Ex-Yougoslavie

La Croatie : prochaine étape de l’élargissement ?

Analyse de ses points forts et faibles pour son adhésion à l’Union européenne

, par Sophie Gérardin

La Croatie : prochaine étape de l'élargissement ?

Programmée pour 2009, l’adhésion de la Croatie est conditionnée par les progrès qu’elle aura pu réaliser dans les domaines administratif, économique et judiciaire, mais aussi par sa pleine collaboration avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Les Balkans font partie de l’Europe et leur destin, au sein de l’Union européenne, semble tout tracé. Mais le passé de la guerre est encore vivace. L’Union européenne peut-elle pacifier cette région et normaliser ses relations internes, comme elle l’a fait en Europe de l’Ouest ?

La Croatie a fourni d’indéniables efforts ces dernières années pour pouvoir intégrer l’Union européenne (UE). Le pays s’est très vite relevé après la fin de la guerre civile en 1995 et le gouvernement en place a offert son entière collaboration au Tribunal pénal international de La Haye. Les auteurs des crimes de guerre sont peu à peu jugés, côté serbe comme croate. Mais, le gouvernement croate continue de contester certaines décisions du Tribunal pénal international. Il a ainsi jugé trop clémentes les sentences prononcées contre trois officiers serbes accusés pour des crimes commis à Vukovar, en 1991.

Désormais membre de l’Organisation Mondiale du Commerce, ce pays a trouvé sa place sur la scène internationale. Les investissements étrangers ont repris, le chômage a baissé et les touristes affluent de nouveau en masse. D’après le rapport de la Commission européenne daté du 8 novembre 2006, la Croatie s’est efforcée de réformer sa législation et son administration. Pourtant, des efforts importants restent encore à fournir dans les domaines judiciaire et économique et en matière de lutte contre la corruption. La Commission juge le gouvernement trop interventionniste. De plus, la question des droits des minorités (hongroises, tsiganes, slovènes, serbes et bosniaques) et du retour des réfugiés serbes déplacés pendant de la guerre se pose toujours.

L’adhésion à l’Union européenne : un long processus

La demande d’adhésion de la Croatie remonte à février 2003. La reconnaissance du statut de candidat doit être prononcée par la Commission européenne. Si son avis est positif, le Conseil européen se réunit alors pour décider d’ouvrir les négociations d’adhésion. C’est ce qui s’est passé pour la Croatie les 17 et 18 juin 2004.

Avec la Turquie, elle a le statut de candidat depuis le 3 octobre 2005. Les pays des Balkans - Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, République de Macédoine, Albanie et Kosovo - souhaitent également intégrer l’UE. En repoussant toujours plus loin les frontières avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie au 1er janvier 2007, l’Union européenne leur a donné un formidable espoir.

Mais le parcours du pays-candidat est parfois long et semé d’embûches. Réformer ses institutions, lutter contre la corruption et la fraude et intégrer l’économie de marché nécessite des efforts sur le long terme, même si l’UE apporte son soutien. Elle a ainsi mis en place un instrument d’aide à la préadhésion qui apportera 11,5 milliards d’euros d’aide aux pays des Balkans et à la Turquie au cours des sept prochaines années.

L’élargissement pose la question des institutions européennes

Quant à l’Union, elle doit s’interroger sur sa capacité à intégrer de nouveaux Etats. Il est peu probable qu’elle accueille à l’avenir autant de pays d’un seul coup qu’elle l’a fait en 2004. Mais elle a clairement vocation à s’étendre vers ceux qui partagent les mêmes valeurs de démocratie et de respect des droits de l’homme.

Les élargissements successifs ont accru son poids sur la scène internationale. Ils ont surtout favorisé la paix et la stabilité en Europe. Une réforme institutionnelle d’envergure est aujourd’hui plus que nécessaire, avant tout nouvel élargissement. En effet, le fonctionnement des institutions européennes est toujours fixé par le traité de Nice, signé le 26 février 2001. La règle de l’unanimité, la répartition des sièges au sein du Parlement européen et la pondération des voix au Conseil doivent être repensées, afin de ne pas créer de déséquilibre entre petits et grands Etats. Même avec le futur Traité modificatif, les institutions européennes ne changeraient réellement que dans une dizaine d’années. Il y a ainsi le danger de n’offrir qu’une zone de plus en plus libre-échangiste et de moins en moins intégrée.

A ce défi, vient s’ajouter celui du financement de l’UE. Ses ressources actuelles, alimentées par les Etats membres et les droits de douane, suffiront-elles dans une union à vingt-sept, puis à vingt-huit, voire à vingt-neuf ? Sur ce point là aussi, la réponse n’est pas tranchée.

La Croatie et la Slovénie, l’avant-garde balkanique pour l’Union européenne ?

Après l’adhésion de la Slovénie en 2004 et son entrée dans l’Eurogroupe en 2007, la Croatie est sur la bonne voie pour adhérer à l’UE. Elle est, de plus, soutenue par l’Autriche. Si elle réussit à tenir le cahier des charges fixé par la Commission européenne, la Croatie offrirait une véritable stabilisation dans une région qui a déjà marqué l’Europe de ses soubresauts.

Les pays des Balkans sont tous à un stade différent dans le processus d’intégration à l’UE. Les réformes structurelles qu’ils ont entamées, leur participation au Tribunal pénal international et les accords de stabilisation et d’association qu’ils ont signés avec l’UE sont autant de facteurs de pacification.

Intégrer pleinement l’Union sera pour eux la garantie d’une paix durable.

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