La Constitution européenne est aux urgences. Réanimons-là.

, par Traduit par Emmanuel Vallens, Jan Seifert

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La Constitution européenne est aux urgences. Réanimons-là.

Il y a un an exactement que l’intégration européenne a pris la plus grosse claque de son histoire depuis la « politique de la chaise vide » de De Gaulle. Ironiquement, c’est à nouveau un Président français qui est à l’origine du blocage actuel. Mais il n’est pas le seul à être aux urgences politiques, en réanimation. Notre principal projet, le traité constitutionnel, est dans le même état.

Je vais peut-être passer pour un fédéraliste inhumain, en reconnaissant que je suis beaucoup plus triste pour un empilement d’articles que pour Monsieur le Président. [1]

Lorsqu’il sera renvoyé par les Français dans moins d’un an, de nouveaux horizons pourront peut-être s’ouvrir. On pourra alors évaluer la situation et tirer des enseignements des misères de Monsieur Chirac et de ses camarades de buffet - euh, de sommet - européen.

Le problème des promesses non tenues

S’il y a une chose à retenir à jamais des référendums néerlandais, français, espagnol et luxembourgeois, c’est que le grand nombre des abstentionnistes est du à leur mécontentement vis-à-vis de leur gouvernement, vis-à-vis de la situation économique ou de leurs craintes par rapport au principes de la mondialisation et du « néo-libéralisme » en général.

Si nous voulons (et a fortiori si les gouvernements veulent) regagner ces gens à la cause de l’intégration européenne, il faut effectivement répondre au problème des promesses non tenues. Les liens historiques, la paix et la prospérité économique réalisée ne sont pas, on peut le comprendre, le genre de chose dont les chômeurs de longue durée d’Allemagne de l’Est se préoccupent vraiment. Ainsi, l’Europe et les gouvernements nationaux doivent réaliser plus et mieux. Mais nous savons tous qu’il y a des limites à ce que l’Europe intergouvernementale peut faire en termes de gestion macro-économique et de création d’emplois.

Il va sans dire qu’apporter une réponse aux préoccupations sociales des citoyens est la priorité d’un gouvernement. Je suis d’autant plus attristé de voir que la Commission et le Conseil européen commencent à se préoccuper des résultats concrets. Ils n’en ont donc eu aucun jusqu’ici ? Mais surtout, ce programme ne conduit-il pas à créer des attentes plus élevées encore par rapport à ce que l’Europe peut vraiment faire avec les limites des processus décisionnels actuels ?

Communiquer. Et argumenter

Ce programme introduit un deuxième défi : comment défendre l’Europe ? On ne peut accepter qu’un Premier ministre (néerlandais) dise à son électorat que le « non » au référendum amènera à nouveau la guerre en Europe centrale. Si c’est là tout ce qu’il a à dire pour défendre le traité constitutionnel ou a fortiori pour toute étape supplémentaire de l’intégration européenne, autant s’acheter une villa et s’exiler à Ventotene [2]. Au contraire, mon sentiment est que la JEF était la seule organisation proactive, aussi bien au niveau national qu’européen, à organiser des actions pour faire remonter les préoccupations des citoyens, tant pour influencer la rédaction du traité que plus tard, lors des ratifications.

Nous faisons cependant face à trois difficultés, qu’il faut résoudre si l’on ne veut pas perdre (une nouvelle fois) en 2007-2009. Il faut d’abord renforcer nos arguments, utiliser les bons exemples, viser les bons auditoires, et enfin sortir et aller là où nous pouvons influencer les gens. Deuxièmement, nous ne sommes pas les seuls dans la « famille européenne » : aussi bien au niveau national qu’européen, je crois que l’UEF et le Mouvement européen peuvent faire bien plus avec nous. Changeons-les de l’intérieur et faisons-en des organisations militantes qui permettront une émulation.

Finalement, il faut que nous touchions les gens au-delà de nos cercles habituels. Combien de nouveau groupes, intéressants, se sont créés pendant et après les campagnes référendaires ? Acceptons-les à notre bord par le biais de réunions, de réponses aux appels d’offre, de débats au niveau local, d’activité de lobbying ou tout simplement autour d’un verre. Voilà les gens et les discussions vers lesquels nous devons nous tourner. Si nous étions ennuyeux, nous resterions bloqués sur les procédures de ratification. Mais nous sommes l’organisation politique de jeunes la plus excitante d’Europe. Et notre objectif est clairement devant nous : l’adoption de cette Constitution ou d’une Constitution encore meilleure.

(Document traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens - France »)

Cet article a été publié dans l’édition de juin 2006 du New Federalist, magazine de JEF-Europe.

Photo : Jacques Chirac, Président français, et Wolfgang Schüssel, Chancellier fédéral d’Autriche, Président du Conseil européen, lors du Conseil européen de Bruxelles, le 15 juin 2006. Crédit : Conseil de l’Union européenne.

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Notes

[1en français dans le texte. (Ndt)

[2Ventotene est une petit île de quelques hectares au large de Formia, entre Rome et Naples, où furent enfermés entre les deux guerres par les fascistes Italiens deux hommes qui furent ensuite parmi les plus actifs des fédéralistes européens : Altiero Spinelli et Ernesto Rossi. Tous les ans, début septembre, un séminaire fédéraliste y est organisé, qui constitue une sorte de « pèlerinage » fédéraliste. (Ndt)

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