Erika Steinbach s’est retirée sous la pression polonaise - et le soutien manquant d’Angela Merkel. La chancelière allemande s’était pendant longtemps tue avant d’accepter le retrait de Steinbach. Le dilemme entre la colère polonaise et la peur de désavouer les expulsés, toujours considérés comme un électorat conservateur important, lui a néanmoins causé une nette baisse de popularité et une levée de critiques dans son propre parti.

Les relations germano-polonaises semblent apaisées avec la fin de l’affaire Steinbach mais elles restent soumises au poids d’une histoire commune difficile. Ce conflit de mémoire suscite des deux cotés des réactions exagérées et ravive un nationalisme qu’on croyait effacé dans l’Union européenne. Presque 20 ans après la chute du communisme et plus de 60 ans après la fin de la seconde guerre mondiale la réconciliation historique germano-polonaise est loin d’être achevée.

Illustration : Angela Merekl au World Economic Forum

Source : Flickr

Vos commentaires

  • Le 10 avril 2009 à 16:41, par french derek En réponse à : L’Allemagne et la Pologne se disputent la mémoire de la deuxième guerre mondiale

    Peut-être c’est le temps pour les gouvernements de l’Allegmane et la Pologne à établir une groupe du travail à écrire un histoire de la deuxième guerre mondiale ? Pas un commission formel - mais un colloque des vrais historiens intellectuels. Par cette route, je sais que c’est possible à détacher clairement les zones d’accord, et pour chacun à écrire leur prôpre vision des zones de désaccord. (J’ai le fait avec les disputations civiles).

  • Le 11 avril 2009 à 06:25, par Martina Latina En réponse à : L’Allemagne et la Pologne se disputent la mémoire de la deuxième guerre mondiale

    Le film relatant la vie du fameux critique allemand d’origine polonaise, Marcel Reich-Ranicki, et diffusé hier par ARTE lors d’une soirée consacrée à ce talentueux survivant qui incarne à lui seul la « résilience » de B. Cyrulnik

    montre la réconciliation possible entre Allemands et Polonais, comme elle le fut à l’ouest de l’Allemagne avec la France il y a plus de soixante ans :

    ce « trésor » souligné samedi dernier au sommet de Strasbourg par le président de la République française demeure fertile en ouverture, en compréhension, bref en idées sans cesse plus fructueuses pour l’Union européenne, plus harmonieuses pour que L’EUROPE accomplisse enfin les promesses millénaires de sa mère EUROPE, toujours forte de ses inventions orientales, de ses dons en matière de communication et de son nom fédérateur...

  • Le 16 juin 2009 à 12:21, par polishman94 En réponse à : L’Allemagne et la Pologne se disputent la mémoire de la deuxième guerre mondiale

    Le probléme historique des relations germano polonaises est ancien, et les problémes issus de la derniere guerre en sont l’exemple, En ce qui concerne la frontiére Oder-Neisse, le chancelier Kohl était contre la ratification et l’intangibilité de cette frontiére, il aurait bien voulu récuperer les territoires perdus lors de la derniére guerre, et la réaction de Mme Steinbach, parfait exemple d’allemands « qui mouillaient » devant l’avancée de l’Armée Rouge en Pologne et qui ont préféré se débiner pour ne pas devenir prisonniers à l’Est, il est vrai que l’Allemand ne supporte pas beaucoup les froids sibériens (cf le siége de Leningrad, demandez a Von Paulus ce qu’il en pense....) Alors qu’elle ne parle pas d’expulsés de Pologne, les allemands sont partis d’eux-mêmes de pologne devant l’arrivée des Russes, alors pas de mensonge notoire. Osons dire la vérité. Steinbach est antipolonaise, comme l’est aussi le responsable du Preussische Treuhand, Rudi Pawelka, qui voudrait récuperer par force les biens ex-allemands ou les terrains, en faisant des procés au gouvernement polonais ou aux particuliers propriétaires d’immeubles ayant apartenu à des allemands, surtout en Silésie.

    Je n’ai aucune confiance en Mme Steinbach, et si j’avais été au ministére de l’intérieur, je lui aurait purement et simplement interdit l’entrée en POlogne, comme ennemi de l’état et persona non grata. Mon pére ayant été victime des Allemands et ayant été déporté pour le travail, il en est revenu mais je garde une certaine méfiance vis à vis des allemands. Ce centre pour les expulsés, quelle rigolade, panégyrique des miséres allemandes, alors qu’on sait trés bien qu’AUschwitz Birkenau, Majdanek, Treblinka, sont bien des créations allemandes nazies, donc arrêtons de réécrire l’histoire et de charger la Pologne, qui a été victime, et n’oublions pas, a disparu trois fois durant les siécles passés. De toute maniére les relations germano polonaises ont été problématiques et le resteront tant qu’une histoire commune ne sera pas réécrite mettant fin à des absurdités monstrueuses. Cette tendance de vouloir réécrire l’histoire à son profit en chargeant un autre pays de tous ses propres pêchés, c’est trop facile.Il faut espérer qu’un jour on pourra vivre sans avoir l’appréhension d’avoir une menace allemande aux portes de la POlogne. N’oubliez pas que les polonais peuvent prendre les armes et défendre leurs biens contre les allemands qui voudraient leur reprendre....Lutter contre les allemands on sait faire....On ne se laissera pas faire.

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