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L’Europe est-elle encore au cœur du projet du Mouvement Démocrate ?

A quelques jours du congrès fondateur du Modem...

, par Karim-Pierre Maalej

L'Europe est-elle encore au cœur du projet du Mouvement Démocrate ?

Plusieurs signes laissent craindre un recul sur le sujet européen dans le nouveau parti de François Bayrou, dont le congrès fondateur se tiendra à Paris les 1er et 2 décembre prochain. Qu’en est-il réellement ?

On se souvient combien la fondation du Parti démocrate européen par l’UDF et la Margherita avait un symbole fort en 2004. Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, un parti était créé sur la base d’un fort positionnement pro-européen, regroupant par-delà le classique clivage droite-gauche des mouvements partageant un idéal fédéraliste commun.

En effet, c’est en réaction à la suppression de l’idée fédéraliste dans le manifeste du Parti populaire européen que François Bayrou a entraîné l’UDF hors de la maison commune fondée par les démocrates-chrétiens en 1976. Par ce geste, il ne faisait rien d’autre que de souligner que le clivage droite-gauche est désormais beaucoup moins structurant que le clivage sur l’Europe.

Des espoirs européens tempérés ces derniers temps au Modem

Aussi, c’est avec beaucoup d’espoirs que les fédéralistes avaient accueilli le lancement quasi-simultané cet été de deux mouvements se réclamant de cette nouvelle famille démocrate : le Parti démocrate italien, fruit du rapprochement des chrétiens-sociaux et des sociaux-démocrates ; et le Mouvement Démocrate (Modem) français, issu de la mouvance ayant porté le leader de l’UDF à un score historique à la présidentielle. Pour la première fois en effet, la création d’un parti européen précédait la création des partis nationaux correspondants. Une telle configuration ne pouvait être que de bon augure. Et pourtant...

Du côté des Italiens, voilà que l’Europe est désormais un sujet à éviter : en effet, les adhérents issus de la Gauche démocratique souhaitent que leur nouveau parti rejoigne le Parti des socialistes européens (aux côtés de Gordon Brown et Laurent Fabius), tandis que la Margherita souhaite bien évidemment rester au sein du parti qu’elle a fondé et qui était censé inspirer ce nouveau mouvement italien. Ne parlons même pas de la surenchère nationaliste à laquelle s’est livrée Romano Prodi lors du sommet de Lisbonne : on se demande si même Silvio Berlusconi aurait osé ce marchandage thatchérien.

Ce n’est guère plus glorieux côté français : à Seignosse, où se tenait le Forum des Démocrates en septembre dernier, une table-ronde était certes consacrée à l’Europe, mais ce fut bien la seule fois qu’on entendit parler de la question. Alors que les autres thèmes (social-économie, environnement, institutions...) étaient approfondis dans de nombreux ateliers, l’Europe n’avait droit qu’à un petit atelier dédié à la réflexion sur les partenariats européens du MoDem.

De même, dans la charte des valeurs proposée par François Bayrou (et à l’heure où j’écris ces lignes, elle n’a pas évolué depuis Seignosse), l’Europe n’apparaît que comme un simple exemple d’organisation internationale défendant les intérêts des États nationaux. Quant à son discours de clôture, il a encore frappé par son silence sur le sujet : si le leader du MoDem a longuement caressé la rhétorique gaullienne, l’Europe, elle, n’apparaissait pas une seule fois.

L’Europe, un boulevard pour les partis qui sauront n’être pas tiède

Face à cette situation, certains adhérents n’hésitent pas à exprimer leurs craintes. Ainsi, à Seignosse, une militante UDF a plaidé pour qu’une disposition statutaire empêche le Mouvement démocrate de prendre des positions moins ambitieuses en la matière que celles qu’a portées l’UDF. Parmi les responsables, Jean-Marie Cavada ne cachait pas non plus sa préoccupation ; en privé, il confiait qu’il veillerait à soulever la question. Plus récemment, un groupe lancé sur Facebook et intitulé « L’Europe au MoDem » réunit déjà, moins de 24 heures après son lancement, une cinquantaine d’adhérents soucieux de renforcer l’image pro-européenne du MoDem.

Cette tiédeur europhile est d’autant plus incongrue pour le nouveau parti que la question européenne ouvre un vrai boulevard pour celui qui saura défendre une position forte : entre la vision sarkozyste d’une Europe des États, cuisinée d’en haut, et les projets passéistes des anti-européens de tous poils, à qui toute idée de souveraineté partagée donne des boutons, la scène politique française manque intensément d’un parti étendard de l’idéal démocratique et fédéral européen.

Nouveau Centre ? Radicaux ? Verts ? Ou même, qui sait, Socialistes ? Une chose est sûre : si le Mouvement Démocrate n’a pas affiché très clairement ses convictions européennes avant les élections de 2009, le gros lot ira au parti qui aura eu le courage de le faire à sa place.

Finalement, cette situation ne serait-elle pas symptomatique d’une certaine crise de confiance en soi qui couve chez les militants européens depuis quelques années ? En effet, de plus en plus de nos camarades semblent devenus frileux à l’idée d’affirmer des positions franchement opposées à celles de De Villiers : les positions vraiment fédéralistes (l’impôt, la politique extérieure...) provoquent des réactions du genre « si on dit ça, on met les nationalistes au pouvoir ».

Et pourtant, toute l’histoire politique - on l’a encore vu à la dernière présidentielle - montre que ce n’est pas en courant derrière ses adversaires qu’on les bat, mais en assumant avec force ses convictions et en les défendant. Si c’est pour taire nos idées les plus ambitieuses et les plus chères, alors ce n’est vraiment pas la peine de s’engager en politique...

Illustration : photographie de François Bayrou issue du blog politique de Chantal Cutajar

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Vos commentaires

  • Le 30 novembre 2007 à 03:33, par Quetzal En réponse à : L’Europe est-elle encore au cœur du projet du Mouvement Démocrate ?

    l’on pourrais surtout se poser la question, la démocratie est-elle aujourd’hui un projet dans les cartons européens ?? du bout des lèvres avec le parlement.. juste un rève, et encore par pour ce qui est important.

    le TCI relevait de cette gageure, un imbroglio de date répartie sur près de deux ans, une bonne manière pour s’assurer une saine concurence entre les peuples(quand ceux-ci etait convié au festin des dieux)

    quant au futur mini-traité, l’Europe vas maintenir son credo habituel puisqu’il n’y a décidement rien de bon dans cette idée (interressante, mais surtout très ancienne)

    l’Europe avance mais seule et sans légitimité populaire, se dont semble-t-il, elle semble se moquer éperduement.

    a oui, la legitimité du droit européen, sans doute de droit divin.. reste plus qu’a démontrer qu’il y a une divinité. et le tour est joué.

  • Le 30 novembre 2007 à 07:25, par Fabien Cazenave En réponse à : L’Europe est-elle encore au cœur du projet du Mouvement Démocrate ?

    En même temps, attention à dire que que nous vivons sous une dictature... On peut et on doit améliorer la démocratie en Europe, mais elle n’est pas absente non plus.

  • Le 30 novembre 2007 à 08:37, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : L’Europe est-elle encore au cœur du projet du Mouvement Démocrate ?

    L’Union comporte de nombreux éléments de démocratie parlementaire. L’objectif doit être aujourd’hui de la rendre plus lisible — par l’adoption d’une Constitution — plus étendue — en appliquant ses mécanismes à tous les domaines du droit européen sans exception — et plus simple — en donnant un enjeu explicite à l’élection du Parlement européen, par exemple en faisant dépendre directement le choix du président de la Commission de ce vote.

    Les défauts actuels peuvent et doivent être améliorés. Les progrès sont significatifs à chaque nouveau traité.

    Par ailleurs en comparaison de la Ve République sarkozyste, on se prend à rêver pour la France d’un parlementarisme tel qu’il est pratiqué à Strasbourg.

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