La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

, par Dumitru Drumea

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La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

Au mois d’avril 1986, M. Gorbachev entame la Pérestroïka qui va mettre fin à la guerre froide qui va faire tomber le rideau de fer. Cette séparation entre Ouest et Est divisait non pas seulement le monde en deux, mais séparait aussi la famille européenne depuis plus de 40 ans.

Ces réformes, qui portent le nom de « Reconstruction » (traduction de Pérestroïka), vont radicalement changer la politique non seulement en URSS mais aussi dans le monde entier. Elles vont bouleverser la carte géopolitique de l’Europe et permettre l’instauration de la démocratie sur presque tout le continent européen.

Les origines et l’évolution de Pérestroïka

A la fin de l’époque brejnévienne [1], le bloc socialiste ressemblait plutôt à un vieux dinosaure, très éloigné du monde contemporain. L’économie se trouvait dans un état déplorable, la société civile indépendante était en grande partie en exil, alors que la corruption au sein de l’État via parti communiste était devenue légendaire. En plus, l’URSS devait consacrer une énorme partie de son budget à l’armée. Sur le plan international, l’URSS a perdu beaucoup d’alliés, car son modèle social séduisait de moins en moins, sans parler du rejet que provoquait la guerre en Afghanistan (1979 - 1989). Il fallait donc entreprendre des mesures urgentes, d’autant plus que dans les pays satellites les régimes totalitaires étaient remis en cause et l’URSS n’avait plus les moyens de soutenir les partis communistes locaux.

L’arrivée de Gorbatchev au pouvoir

Les premiers changements apparaissent avec l’arrivée d’Andropov (12 novembre 1982) au pouvoir et les premiers procès anti-corruption qui secouent l’URSS. Mais celui-ci ne reste pas au pouvoir assez de temps : il meurt 16 mois après son élection à la tête du parti. Son successeur, Chernenko [2] n’a pas fait mieux. Il a fallu attendre Gorbatchev, qui arrive au pouvoir en 1985 pour que les vraies réformes commencent.

L’arrivée de Gorbatchev au pouvoir marque le début de la Pérestroïka. Une des premières mesures prises dès l’arrivée au pouvoir a été la libéralisation partielle de la presse, plus connue sur le nom de Glasnost [3]. Dans son discours lors du XXVII Congrès du PCUS (Parti Communiste de l’Union Soviétique) en 1986, Gorbatchev a déclaré que « sans Glasnost, il n’est pas possible de construire la démocratie » ; ainsi les premiers journaux libres sont apparus, certains des grands journaux ont changé de rédacteurs en chef tels que : « Novii Mir » (Nouveau monde), « Argumenti i fakti » (Arguments et faits) ou encore « Moskovskie novosti » (les Nouvelles de Moscou). En même temps, les livres interdits par la censure soviétique ont commencé à apparaître dans les magasins. Beaucoup de films censurés auparavant ont pu enfin passer sur l’écran. Déjà en 1987, a été créée la NIKA (une chaîne indépendante d’information), ainsi que ATV (association de la télévision d’auteur). De nouveaux journaux d’informations apparaissent : « 12ème étage » ou encore « Vzgliad » (Point de vue).

Le changement politique est aussi considérable. Sous Gorbatchev, on honore 140 (ex-)dissidents et on réhabilite les victimes des répressions staliniennes. De leur exil à Gorki, ont été libérés les époux Sakharov, qui ont violemment condamné la guerre en Afghanistan sans être inquiétés. Plusieurs organisations politiques d’opposition apparaissent, comme l’Union démocratique, et en 1988 les premières manifestations anti-communistes ont lieu.

Gorbatchev, comprenant la difficulté et la complexité de la situation politique de l’époque, essaye à tout prix changer l’élite politique, car il considère que l’ancienne qui est en place n’est pas capable d’assurer la Pérestroïka. Il commence donc la « politique des cadres », qui devait amener du sang frais au pouvoir. On autorise les « sans – partis » (ceux qui n’étaient pas membres du Parti Communiste) à occuper des postes importants dans les corps d’État. En outre, on introduit des élections au sein du parti pour rendre les élus responsables devant ses électeurs alors qu’avant, le parti présentait un candidat pour un poste et les membres ne pouvaient seulement que l’approuver.

La fin du Communisme

Malgré tous ces avancés, l’URSS n’a pas pu surmonter la crise économique et sociale qui a frappé le pays au début des années 80. Le problème venait du fait que le système soviétique était irréformable en soit. La Pérestroïka était donc condamnée dès le début. Gorbatchev n’avait pas la capacité politique pour pousser ses réformes jusqu’au bout. Mais sa stratégie a déclenché la chute de l’URSS, ce qui était complètement imprévu.

La Pérestroïka n’a pas pu changer la structure de l’économie soviétique, qui était un frein aux réformes. Tous les moyens de production étaient sous le contrôle de l’État, un fait qui décourageait l’initiative et l’innovation qu’on a dans le secteur privé. De plus, les directeurs d’usines et les fonctionnaires corrompus voulaient à tout prix conserver le système économique qui leurs donnait des avantages considérables, surtout dans un pays où le déficit des produits de consommation était une réalité au quotidien. Ainsi, selon Jacques Rupnik (L’Autre Europe), « l’économie dirigiste est une pyramide de mensonges dans laquelle chaque usine, chaque administration ment sur ses performances aux instances situées en dessous et au-dessus d’elle dans la hiérarchie ».

Le système politique était aussi, tout comme l’économie, fondé sur le mensonge. Les responsables politiques (des villes, des régions, etc) mentaient sur les statistiques, sur la politique intérieure et extérieure, en utilisant la propagande, dont le journal « Pravda » (Vérité) était devenu le symbole. Les services secrets soviétiques faisaient tout pour empêcher les gens d’avoir des informations non désirables : toute presse étrangère ou indépendante était interdite. En commençant ses réformes, Gorbatchev voulait donc reformer l’irréformable. Pérestroïka et Glasnost ont rendu le système fragile, car le mensonge n’était plus là pour aveugler le peuple. C’est ainsi qu’en 1991, un système politique qui paraissait indestructible, imbattable, est disparu à jamais de la carte politique du monde.

Quel impact sur l’Europe ?

Les systèmes politiques des pays satellites du camp socialiste ressemblaient en grande partie à celui de l’URSS. L’État était dirigé par un seul et unique parti, d’où la notion d’État-parti. Par conséquent, le leader du parti était aussi le leader de l’État. Les libertés fondamentales n’étaient jamais respectées et toute réforme de démocratisation était condamnée par avance. D’ailleurs, l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Budapest en 1956 et à Prague en 1968 ont « vacciné » tous les dirigeants des satellites contre toute réforme démocratique.

La Pérestroïka fut le facteur déterminant dans la chute du rideau de fer. Les forces libérées, telles la liberté de la parole (Glasnost), par Gorbatchev à l’intérieur de son pays ont dévoré les partis communistes de l’Europe de l’Est. Poursuivant la politique de rapprochement avec l’Ouest et la démocratisation du Communisme en Europe, Gorbatchev a in fine condamné la survie des « démocraties populaires » en Europe.

Tel fut le cas de la chute du Mur de Berlin et de la réunification allemande. La chute du mur de Berlin s’est produite en très grande partie grâce au feu vert de Moscou. Sans une telle approbation, on aurait eu très probablement une répétition du « coup de Prague » de 1968, quant les forces du Pacte de Varsovie sont entrées dans la capitale tchécoslovaque pour mettre fin aux réformes démocratiques de Dubcek qui avait fait suite au printemps de Prague. Après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, la réunification de l’Allemagne n’était plus qu’une question de temps.

La RDA (République Démocratique Allemande, l’Allemagne de l’Est) était une création artificielle, elle divisait un peuple en deux. Le soutien de l’URSS était sa seule source de survie. Or, l’URSS négocie la réunification de l’Allemagne et cela aboutit le 16 juillet 1990 à un accord entre Gorbatchev et Helmut Kohl. Le 2 octobre 1990, la RDA cesse d’exister.

La non–intervention des forces du Pacte de Varsovie lors de la chute du Mur de Berlin a été le signal de déclanchement des révolutions qui se sont produites par la suite. Partout ailleurs en 1989, en Europe de l’Est, les mouvements démocratiques libérés de la tutelle de Moscou l’emportent sur le Communisme. C’est le cas de la Roumanie avec la chute de Ceausescu, de la Tchécoslovaquie avec la démission du gouvernement communiste ou en Pologne avec le début des négociations entre le général Jaruzelski et les représentants de la Solidarnosc.

La politique du rapprochement de l’Ouest promue par Gorbatchev s’est traduite par la chute du Pacte de Varsovie. N’ayant plus les moyens financiers, ni la volonté politique de sauvegarder cette alliance militaire, les Soviétiques proposaient déjà en 1988 d’abroger le Pacte contre la dissolution de l’OTAN. Au mois de décembre 1988, Gorbatchev et Bush déclaraient lors d’une rencontre à Malte que la guerre froide était terminée. En 1991, plusieurs pays du bloc socialiste annoncent leur sortie du Pacte de Varsovie, et le 1er avril 1991 celui–ci est dissout. Au mois de décembre l’URSS allait disparaître, le camp socialiste aussi. Et la Pérestroïka fut terminée…

Le rêve européen

Tout de suite après la chute du communisme en Europe, les anciens satellites de l’URSS ont clairement fait le choix de réintégrer la famille européenne unifiée et l’OTAN. Chronologiquement, dans la première moitié des années 90, presque tous les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO) ont déposé leur demandes d’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. Pour ces pays, l’appartenance à ces structures porte d’abord un symbole politique, car elles veulent garantir leur liberté et leur souveraineté.

L’intégration européenne signifie aussi le retour de ces pays dans le concert européen en tant que partenaires égaux et non plus en tant que « petits frères », comme c’était le cas avec l’URSS. Longtemps opprimés par un régime ressenti (à raison d’ailleurs) comme imposé de l’extérieur, ces pays peuvent enfin défendre leurs intérêts dans un cadre démocratique que leur offre l’Union européenne.

Sans la Pérestroïka, le monde d’aujourd’hui ne serait pas le même. C’est surtout grâce à ce processus que la démocratisation a pu s’installer dans les PECO et que l’Europe ne fut plus divisée en deux.

Illustration :
- couverture du livre de M. Gorbatchev « Pérestroïka », sorti chez Flammarion en 1992.
- photographie de M. Gorbatchev issue de Wikipedia.
- photographie du Mur de Berlin issue de Wikipedia.

Notes

[1Leonid Brejnev a été le Secrétaire Général du Parti Communiste Soviétique de 1964-1982

[213 février 1984 — 10 mars 1985

[3traduisible par transparence, ouverture sur la liberté d’expression

Vos commentaires

  • Le 30 avril 2008 à 10:18, par Ronan En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Sur les relations euro-russes, sur le projet Gorbatchévien de « Maison commune » européenne (et sur la relecture "uchronique" qu’en an fait l’écrivain de SF - américain - Norman Spinrad) : Mikhaïl Gorbatchev, ou le rêve avorté d’une ’’Maison commune’’.

    A propos de l’impact de la « Perestroïka » (pour ma part je traduirai plutôt par « restructuration »...) sur la construction européenne, je dirai plutôt que les événements d’alors ont fait céder le glacis de l’ "Europe de l’Est" (dénomination de l’époque) et ainsi ouvert la voie à trois options :

    1- La « Maison commune » Gorbatchévienne (enterrée avec ses projets de réformes du système soviétique...).

    2- La « Confédération » Mittérrandienne (très clairement refusée par les pays d’Europe centrale, libérés du Communisme et refusant de se voir ainsi cantonnés en catégorie B : réclamant une adhésion pleine et entière...).

    3- L’ « Intégration communautaire » (alors principalement portée par Vaclav Havel). Et c’est cette troisième option qui fut retenue...

    PS : Il me semble que l’analyse faite du système brejnévien - en tout début d’article - est quelque peu anachronique. Si on se replace dans le contexte du tout début des années 1980, l’URSS est là - encore - une grande puissance qui fait peur (très peur). Et si l’édifice est effectivement vermoulu de l’intérieur (stagnation économique), alors bien peu le savent, et très peu en pressentent la chute imminente... (Carrère d’Encausse ?!).

    Par ailleurs, il est quelque peu abusif de présenter Tchernenko comme un réformateur : c’est là un conservateur stalino-brejnévien pur sucre. Les réformateurs ? Andropov et Gorbatchev qui - à l’exemple d’un Béria - sont prêts à "lâcher" la RDA (voire les pays satellites d’Europe de l’Est) pour recueillir les subsides de l’Occident, afin de financer les réformes internes de l’Union soviétique.

    Encore que réformes, il ne faut pas non plus les surévaluer. Il ne s’agit pas vraiment de transformer l’URSS en « vraie » démocratie à l’occidentale : il s’agit surtout de sauver le régime soviétique ainsi que les structures dirigeantes du parti. A ce titre, Poutine me paraît être un bon candidat au titre d’héritier du clan « réformateur »...

  • Le 30 avril 2008 à 18:24, par Dumitru Drumea En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Ronan,

    En lisant votre commentaire j’ai eu l’impression que vous n’avez lu l’article qu’en diagonale... Personne ne dit que Chernenko était un grand réformateur. D’ailleurs, en 1984 en raison de sa maladie il n’était pas capable de diriger le pays, c’est pour ça que j’ai dit qu’« il n’a pas fait mieux » :) Quant à Andropov, il a essayé d’apporter des changements. Pour moi, quelqu’un qui était capable d’initier des procès comme celui « du cas du coton de l’Asie Centrale » est en effet un dirigeant fort et réformateur(sans affirmer pour autant qu’il s’agit d’un démocrate ou d’un modernisateur). Après, bien sûr qu’en tant qu’ancien dirigeant du KGB il avait suffisamment de pouvoirs pour le faire.

    Mais dans mon article je parle surtout de Gorbatchev (d’ailleurs votre comparaison avec Beria me semble très exagérée) : si Glasnost pour vous ce n’est pas une réforme profonde qui a changé le cours de l’histoire soviétique alors je ne sais plus ce qu’il vous faudrait. La propagande, l’information triée et choisie – voilà la pierre d’angle du système politique soviétique. La Glasnost a mis fin à tout cela. En plus, la politique des cadres, qui a quand même apporté des non communistes aux postes de responsabilité au sein de l’Etat, était une vraie révolution pour l’URSS. Personne ne dit que Gorbatchev voulaient faire de l’URSS une « démocratie à l’Occidentale »(je suis désolé si c’est la seule chose qui pour vous serait une réforme) mais une chose est sûre - il voulait moderniser l’URSS. Et non pas seulement pour avoir des crédits américains, comme vous l’avez quasi affirmé, mais surtout pour renforcer l’URSS. Réformer l’URSS sans la détruire - voilà le vrai but de ces réformes !

    Carrère d’Encausse n’était pas le seul à voir clairement la gravité de la situation de l’URSS. Les dirigeants soviétiques la voyaient aussi, et c’est pour cette raison qu’ils voulaient réformer le système.

    Quand à l’époque brejnévienne - je réaffirme que le bloc socialiste ressemblait à un vieux dinosaure. Certes, militairement il faisait peur(comme tout dinosaure). Mais quand Reagan est arrivé au pouvoir il était déjà clair que financièrement et économiquement l’URSS était très faible et que le système politique ressemblait vraiment à un animal de la préhistoire, étant basé sur le totalitarisme et le mensonge.

    Quant aux PECO, je pense que l’option de l’intégration européenne était la seule qui pouvait être retenue par les pays de l’Europe de l’Est, parce que les 2 autres que vous nous présentez n’avaient pas vraiment de sens. Après, il faut dire que cette vague de demandes d’adhésion à l’UE n’a pas été accueillie avec joie ici à l’Ouest, et certains spécialistes, et je partage leur point de vue, disent que c’est seulement après la crise du Kosovo que le processus d’intégration s’est accéléré. Toujours est-il que cela est devenu possible seulement grâce à la Perestroïka et à la chute de l’URSS.

    Et pour finir un mot sur le projet de la Maison Commune de Gorbatchev. La chute de l’URSS n’était pas démocratique, car on n’a pas demandé l’avis au peuple soviétique. Certes, les Baltes ont choisi de se séparer dès le début. Mais les accords de Belovejsk n’ont pas tenu compte des référendums qui ont eu lieu dans plusieurs autres Républiques soviétiques. En plus, je crois que si un référendum pan-soviétique aurait eu lieu à l’époque, l’URSS ne se désintégrerait pas. C’est pour combler ce vide après la chute de l’URSS qu’on a créé la CEI, pour permettre la libre circulation et la coopération entre les nouveaux Etats, sous l’influence de la Russie. Cette structure s’est avérée cependant peu efficace, à cause du chaos dans lequel ont plongé tous ces pays dans les années 1990.

  • Le 2 mai 2008 à 19:46, par Ronan En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Sur Tchernenko :

    « Il n’a pas fait mieux » : cette formulation, très précisément, ça laissait entendre quelque peu qu’il "aurait voulu" mais qu’il "n’a pas pu". Alors qu’il "refusait" (la désoviétisation, la démocratisation, la réforme...).

    Sur Béria :

    De récents travaux le présentent comme un réformateur ayant tenté de "dynamiter" le système (et qui - dans la libéralisation du régime - voulait aller bien plus loin que Gorbatchev n’est jamais allé ; et n’a sans doute jamais voulu aller...) : démentellement puis suppression du Goulag, amnistie puis libération de centaines de milliers de prisonniers politiques, annulation des expropriations agricoles, restitution des biens confisqués, négociations avec les Eglises, suppression des restrictions aux déplacements de particuliers, suppression du rôle dirigeant du Parti communiste, restauration d’un système d’économie mixte et du petit commerce (restauration du capitalisme en URSS !!!), rappel des fonctionnaires soviétiques servant dans les Etats satelittes, abandon de la RDA (et retrait de l’armée rouge des Etats baltes !).

    Nb : Comme réformateur, on aurait également pu citer Khrouchtchev, (quoi que moins "révolutionnaire", lui aussi...). A ce titre, on peut lire « Les fins du Communisme », de Françoise Thom (maître de conf’ à Paris IV).

    Sur la Glasnost :

    Dans l’esprit de Gorbatchev, la libération de l’information n’est pas une fin en soi, c’est seulement un moyen utilisé pour renverser la vieile garde "brejnévienne" en manipulant l’opinion publique. Pour le reste (« Réformer l’URSS sans la détruire - voilà le vrai but de ces réformes ! ») : on est bien d’accord. A ce double titre, on peut donc lire « l’Effondrement » du journaliste Eric Laurent (correspondant de presse à Moscou lors de la Pérestroïka).

    Sur le contexte - et l’ambiance - du début des années 1980 :

    Quand à l’époque brejnévienne - je réaffirme que le bloc socialiste ressemblait à un vieux dinosaure. Certes, militairement il faisait peur(comme tout dinosaure). Mais quand Reagan est arrivé au pouvoir il était déjà clair que financièrement et économiquement l’URSS était très faible et que le système politique ressemblait vraiment à un animal de la préhistoire, étant basé sur le totalitarisme et le mensonge.

    Certes, mais - alors - personne ne le savait en Occident. Et voilà des informations qui ne filtraient guère - au-delà des cercles autorisés - jusque dans l’opinion publique ou sur la scène internationale. L’anachronisme est précisément de laisser entendre que l’on avait - sur ce sujet et à l’époque - exactement les mêmes connaissances sur le sujet qu’aujourd’hui.

    Le contexte psychologique du début des années 1980 - en Occident en tout cas - c’est encore un contexte de peur de la guerre nucléaire face à une grande puissance soviétique qui paraît alors invulnérable, conquérante et qui avance partout ses pions (Afghanistan, Nicaragua, Vietnam & reste de l’ancienne Indochine, Mozambique et Angola, Algérie & Syrie, etc) face à un Occident qui semble alors rongé par le défaitisme pacifiste (notamment en Allemagne de l’Ouest) et acculé à des stratégies apparemment agressives mais en fait très largement verbales et purement défensives (Cf. crise des euromissiles).

    Le début des années 1980, c’est la faillite totale de l’administration Carter en Iran, la sortie de films terrifiants comme « Le jour d’après » de Nicolas Meyer (1983), la publication (en 1979) d’ouvrages de politique fiction comme « la Troisième guerre mondiale » de Sir John Hackett (relatant le déroulé du conflit pour août 1985), la crainte encore vivace des attentats de la « Bande à Baader » (« Fraction armée rouge » et autres « Action directe »...), la crainte que l’arrivée au pouvoir en France d’un gouvernement d’union des gauches (avec des ministres... communistes !!!) ne fasse exploser la solidarité atlantique et la peur que l’aventurisme "reaganien" (ou tout du moins déclaré tel...) n’envoie tout ce beau monde dans le mur...

    « Vieux monsieur » parmi les « Jeunes Européens » (ayant en fait - depuis peu - dépassé la limite d’âge, puisque né au début des années 1970...) j’ai assez de souvenirs personnels très clairs de cette époque pour pouvoir assurer à mes camarades beaucoup plus jeunes que l’ambiance de l’époque n’était certes pas à l’optimisme... (Tout de même, suis curieusement étonné que la "jeune génération" ait - déjà - une vue si déformée d’une époque pourtant pas si lointaine...).

    Et on oublie aujourd’hui - décidément beaucoup trop facilement - que c’est en fait un Occident complétement tétanisé et littéralement "mort de trouille" qui a "gagné" la guerre froide en "faisant pipi dans sa culotte", de peur : dans un climat à la limite de l’hystérie et de la crise de nerfs, à une époque où on pensait encore davantage à la protection des abris nucléaires face à l’apocalypse menaçant des SS20 braqués sur l’Europe occidentale... qu’à déboucher le champagne en spéculant sur une - alors, pour l’époque - vraiment très hypothétique implosion de l’URSS...

    Oui, la chûte du mur a été une délivrance. Car - si en Europe de l’Est, ce fut effectivement la Liberté - en Europe de l’Ouest, ce fut (enfin !) la fin de « l’équilibre de la terreur » (et de l’anéantissement nucléaire). Ouf...

  • Le 3 mai 2008 à 17:49, par Dimitri En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Premièrement Ronan, je suis Moldave, né en 1985 dans la Moldavie soviétique. Je me suis donc bien baigné dans l’ambience générale de l’URSS et même si j’étais petit, je un claire souvenir de ma famille qui se réunissait chaque jour devant la télé pour regarder Gorbatchev et ses speaches. Après, j’ai grandi dans une famille très « politiquement incorècte », qui écoutait toujours de différentes « voix occidentales » et je sais qu’après l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir ces « voix » sont devenues beaucoup plus accessibles grâce à la radio. Et à ne pas oublier, Ronan, LES PONTS TELEVISES ORGANISES entre les Etats Unis et l’URSS à la fin des années 80. Après Dire que Glasnosti était une propagande « gorbatchevienne » c’est un peu abusif. Certes, je n’ai pas la même vision de l’époque que vous, mais elle n’est pas pour autant éronée !!!

    BERIA

    OUF, Ronan, je me méfie de ce genre d’affirmation. Vous savez, Staline en 1947 a déclaré dans une de ses lettres que le peuple soviétique aurait eu le droit de renverser tout le système qui a été défaillant pendant les 2 premières années de la guerre(41-45 pour l’URSS). Staline, il était peut-être gentil, qui sait ? sauf que les barbaries qu’il a faites le classent parmi les pires des dictateurs de tous les temps. Et Béria, Ronan, était son bras droit. C’est lui qui a organisé(en grande partie) les camps en Sibérie, les goulags pour les scientifiques, des constructions pharaoniques en tuant des millions. Est-ce un réformateur ? Oui, mais pas un réformateur positif, comme l’était Gorbatchev.

    Quand à votre peur dans les années 80 : vous savez, ici en Europe, tout comme aux Etats-Unis on a toujours peur de tout ; vos sentiments de l’époque sont donc compréhensibles. On a d’ailleurs toujours peur que Poutine va couper le gaz à l’Europe(ce qui est faux à mon avis !) ou que les Est-européens vont picquer vos emplois(pas vous, mais ce sentiment existe). Les leaders de l’époque ne partageaient pas forcement le même avis. Quand Reagan est arrivé au pouvoir, il est devenu tout de suite super agressif envers l’URSS et le communisme. Ses propos, qui se résumaient à la célèbre phrase de Krustchev « on assistera à votre enterrement », sont la meilleure preuve de la fin de ces peurs. Dans le livre de Pierre Verluise « La nouvelle géopolitique de l’Europe » un des experts dit que Reagan était au courant de l’état déplorable de l’économie soviétique et qu’elle ne pouvait pas tenir longtemps sans réformes. Il a donc décidé de tuer ce pays financièrement. En outre, je pense qu’après la crise de 1962, les hommes politiques des deux côtés ont enterré à jamais la possibilité d’une guerre nucléaire. Par ailleurs, la faillite économique des pays socialistes était évidente. On savait aussi que le seul moyen pour eux de survivre c’était l’emprunt.

    Quant à la fin de la guerre froide : dire que quelqu’un la gagné c’est un peu poussé à mon avis. Je pense, que certes, l’URSS l’a perdue, mais sans « aide » extérieure. Son modèle économique et politique s’est cassé la guele tout seul.

  • Le 3 mai 2008 à 18:15, par Dimitri En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    j’ai oublié de me prononcer sur Nikita Sergheevichi :)

    Ce n’était pas un réformateur, mais un idéaliste. Il n’a rien réformé dans l’URSS.

    Et puis une explication : les « différentes voix » dans mon commentaire = radios étrangères, capitalisto-bourgeoiso-impérialistes :)))) (c’est comme ça qu’on les appelait à l’époque)

  • Le 4 mai 2008 à 22:33, par Ronan En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    En tout cas il y a une très nette différence - en ce temps là, tout du moins - entre ce que les dirigeants (et les cercles informés) savent vraiment et ce que l’opinion publique présume, seulement.

    La fin de la guerre froide ?! Quitte à cherche un événement symbolique, autant alors choisir la catastrophe de Tchernobyl - donc, avril 1986, mais pas avant - car c’est vraiment à ce moment que l’opinion occidentale se rend vraiment compte la bureaucratie soviétique est - effectivement - beaucoup plus menaçante pour ses propres peuples que pour son "environnement" extérieur (et que Gorbatchev - longtemps suspecté en Occident de n’être qu’une marionnette du KGB souhaitant "endormir l’Occident", n’était pas un imposteur...).

    Le menace nucléaire en Occident ?! Permanente dans le début des années 1980. En tout cas, à chaque grande manoeuvre des forces armées du pacte de Varsovie... Ou à chaque parution de plus dans la presse française (in mensuels à grand tirage, genre « ça m’intéresse », « Science & vie », etc.) d’un article de plus sur « comment aménager au mieux votre abri anti-atomique » (chose extrémement courante dans la toute première moitié des années 1980...).

    Une "crisette" de plus dans la guerre froide (grosse montée d’adrénaline...) c’est - par exemple - en septembre 1983, quand un avion Boeing 747 de la « Korean Air Lines » ayant dévié de sa trajectoire normale (et pris pa les soviétiques pour un avion espion ?!) s’est fait abattre dans le ciel de Sakhaline par la chasse soviétique. Grosse tension.

    Alors, quitte à écrire une histoire de la « fin de la guerre froide », je crois qu’il va donc falloir accorder nos violons en regardant de très près ce qu’en a vraiment été la perception populaire. A vous lire, on croirait que tout le monde - à l’Est - savait déjà que l’URSS allait s’écrouler. C’est amusant parce qu’ici, en Occident, c’était plutôt le grand flip...

    La culture populaire de l’époque est d’ailleurs pourtant truffée de témoignages de cette psychose : quand - toujours en 1983 - sort le film « WarGames » de John Badham (i. e : "En pleine guerre froide, un adolescent pirate - sans le savoir - le système informatique militaire américain (le NORAD) et manque de déclencher, en faisant passer le niveau de sécurité américain à DEFCON 1, une guerre thermonucléaire globale contre le bloc de l’Est"...) c’est là une allusion explicite à des faits alors rendus publics et qui se sont effectivement déroulés en juin 1980 (ici, dans le monde réel : un court-circuit provoqué par une puce défectueuse provoque la mise en alerte des missiles ICBM du NORAD...). L’apocalypse à portée de puce, en somme.

    Pendant sa campagne de réélection (en août 1984...) contre le candidat démocrate W. Mondale, le président Ronald Reagan fait une énorme gaffe lors d’un essai de micro juste avant une conférence de presse : sur le ton de la plaisanterie (hum, hum...) il annonce le tir imminent des missiles nucléaires américains contre l’Union soviétique. Pas de bol, le micro fonctionne. Et tout le monde entend l’annonce présidentielle. Enorme scandale...

    Donc, moi, ce qui me gêne donc le plus dans l’article ci-dessus, c’est surtout que j’ai l’impression qu’il construit un passé "recomposé" à partir d’éléments qui ne seront en fait vraiment connus que bien plus postérieurement. Or, juger le passé avec des connaissances du présent (et sans vraiment reconstituer ni l’ambiance, ni restituer le contexte...), c’est l’un des plus gros péchés qui puissent être reprochés aux historiens : celui d’anachronisme.

    Cela dit, la guerre nucléaire, on a effectivement pu l’avoir en novembre 1983, au moment des manoeuvres militaires « Able Archer » de l’OTAN, si réalistes que les autorités militaires du Pacte de Varsovie ont alors crû qu’une première frappe nucléaire contre le bloc soviétique était imminente (bilan : les forces nucléaires soviétiques furent mises en état d’alerte, ainsi que leurs unités aériennes stationnées en République démocratique allemande et en Pologne...).

    Tout ça, on ne l’a effectivement appris que bien plus tard. Mais, rétrospectivement, ça fait froid dans le dos. (Et ça montre bien que - même au plus haut niveau - l’heure n’était vraiment pas à la grosse poilade...).

  • Le 5 mai 2008 à 15:44, par ? En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Ronan,

    je ne suis pas d’accord avec vous sur l’anachronisme. Je ne vous contredit pas sur le fait que l’URSS faisait peur du point de vue militaire. Mais économiquement tout le monde dans les années 80 savait qu’elle n’allait pas s’en sortir. La Perestroïka (les réformes) était emminente, mais non pas la chute de l’URSS. Quant à la guerre nucléaire, ouff, vous allez trop loin. Russians love their children too, comme disait Sting. Personne n’y croyait dans les milieux politiques. Puis, franchement, votre exemple sur le Boeing coréen est un peu hors sujet... Des tensions il y en avait, et alors ? Personne ne se preparait pour une guerre !!! Les occidentaux voulaient juste que l’URSS reconnaisse le crime(c’est ce qu’elle a fait d’ailleurs). Mais des exemples comme ça je peux vous en citer plein, même dans le monde d’aujourd’hui. Dans mon article il n’y a rien d’anachronique. La période brejnévienne est marquée par une stagnation économique que les soviétiques ressentaient,(à cette même époque les habitants des pays socialistes subissaient eux aussi les « conséquences » du communisme). Les gens sentaient que ça va mal... En même temps, tout le monde savait que l’URSS avait assez d’armes nucléaires pour détruire le monde entier(la Russie d’aujourd’hui peut aussi le faire, tout comme les USA, la France, La GB etc.). Il n’y a donc rien d’anachronique dans ce que je dis.

    En outre, =je n’ai jamais dit qu’on imaginait la chute de l’URSS, même en 1990 on ne l’imaginait pas. Quand en 1991 l’URSS s’est dissoute les citoyens soviétiques n’y croyaient pas ; c’était un grand choc pour tout le monde, même pour les occidentaux(bien que je pense que ç’était plutôt un soulagement).

  • Le 5 mai 2008 à 23:14, par Ronan En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    économiquement tout le monde dans les années 80 savait que l’URSS n’allait pas s’en sortir.

    Re : Non, non : je vous assure que voilà des considérations marginales réservées - peut-être, admettons - à une certaine élite. Et l’opinion publique occidentale (sans nul doute aveuglée par la propagande soviétique, c’est certain...) ne communie absolument pas dans celles-ci.

    Quant à la guerre nucléaire, ouff, vous allez trop loin. Russians love their children too, comme disait Sting. Personne n’y croyait dans les milieux politiques.

    Re : Alors là, non, non, non : Sting participe là à un discours pacifiste alors dominant en Occident précisément parce que la guerre nucléaire est particulièrement redoutée. Cela ne veut absolument pas dire qu’il ’’croit’’ que cette guerre n’aura pas lieu mais, bien au contraire, cela veut surtout dire qu’il la craint absolument et souhaite donc en conjurer l’horreur bien prévisible.

    Telle est la nature de son engagement à travers cette chanson : réfreiner les tendances occidentales hostiles aux soviétiques (car il y en a...) en publiant l’incroyable révélation que voilà : "soyez plus compatissants et plus sympas avec les soviétiques : car ils sont fondamentalement bons, eux aussi ; puisque, figurez-vous que ce sont des êtres humains eux aussi - des fois que vous en douteriez - et puisqu’ils ont eux aussi des gosses : tout comme vous...".

    Ce qui fait d’ailleurs un écho explicite - à la citation près - avec un célèbre discours tenu par le président JFK aux lendemains immédiats de la crise des missiles d’octobre 1962 (dans l’ambiance de peur et de soulagement mêlés que je vous laisse imaginer...) ; discours dans lequel le président américain théorisait alors la "coexistence pacifique" en expliquant à ses concitoyens américains qu’Occidentaux et Soviétiques étaient condamnés à essayer de vivre en bonne intelligence précisément parce qu’ils partageaient un certain nombre de point communs aisément identifiables, à savoir (de mémoire, mais pas forcément dans le bon ordre...) : nous aimons tous nos enfants, nous respirons tous le même air, nous vivons tous sur la même petite planète et nous sommes mortels.

    Et Sting, s’il dit - entre autres choses - que les soviétiques ont eux aussi des enfants (et ne songeraient donc guère à nous anéantir : soit par "sentiment humaniste effectivement partagé", soit parce qu’ils craindraient d’éventuelles représailles sur leurs enfants...), c’est précisément parce qu’il existe aussi - alors, en Occident - un discours militant extrémiste, anticommuniste viscéral et "maccarthyste" totalement assumé qui prétend alors exactement le contraire ! (genre : "absolument rien à foutre des soviétiques : femmes et enfants tous confondus").

    L’époque de Sting (sans nécessairement le ranger dans cette catégorie) c’est l’époque où, en Occident, certains - à l’extrême-gauche et dans certains milieux pacifistes - disent très clairement « plutôt rouges que morts », alternative très explicite. (Même si d’autres disent alors : « ni rouges, ni morts : libres »).

    votre exemple sur le Boeing coréen est un peu hors sujet.

    Pardon, mais je pense que vous n’avez pas vécu cette période et que vous en mésestimez (méconnaissez) l’ambiance générale de l’époque... Voilà le genre d’incidents qui ont bel et bien conduits le monde au bord du gouffre. Ou - en tout cas - ont alors été perçus comme tel dans l’opinion... (Peut être pas chez vous, mais en tout cas chez nous...).

    Suis d’autant plus sensible à ce genre de sujet que je suis fils d’un officier de marine, sous-marinier, ayant - alors - servi sur des unités porteuses de missiles à têtes nucléaires. Lequel allait régulièrement patrouiller (depuis lors, on peut le dire, il y a prescription...) juste en face des côtes soviétiques, admirées au périscope, du côté de Mourmansk et Polyarnyi... (cf. « Octobre rouge »). C’est vous dire les sujets de conversations abordés à la maison, lors des repas du dimanche midi (les trop rares weeks-end où il était de permission...).

    Alors, au risque de passer pour un "ancien combattant", je dirais que la perception (la méconnaissance ?!) (la manque de vécu ?!) de cette période par les ’’plus jeunes’’ générations a vraiment quelque chose de profondément déconcertant... (De la difficulté d’écrire l’histoire en passant par perte et profit les témoignages vécus...).

    Personne ne se preparait pour une guerre !!!

    D’où les folles dépenses et la course aux armements que l’on sait. (Logique...).

    Dans mon article il n’y a rien d’anachronique. La période brejnévienne est marquée par une stagnation économique que les soviétiques ressentaient,(à cette même époque les habitants des pays socialistes subissaient eux aussi les « conséquences » du communisme). Les gens sentaient que ça va mal…

    Certes, mais je maintiens qu’en Occident - alors - nous n’avions absolument pas d’informations claires à ce sujet (pas dans l’opinion publique, en tout cas) ; rien en tout cas qui permette d’en conclure à une faillite générale du système.

    Pour le "pékin moyen" qui forme alors l’opinion publique (je ne parle pas des dirigeants qui - à l’évidence - gardent ces informations pour eux...), déduire la faillite du peu d’information que nous avions à ce sujet reléverait davantage de l’acte de foi ou de l’intuition géniale que d’un raisonnement rationnel reposant sur des données objectives et librement disponibles pour tout un chacun.

    Nous savions alors parfaitement qu’il y avait alors de graves pénuries diverse et variées en URSS et dans les autres pays du bloc de l’Est (en papier toilette, en dentifrice, en savonettes et dans tout un tas de biens pourtant nécessaires au quotidien...) ; et que la population n’y bénéficiait pas des largesses de notre société de consommation*** ; mais de là à en déduire l’effondrement général du système, non : mille fois non.

    Le manque d’infos précises sur la situation exacte en URSS (et dans le reste du bloc) nous conduisait d’ailleurs sans doute à des approximations certaines (et à des sur-interprétations) sur la situation réelle qu’elle était effectivement vécue - là-bas - "sur le terrain". Entre la propagande systématiquement laudative émanant de Moscou (ou du Parti communiste français...) (propagande parfois relayée par des journaux dits "sérieux", comme... « le Monde » !!!) et le lynchage quasi-systématique émanant de la part de certains média français (genre « le Figaro », par exemple...), à ce jeu de "propagande contre propagande" il était en fait très difficile de faire le tri.

    Notre perception de la situation réelle en URSS n’était alors qu’un théatre d’ombres chinoises dont il était bien difficile de connaître les contours, voire l’exactitude. Faute de mieux, on se raccrochait alors à des oeuvres à contenus universitaire (genre « l’Empire éclaté » de Carrère d’Encausse, 1978), des témoignages critiques au contenu plus ou moins journalistique (genre « Rue du prolétaire rouge » de Nina et Jean Kéhayan, toujours 1978...) ou à des oeuvres de fiction plus ou moins réalistes (genre « Gorky Park », 1983 ; encore 1983...). Mais c’est à peu près tout. Car, sur un tel sujet, l’information n’était pas libre (euphémisme).

    L’équipe Reagan avait alors peut-être des infos claires sur le sujet. Ce qui l’a alors conduit à la politique d’ "asphyxie" que l’on sait (depuis) mais cette administration là s’est alors bien gardée de se répandre dans les médias pour exposer sa stratégie...

    *** : C’était alors l’époque des camions "associatifs" envoyés vers la Pologne. Des jeans’, du chewing-gum, des cigarettes et des disques quarante-cinq tours qu’on conseillait alors aux touristes occidentaux (jusque dans le mensuel « Géo ») d’emporter avec eux, lors de leurs voyages en URSS, pour "échanger" avec la "jeunesse"...

    Et juste vous raconter la stupeur des marins soviétiques, invités en escale à Cherbourg (alors municipalité communiste, là encore...) - port de guerre où mon père a été basé quelques temps (puisqu’alors - grande époque, aujourd’hui révolue, pour Cherbourg - la base navale, aujourd’hui fermée, y accueillait des sous-marins...) - quelque part à la fin des années 1970 (mais je serai aujourd’hui bien incapable de vous donner la date précise : du côté de 1977-1978, je pense...)

    Quand - escortés de leurs officiers politiques - ils ont découvert le nombre de voitures en ville (parait-il qu’ "on" - les guides communistes locaux ?! - leur avait raconté que toutes les voitures de Normandie avaient été réquisitionnées pour l’occasion, afin de parfaire une belle mise en scène de propagande...). Ou examinant, d’un oeuil suspicieux, les étals dans les supermarchés (où on en a même vu ouvrir les paquets pour vérifier s’il y avait bien des produits dedans... histoire de vérifier que l’Occident capitaliste "pourri" et "corrompu" ne leur mentait pas...).

  • Le 6 mai 2008 à 00:25, par Ronan En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Une petite citation, pour la bonne bouche :

    « En 1975, je suis allé en URSS, à Kharkov, à Kiev et ailleurs, j’ai retrouvé partout la même ferveur. Dans les écoles primaires, les lycées, j’ai rencontré la foi, l’enthousiasme qui avaient marqué l’école de la IIIe République (...). L’acquis est énorme. Surtout l’acquis économique (...). Les victoires technologiques soviétiques (...) ont été des victoires populaires, l’essor du pays a été prodigieux. »

    Qui a dit ça ?! : Fidel Castro ? Alexeï Stakhanov ? Georges Marchais ? Jean-Paul Sartre ? Yves Montand ? Henri Krasucki ?

    Non, non : c’est (in "Héritiers de l’avenir") Pierre Mauroy, premier ministre de la France entre 1981 et 1984 (sous la direction du président de la république François Mitterrand). C’est vous dire si - alors (calculs politiques et mauvaise foi mis à part...) - on est alors en pleine désinformation sinon en plein brouillard... (tout du moins pour certains de ceux qui l’écoutent...).

  • Le 2 juillet à 01:34, par Yelemou Yacouba En réponse à : La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

    Formidable

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