La Biélorussie à l’heure de la répression

De l’utilité des contre-pouvoirs médiatiques

, par Olivier Leroux

La Biélorussie à l'heure de la répression
Photo : un monument de Minsk (cc) Doc Kozzak

Le 19 mars dernier, Alexandre Loukachenko a été « réélu » président de la Biélorussie à une écrasante majorité (83% des voix). Nous le savons, cette élection n’avait rien de démocratique. On ne compte plus, en effet, les manoeuvres d’intimidations et l’utilisation arbitraire du pouvoir d’Etat durant la campagne électorale.

Mais aujourd’hui, une partie du peuple biélorusse ne supporte plus cette dictature, digne des grandes heures de l’ex-URSS, et n’a plus peur de manifester son mécontentement.

Depuis, les arrestations à l’égard des ces manifestants se multiplient. Pourquoi ? Qu’ont-ils fait de si tragique ? Tout simplement, ils ont osé revendiquer leur liberté, mot tabou en Biélorussie.

Certains ont osé demander la tenue d’élections véritablement démocratiques tandis que d’autres n’ont pas hésité à brandir l’authentique drapeau biélorusse « blanc / rouge / blanc » (utilisé après l’indépendance - en 1991 - et que le dictateur Loukachenko à remplacé, lors de sa prise du pouvoir en 1994, par le drapeau de la République Socialiste Soviétique de Biélorussie : rouge et vert).

Le drapeau européen, symbole de la Liberté

On a même pu apercevoir à Minsk -Place d’Octobre- le drapeau de l’Union Européenne, symbole de démocratie et de paix. Mais vous vous rendez compte ?! Quelle outrance !

Il nous appartient donc, nous, membres de l’Union européenne, qui avons su nous unir pour créer un espace de démocratie et de liberté, de combattre ce régime dictatorial. Nous devons soutenir toutes ces personnes qui risquent la prison, ou même la mort, au nom de la liberté. Soutenir, aussi, l’emblématique leader de l’opposition pacifiste, Alexandre Milinkevitch. Mais comment ?

Que faire ?

Actuellement, nous sommes bien obligés de constater que, ni les États - Nations, ni l’Union européenne, ne savent comment s’y prendre avec une dictature. Le dialogue ? D’évidence, il est impossible. Les sanctions économiques ? Elles pénaliseraient d’avantage la population que le pouvoir en place. De plus, celui-ci aurait beau jeu de déclarer : « Voyez comme l’UE, comme l’Occident, ne nous soutient pas. C’est vers la Russie qu’il faut se tourner ! ».

Alors l’Union et l’ensemble des États démocratiques déclarent ne pas soutenir ce régime, ne pas accepter tel ou tel acte de répression. L’UE empêche également six hauts responsables biélorusses soupçonnés d’être impliqués dans la disparition d’opposants au régime de se rendre sur le territoire d’un des Etats membres de l’Union européenne. Tout ceci est très bien, mais ça ne changera rien.

Un seul contre-pouvoir : les médias indépendants

En réalité, je crois qu’il n’existe, dans cette situation, qu’un seul contre-pouvoir : les médias !

Il faut absolument continuer d’informer sur la situation biélorusse, jusqu’à la disparition de ce régime. C’est le seul moyen véritable de maintenir une pression internationale constante sur le despote Loukachenko et d’isoler encore un peu plus ses éventuels soutiens, telle la Russie de Poutine. En ce sens, je rejoins donc l’analyse d’Alexandre Milinkevitch : « Disons, écrivons, répétons fermement que Loukachenko est un usurpateur, un président illégitime maintenu au pouvoir par un coup d’Etat constitutionnel. Il faut sortir du discours diplomatique et être plus ferme et déterminé ».

Mais n’oublions pas la société civile biélorusse qui, elle aussi, doit être informée et doit connaître la vérité. Pour cela, il faut renforcer les sources indépendantes d’information. Je demande donc à l’ensemble des États démocratiques, et notamment à l’Union européenne, d’aider financièrement et moralement la presse indépendante biélorusse à survivre et, surtout, à être diffusée en masse. D’ailleurs, pourquoi ne pas utiliser les ambassades des pays membres de l’Union présents sur le sol biélorusse afin d’accueillir ces journalistes indépendants ? Ils pourraient ainsi bénéficier de l’immunité diplomatique et être préserver de toutes sanctions émanant du gouvernement biélorusse.

Je suis en tout cas certain que bien des solutions peuvent être trouvées. Il est invraisemblable, en 2006, de voir une dictature encore présente sur le continent européen sans que personne ne réagisse ! Il est de notre devoir, citoyens de l’Union européenne, d’apporter notre soutien le plus total au combat légitime du peuple biélorusse.

Vos commentaires

  • Le 30 mars 2006 à 15:23, par Ronan Blaise En réponse à : La Biélorussie à l’heure de la répression.

    Pendant ce temps là, en Ukraine :

    Les élections législatives ukrainiennes de ce dimanche 26 mars ont vu la défaite électorale du parti gouvernemental ’’Notre Ukraine’’ du président Viktor Iouchtchenko.

    Le parti pro-russe de l’ancien président Victor Ianoukovitch, battu l’an passé lors du mouvementé "troisième tour" de l’élection présidentielle ukrainienne (lors de la fameuse ’’Révolution orange’’ d’octobe-novembre 2004...), est arrivé nettement en tête aux élections législatives de ce dimanche 24 mars, réunissant environ 33,3% des voix exprimées.

    Pour le président pro-occidental Victor Iouchtchenko, il s’agit là d’un revers d’autant plus amer que son parti, « Notre Ukraine », n’arrive qu’en troisième position (avec 13.5% des suffrages), devancé par le bloc de son ancienne alliée Ioulia Timochenko (22,7% des voix).

    Les résultats définitifs de ces élections législatives sont donc les suivants : le « Parti des Régions » de Viktor Ianoukovitch a obtenu 33,3% des suffrages, le « Bloc » de Ioulia Timochenko 22,7% et le parti « Notre Ukraine » (parti du Président Viktor Ioutchenko) n’arrive qu’en troisième position, avec seulement 13,5% des voix.

    Néanmoins, le ’’Parti des régions’’ ne recueillant finalement qu’un tiers des voix environ, il semble pour lui impossible de former un gouvernement à lui tout seul. Ce pourquoi, aussi négatifs soient-ils pour l’actuelle formation gouvernementale (et de soutien présidentiel) issue de la révolution orange, il semble bien peu probable que les résultats d’un tel scrutin n’entraînent la formation d’un prochain gouvernement ukrainien pro-russe ou à une nouvelle cohabitation entre les ’’deux Viktor’’.

    En effet, les partis de Viktor Ioutchenko et de Ioulia Timochenko, partis jumeaux et ’’héritiers’’ (depuis lors ’’fâchés’’) de la révolution orange, semblent désormais vouloir se réconcilier en vue de reconstituer l’alliance gouvernementale qui les avait porté au pouvoir en 2004.

    Ils ont en tout cas un mois pour essayer et réussir à s’entendre, faute de quoi la nouvelle « Rada » (assemblée nationale ukrainienne) serait à nouveau dissoute et faute de quoi les électeurs ukrainiens seraient à nouveau invités au vote...

    Points très positifs de ce scrutin, néanmoins : contrairement à ce qui se passe en Biélorussie voisine, la marche de l’Ukraine vers l’état de droit et vers la démocratie ne semble, là, plus être remise en question...

    (Synthèse d’informations tirées de dépêches des agences AP, AFP et Reuters).

  • Le 28 avril 2006 à 07:29, par Ronan Blaise En réponse à : Bélarus : Arrestation de Milinkevitch

    MINSK (D’après une dépêche d’agence de l’AFP ; jeudi 27 avril 2006, 13h42 ) :

    Ce jeudi 27 avril 2006, le leader de l’opposition bélarusse Alexandre Milinkevitch a été condamné à 15 jours de prison pour organisation d’un meeting non-autorisé la veille à Minsk. « C’est un procès politique typique d’un régime dictatorial », a réagi M. Milinkevitch dans la salle d’un tribunal de la capitale bélarusse. M. Milinkevitch, qui avait été longuement applaudi pour son « courage » par les députés européens lors de sa visite au Parlement de Strasbourg le 5 avril dernier, a été arrêté par la police jeudi à Minsk au lendemain d’une manifestation qu’il avait organisée.

    L’opposition bélarusse avait saisi l’occasion du 20e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, qui a largement touché ce pays voisin de l’Ukraine, pour rassembler à Minsk plusieurs milliers de ses partisans. Ce rassemblement devait marquer le 20e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl dont les effets avaient touché une grande partie de la république soviétique de Biélorussie.

    La Commission européenne a condamné jeudi « toute arrestation au motif d’avoir participé à une manifestation », après l’interpellation du leader d’opposition bélarusse Alexandre Milinkevitch, et brandi la menace de nouvelles sanctions contre les autorités de Minsk. « Nous suivons cela de très près », a indiqué une porte-parole de la Commission, Emma Udwin, en réponse à une question sur l’arrestation de M. Milinkevitch.

    La Commission européenne a également émis l’espoir que M. Milinkevitch puisse être rapidement relâché. « Il y a eu au moins un cas où un responsable de l’opposition a été détenu puis rapidement relâché », a-t-elle dit, en rappelant néanmoins qu’un autre leader de l’opposition, Alexandre Kozouline, était lui emprisonné depuis la fin mars.

    « Nous condamnons toute arrestation au motif d’avoir participé à une manifestation », a-t-elle ajouté, en rappelant que de nombreux autres opposants avaient été emprisonnés depuis la réélection, jugée frauduleuse par les Occidentaux, du président Alexandre Loukachenko le 19 mars. Elle a souligné que l’UE n’excluait pas de « nouvelles sanctions » à l’égard du gouvernement de M. Loukachenko.

    Le 10 avril, les 25 avaient déjà adopté des interdictions de visa à l’encontre de 31 responsables bélarusses -dont le président Loukachenko- et avaient déjà averti que d’autres sanctions pourraient suivre. Ils avaient alors indiqué que la liste de 31 noms n’était « pas exhaustive » et que d’autres mesures étaient envisagées, comme un gel des avoirs financiers des responsables du régime. « Il est important que les autorités bélarusses notent que de nouvelles sanctions n’ont pas été exclues », a indiqué Mme Udwin, porte-parole de la Commission.

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