L’Arctique, une autre Mare Nostrum ?

, par Aurélien Neu, Tatiana Dmitrieva

L'Arctique, une autre Mare Nostrum ?

Des climatologues aux géopoliticiens en passant par les juristes, la région arctique apparaît aujourd’hui comme un objet d’étude privilégié tant les problématiques qui émanent de cette étendue d’eau et de glace sans souveraineté semblent intéresser la communauté internationale dans son ensemble, et l’Europe en particulier.

Le changement climatique, la question des ressources ou encore les perspectives de nouvelles routes commerciales sont ainsi autant de thématiques inhérentes à cet épineux dossier qu’est la région arctique. L’Union européenne, qui est inextricablement liée à l’avenir de cette région, cherche à renforcer sa participation aux négociations multilatérales devant sceller le devenir de cette « Méditerranée du Nord ».

Un statut juridique particulier

Régie par la Convention internationale des Nations Unies sur le droit de la mer, dite « Convention de Montego Bay » ratifiée en 1994 et à laquelle participent les pays riverains de l’Arctique, la région arctique appartient au regard du droit international au patrimoine commun de l’humanité. Si un Etat riverain fournit toutefois la preuve que cette région est la continuité physique de son plateau continental, c’est-à-dire la continuité de son territoire sous la mer, il peut prétendre à la souveraineté de cette région. C’est là tout l’enjeu de la revendication de la Fédération de Russie qui est engagée auprès des Nations Unies dans une procédure visant à faire reconnaître certains de ses droits qu’elle juge légitimes sur l’Arctique. Or, au-delà d’un débat strictement juridique propre à satisfaire les juristes internationaux, l’Arctique représente un potentiel énergétique, en termes de réserves de gaz et de pétrole, qui suscite les convoitises et les rivalités entre les pays riverains. À cet effet, énergie rime assez souvent avec stratégie.

Ainsi, si une partie des réserves sont déjà exploitées car situées dans la Zone Economique Exclusive de la Russie ou de la Norvège, ces deux pays fournissant au passage plus du tiers de l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne, les analystes s’accordent à dire que l’Arctique pourrait représenter jusqu’à 30% des réserves de gaz mondiales et 13% celles de pétrole. Au mois d’août 2009, une coopération entre scientifiques des pays riverains a par ailleurs permis d’établir la première carte géologique de la région arctique.

À la lumière de ce constat, il devient par conséquent possible de voir l’une des principales raisons qui poussent les pays riverains à faire de l’Arctique une priorité stratégique. Si la tendance du prix du baril de pétrole connaît aujourd’hui une accalmie autour des 70$, toute hausse de la demande, en particulier des pays émergents, préfigurera une nécessaire augmentation de l’extraction et de la production, quoique les coûts d’exploitation des gisements de la Mer de Barents soient plus élevés comparés à d’autres gisements. Dans le même temps, l’Arctique est une zone bien plus stable que le Moyen-Orient où le cartel de l’OPEP a la capacité de « souffler le chaud et le froid » sur les évolutions du prix du baril.

Au casse-tête juridique que nous avons énoncé plus haut, on voit ainsi s’ajouter la délicate question posée par les ressources énergétiques dont dispose la région Arctique. Or, il va sans dire que toute exploitation de ces ressources contribue à accentuer l’empreinte écologique de la région arctique.

Quel futur pour la région arctique ?

Au début du mois de septembre 2009, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon s’est ainsi rendu en Arctique pour y constater les effets du changement climatique. Alors que les discussions préparatoires s’accélèrent à l’approche du Sommet de Copenhague prévu au mois de décembre prochain, Ban Ki Moon a comparé l’Arctique à « un canari dans une mine de charbon ». Cette région est selon lui une alarme pour le climat de la planète. On n’est pas sans rappeler à nos lecteurs que les canaris en s’agitant étaient censés prévenir les mineurs d’un danger de suffocation. Or, c’est justement sur ce point que l’Union européenne est à l’oeuvre pour faire entendre sa voix.

En effet, forte de son leadership pris tant dans ses ambitions de réduction d’émissions de gaz carbonique au travers du paquet énergie-climat adopté en décembre 2008, que dans les politiques qu’elle met déjà en oeuvre au sein de l’espace européen, l’Union européenne a formulé différents objectifs en lien avec sa politique arctique élaborée sous le patronage du Parlement européen. On retiendra en particulier sa proposition d’une gouvernance multilatérale pour l’Arctique devant associer les pays riverains. Cela passe notamment pour l’Union européenne par l’obtention d’un siège d’observateur pour la Commission européenne au Conseil de l’Arctique établi en 1996, Conseil qui réunit les ministres des affaires étrangères des pays riverains de la région arctique. À ce titre, le processus d’adhésion à l’Union européenne engagé par l’Islande depuis le mois de juin 2009 devrait permettre de renforcer le poids de l’Union dans ces discussions.

Par ailleurs, l’Union européenne, qui possède la première flotte marchande du monde, voit au travers de l’espace arctique un passage plus rapide et moins coûteux pour rallier le Pacifique. Bon nombre d’auteurs pronostiquent une large augmentation du transport de fret dans cette zone au cours des trente années à venir. La Banque Européenne d’Investissement s’est engagée à cet effet à participer au financement des infrastructures devant rendre possible cette navigation.

On serait donc tenté de conclure que si les jalons d’une politique arctique de l’Union européenne ont bien été posés, il reste à l’Union européenne à oeuvrer pour que le droit ait davantage voix au chapitre dans les débats engagés sur la question de l’Arctique. Mais comme le dit le poète, l’avenir dira si les étoiles polaires seront bienveillantes avec les Européens déjà chahutés par le soleil méditerranéen.

Illustration : image satellite de l’Arctique avec couleurs artificielles. Source : Wikimedia.

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