L’amitié franco-allemande et le devenir de l’Europe, à deux ou à plusieurs ?

, par La voix des 27

L'amitié franco-allemande et le devenir de l'Europe, à deux ou à plusieurs ?

En cette année des 50 ans du Traité de l’Élysée qui consacre la réconciliation entre la France et l’Allemagne, il est peut être temps de réfléchir sur la nature de l’amitié franco-allemande et sur son devenir.

Organisée en collaboration avec les Jeunes Européens de Sciences Po, l’Association du Master Affaires Européennes (AMAE), l’association franco-allemande de Sciences Po Vasistas et l’Asso’PSIA, la conférence “50 années d’amitié franco-allemande : Quelle avenir pour l’Union européenne, ensemble, à plusieurs, à deux ?” nous invitait à réfléchir sur cette relation si particulière entre la France et l’Allemagne, sa place au sein de l’Union européenne et leurs rapports entretenus avec les autres États membres. Rassemblés dans l’amphithéâtre de Sciences Po, les intervenants et le public ont cherché à démêler les dessous de ce couple étrange en s’interrogeant sur les perspectives pour l’Union et la place du couple franco-allemand dans le monde de demain.

Un rejet croissant de l’Europe Franco-allemande ?

Après une première partie consacrée au souvenir que l’amitié franco-allemande évoquait chez les intervenants - dont la vedette revient incontestablement à Nicole FONTAINE, qui s’est vu offrir des confettis faits à partir de DMark en Allemagne lors du passage à l’euro, et à Jean-David LEVITTE et ses souvenirs du premier dîner entre Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL - très vite une idée s’impose. L’Europe est en panne. L’Europe manque de projets, d’ambition, de vision et surtout de visionnaires. Aux grands couples franco-allemands qui se sont succédés (De Gaulle - Adenauer, Mitterrand - Kohl, Chirac - Schröder) s’est substitué un couple de raison, incarnant peu le projet européen et surtout expliquant peu l’action de l’Europe aux citoyens. Celle-CI se retrouve alors dans une position de bouc émissaire sur laquelle soufflent les populismes nationaux. Ainsi, le résultat du vote italien aux élections législatives du 24 et 26 mars est très fortement marqué par un rejet de l’Union, voir par un sentiment anti-allemand selon les slogans de Silvio Berlusconi “non à l’Europe allemande”. À Jean-Louis BIANCO d’insister : “L’Europe existe grâce à des projets, sans projets et sans l’explication de ceux-ci, nous allons vers le populisme et le rejet de l’Europe”.

Un projet pour l’Europe en quête de visionnaires

La question est donc quel projet ? Il est communément accordé que les acquis de l’Europe, tels que le marché unique, la libre circulation des biens et des travailleurs et les programmes d’échange comme Erasmus, même s’ils ne sont pas assez souvent mis en avant, sont des moteurs puissants pour dessiner l’Europe de demain, encore faudrait-il savoir “quel genre d’Europe voulons nous à l’avenir” comme le souligne Evelyne GEBHARDT. Pourtant, Nicole FONTAINE rappelle que le traité de Lisbonne devait redonner un nouvel élan au projet européen avec la nomination d’un Président du Conseil Européen, Herman VON ROMPUY, et d’une Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine ASHTON. Néanmoins, force est de constater que les visionnaires ne se décrètent pas. Pour redonner de l’espoir dans l’Europe et éviter les replis nationalistes, il est important d’établir une vision vers laquelle nous devons tendre. Dans ce contexte, les prochaines élections européennes constituent une échéance cruciale.

Il appartient au couple franco-allemand de dessiner cette nouvelle Europe plus ambitieuse en raison de leur poids respectif dans l’Union européenne, mais surtout en raison de leur statut de moteur de la construction européenne. Si le conclave Paris-Berlin est souvent décrié, Evelyne GEBHARDT souligne d’une part qu’en raison des différences systémiques entre les deux pays, les accords auxquels ils parviennent sont souvent valables pour tous les États membres, et d’autre part, qu’il est évident que si l’Union repose sur l’amitié franco-allemande, “elle ne peut pas avancer sans les autres”. “L’Europe se fait à deux, mais surtout à plusieurs” rajoute t-elle.

La France et l’Allemagne au coeur de la construction européenne hier, aujourd’hui et demain

Pour autant, le poids de la responsabilité de la réussite du projet européen ou non repose entièrement et surtout sur les épaules du couple franco-allemand, comme le souligne Nicole Fontaine. Si l’Europe ne peut se faire à deux, mais bien à 27, la place de moteur occupé par la France et l’Allemagne restera sans aucun doute prédominante dans le futur. D’ailleurs, il revient à Jean-Louis BIANCO de nous assurer que ce leadership exercé par les Français et les Allemands n’est pas remis en cause par les partenaires européens. Le couple franco-allemand n’a t-il donc pas vocation à s’ouvrir aux autres ? Non, il travaille avec l’ensemble des États membres, mais avant tout seul. Pourtant l’annonce de David Cameron lors du dernier sommet européen d’un possible référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union est une occasion pour réfléchir sur l’importance d’ouvrir le dialogue avec tous nos partenaires et peut-être en premier lieu avec nos partenaires d’outre-Manche. Ce à quoi Nicole FONTAINE et Jean-Louis BIANCO ont affirmé “les Britanniques ont toute leur place dans l’Union, mais la même place que les autres”. Autrement dit, l’Europe ne peut se faire à la carte et A besoin de l’engagement de chacun pour progresser à la suite du couple franco-allemand.

En définitive, dans le contexte de crise que l’Europe traverse depuis plusieurs années, l’Union a terriblement besoin d’hommes et de femmes visionnaires capables de la conduire le long d’un projet politique afin de redonner aux citoyens confiance dans le projet européen. Malgré la volonté d’ouverture du dialogue et de la concertation à l’ensemble des États membres, il semble confirmé que c’est le rôle du couple franco-allemand que de donner un nouvel élan à l’Europe en raison de leur importance et poids historique dans la construction de ce projet unique au monde.

Les célébrations des 50 ans du Traité de l’Elysée, et surtout les élections européennes et le renouvellement de la Commission européenne à venir en 2014, devraient être l’occasion recherchée pour redéfinir le projet d’ensemble de l’Union européenne et les moyens et la volonté pour y parvenir.

A la fin de la conférence, Mme Nicole FONTAINE et M. Jean-David LEVITTE ont bien voulu répondre à nos questions à écouter ici

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