Elargissement

L’émigration : un frein au développement des nouveaux Etats membres ?

par Doru Frantescu et Liviu David (JEF-Roumanie)

, par Traduit par Emmanuel Vallens, Doru Frantescu, Liviu David

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L'émigration : un frein au développement des nouveaux Etats membres ?

Selon le dernier rapport de la Commission européenne sur l’état d’avancement de la Roumanie et de la Bulgarie dans leur adaptation pour rejoindre l’Union européenne, il semble bien que la famille européenne s’agrandira de 25 à 27 à partir du 1er janvier 2007.

Dans le débat européen sur l’adhésion de nouveaux pays de l’Est à l’UE, l’une des questions à l’ordre du jour concerne l’immigration. Alors que les aspects les plus souvent soulevés ont trait aux restrictions imposées par les membres de l’UE-15 afin de protéger leur marché du travail, on parle peu des effets de l’émigration sur le développement des nouveaux Etats membres.

La seule adhésion des nouveaux membres ne suffira pas à réduire les immenses déséquilibres régionaux au sein de l’UE ; elle devra s’accompagner d’une gestion adéquate de la migration des travailleurs, et cela ne peut être correctement réalisé qu’au niveau européen.

Depuis la chute du communisme, un grand nombre de travailleurs de l’Est ont pris le chemin de l’émigration vers les pays riches d’Europe occidentale, à la recherche de salaires nettement plus élevés.

La Roumanie de fait pas exception à la règle. Ses citoyens sont partis vers l’Ouest, en direction de pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais surtout l’Espagne, l’Italie et la France, en raison d’une origine latine commune et de la proximité linguistique.

Le résultat de changements structurels

D’un point de vue macroéconomique, l’émigration est le résultat des changements structurels dont l’économie roumaine a été victime, c’est à dire la transformation d’une économie dominée par l’industrie lourde et l’agriculture à une économie axée sur les services, et qui a donné à de nombreux travailleurs le sentiment de ne pas être à leur place.

Ce mouvement à la baisse pour les deux secteurs évoqués s’est par conséquent accompagné d’une hausse significative du chômage. Pourtant, à étudier les chiffres du chômage en Romanie ces dernières années, on constate qu’il a été beaucoup plus bas que dans d’autres Etats européens, autour de 7-8%.

En d’autres termes, le chômage s’est exporté par l’émigration, réduisant par la même occasion la pression sur les régimes de sécurité sociale.

Un phénomène ambivalent qui affecte autant les pays de départ que les pays d’arrivée

Mais on oublie souvent que toute médaille a son revers. Contrairement à certains Européens de l’Ouest, les Roumains bénéficient d’un système éducatif public gratuit, de l’école élémentaire aux études supérieures.

Par conséquent, lorsque des citoyens émigrent, c’est le pays de destination qui bénéficie gratuitement de leur formation, aux dépends du pays d’origine. De plus, la fuite des cerveaux limite les perspectives de développement à moyen terme pour le pays d’origine, qui doit faire face au manque de spécialistes dans de nombreux domaines.

Au final, il semble évident que la question des migrations n’affecte pas seulement des pays riches de l’UE, Etats de destination. Il ne s’agit pas que des restrictions qu’ils imposent, ou pas, pour protéger leur marché du travail. L’émigration affecte au moins autant le pays d’origine, car sa mauvaise gestion peut avoir des conséquences sérieuses sur leur développement économique à venir.

Le risque de déséquilibres régionaux croissants

Si le phénomène de migration n’est pas correctement géré au sein de l’UE, Bruxelles va devoir faire face à des déséquilibres régionaux croissants, ce qui pourrait se révéler très grave pour le développement de l’UE dans son ensemble.

La question de l’immigration devrait donc faire l’objet de plus d’attention, particulièrement en prenant en compte ses effets sur les Etats d’origine. Et ce ne pourra être le cas qu’en transférant plus de pouvoirs dans ce domaines aux institutions bruxelloises, de manière à renforcer le principe de solidarité entre les Etats membres.

De même, lorsqu’il s’agira d’évaluer les mesures à mettre en oeuvre dans toute l’UE, il faut que Bruxelles puisse librement décider, au-delà des intérêts égoïstes des Etats membres.

La Commission européenne devrait évaluer les orientations de chaque Etat membre – d’Est en Ouest – et déterminer avec les gouvernement les meilleures pratiques pour contrôler les flux migratoires au bénéfice de tous.

Une bonne gestion des flux permettra à l’UE de faire l’expérience d’un développement durable dans toutes ses régions, et sera par conséquent la garantie du succès de cette grande entreprise qu’on appelle l’Union européenne.

Cet article a été traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens France ».

- illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie tirée du site de partage photographique flickr : entassement de valises d’immigrants dans le centre ville de Liverpool (août 2006).

- Pour en savoir plus :

http://www.iom.int/jahia/page819.html

http://www.ier.ro/EN/index_en.html

http://www.fes.ro/engl/index.php?ID...

http://www.undp.ro/

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