La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

, par François Vié, Nouvelles d’Europe

La crise de l'Euro pousse au fédéralisme
« Les mains liées », Picasso, 1952

Ecoutez la chronique européenne de François Vié !

La chronique européenne de François Vié

En quelques mois, la crise de l’Euro a obligé les Européens à plus de solidarité.

La Grèce, trop endettée, ne trouvait plus à se financer sur les marchés. La zone euro lui a fourni en 2010, 80 milliards d’Euro. Puis un fonds européen de stabilité financière de 440 milliards d’Euros a été créé. Mieux : lui succédera en 2013 un Mécanisme européen de stabilité financière de 500 milliards d’euros. Il pourra racheter la dette des pays européens directement auprès d’eux. La Banque centrale européenne a, elle aussi, changé ses règles d’intervention. La zone Euro a renforcé sa gouvernance en durcissant le Pacte de stabilité, en renforçant la coordination des politiques économiques et en adoptant des objectifs de réformes structurelles dans le cadre du « Pacte pour l’Euro plus ». L’Union a aussi adopté une série de réglementations des marchés financiers, des agences de notations, des marchés des produits dérivés.

Et ce n’était pas assez pour rassurer les marchés. L’été 2011 a vu un deuxième plan d’aide à la Grèce de 160 milliards, et de nouvelles possibilités d’intervention données au Fonds Européen de stabilité financière, pour prévenir les crises.

Ce sont des pas importants pour renforcer la zone euro, en dépit de l’Allemagne qui a depuis le début de la crise avancé à reculons dans la mise en place d’instruments de solidarité de la zone. Ce mouvement n’est pas achevé tant est évidente la nécessité de compléter l’Union monétaire, avec l’Euro, par une Union économique.

C’est ainsi que progressent les idées de la gestion en commun des dettes des Etats par une agence de la dette et par l’émission d’obligations européennes. La Commission européenne va proposer des emprunts européens pour financer les infrastructures. La création d’un « ministre des finances européen » est proposée par Jean-Claude Trichet. Une taxe sur les transactions financières est proposée par la gauche. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel veulent donner une direction politique à l’Euro.

La zone euro est ainsi, lentement, en train de s’unir plus étroitement. L’idée fédérale revient. François Hollande propose un « fédéralisme budgétaire et fiscal ». Le MEDEF se prononce pour « une forme de fédéralisme économique ». Un saut fédéral déterminant, défendu notamment par Jean-Claude Junker consisterait à communautariser la dette des Etats. Une autre nécessité est d’avoir un budget plus important qui permette la mise en œuvre de politiques économiques communes. Deux pays, notamment, s’opposent à ces deux avancées : l’Allemagne et la France.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont proposé un gouvernement économique de la zone Euro. Nicolas Sarkozy affirme volontiers défendre une « vision fédéraliste de l’Europe » Mais les propositions des deux dirigeants ne sont pas fédérales. Ils proposent tout au plus une coordination des Etats. Le « gouvernement économique » de Sarkozy consiste seulement à réunir périodiquement les dirigeants de la zone Euro.

Une simple coordination des Etats a montré son inefficacité avec la stratégie de Lisbonne depuis 2000. L’erreur se renouvelle avec les instruments économiques qui se mettent en place sur la zone euro : le Fonds européen de stabilité financière, le « pacte pour l’Euro plus » censé faire converger les économies, la gouvernance de la zone euro sont tous des dispositifs intergouvernementaux.

Un véritable fédéralisme consiste à déléguer à l’Union des compétences et à les gérer avec les institutions communautaires. Il est temps de retrouver le bon usage des institutions qui ont fait avancer l’Europe : la Commission pour piloter des politiques communes, le Parlement européen en co-décision avec le Conseil des ministres, pour instaurer une démocratie économique par-delà les frontières internes de l’Europe.

Le blog nouvellesdeurope.com rassemble les chroniques d’actualité européenne hebdomadaires de François Vié. Ces chroniques, de 3mn environ, sont diffusées sur une radio associative d’Arras et peuvent être écoutées sur le blog.

Vos commentaires

  • Le 18 septembre 2011 à 06:25, par Martina Latina En réponse à : La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

    Merci pour cet article et pour ses illustrations par les arts plastiques.

    Mais, précisément, le fédéralisme européen devrait être pour ainsi dire plastique, c’est-à-dire sculpté par une conscience européenne qui n’est malheureusement pas encore formée.

    Par son étymologie - qui est elle aussi grecque, la crise signifie l’occasion du choix, donc de la réflexion. Or, même d’après le mythe de l’enlèvement d’Eur-Ope, l’être individuel ou collectif portant ce nom a la vocation de la « Vaste-Vue » contre toute obscurité, peur ou menace, fût-elle immédiate et pressante. Notre actuel défi à relever est de faire naître l’imaginaire, l’inspiration et la démocratie permettant aux Européens d’avoir enfin conscience de leur destin millénaire et commun, qui est de vivre et de faire vivre une liberté solidaire.

  • Le 24 septembre 2011 à 13:28, par nicolas En réponse à : La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

    Il y a quelque chose de pathetique à voir les europeiste s’accrocher à leurs illusions de federalisme europeen. Je pense au contraire que ce federalisme n’aura jamais lieu parce qu’il serait anti-democratique et soummetrait un peu plus l’Europe à cette elite technocratique et financiere qui pretend regler les problemes qu’elle a causé. Le federalisme, les peuples n’en veulent pas mais les europeistes refusent de le voir et pretende appartennir à une petite elite « eclairée » qui guidera les peuples. La Grece va faire defaut et sortira de l’euro pour tenter de retablir sa competitivité. Les europeistes veulent mettre la grece sous tutelle pour les « sauver »...quelle grosse blague ! Vous montrez enfin votre vrai visage.

  • Le 25 septembre 2011 à 12:22, par Valéry En réponse à : La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

    Il y a quelque chose de pathetique à voir les nationalistes s’accrocher à leurs illusions de souveraineté nationale. Je pense au contraire que le nationalisme ne peut plus perdurer parce qu’il est anti-democratique et soumet l’Europe à cette élite technocratique et diplomatique qui prétend regler les problemes qu’elle a causé. Le nationalisme, les peuples n’en veulent plus mais les nationalistes refusent de le voir et pretende appartenir à une soi-disant élite « eclairée » qui pourtant s’efforce de maintenir les peuples dans le passé. La Grèce fait aprtie de l’Union et à ce titre mérite note solidarité. Les nationalistes veulent l’abandonner en espérant se sauver eux-même. Vous montrez enfin votre vrai visage.

  • Le 26 septembre 2011 à 02:56, par nicolas En réponse à : La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

    Pour les europeiste l’humanité est divisée en deux especes : les nazis et les partisans de l’euro. Les Suisses, les Britanniques et les Suedois appartiennent à la première espece. Aucune analyse économique ne peut etre mise en avant (surevaluation de la monnaie, depuis la politique du Franc fort jusqu’à l’euro qui est la cause de la desindustrialisation, de la perte de competitivité et, au final, de l’endettement des pays du sud -et de la France), les europeistes restent persuadé qu’ils sont dans le camps du bien. Il pourfendent tant qu’il peuvent les « méchants » qui contestent la hauteure de leur vue. Si les elites françaises ont voulus l’euro (jean-claude trichet and co), ou plutot si elles ont voulu priver l’allemagne de sont mark, c’est parce qu’elles ne voulaient pas voir l’allemagne devenir la plus grande puissance financiere du continent. C’est donc par pur chauvinisme que les créateur de l’euro ont agi...ça n’a rien a voir avec la paix et l’amour entre les peuples ! Les allemands l’ont compris depuis bien longtemps (il nous appelle souvent ironiquement la « grande nation »). Je me rappelle d’un commentaire d’un allemand dans le magazine The Economist qui disait que les Français avaient voulu l’euro « parce qu’ils voulaient briller ». Allez faire un tour régulierement dans la presse allemande et anglophone et vous pourrez voir que les allemands ne sont pas dupes. Lisez les analyses de charles Gave qui compare l’euro à la ligne Maginot (très éclairant). L’euro est une ineptie economique. Mais vous allez me dire que meme le prix nobel d’économie Paul Krugman est un imbecile qui n’a rien compris (ou alors c’est un nazi, ou un comploteur « anglo-saxon » contre l’euro). Meme Milton Friedman disait que l’euro ne survivrait pas à sa première crise (c’est dire). L’italie a un taux de croissance proche de seulement un pourcent depuis 10 ans, l’Espagne a vu gonflé une énorme bulle immobilière grace à des taux d’emprunt très bas et vous voulez maintenant mettre la grece « sous tutelle » (pour son bien biensur) mais, a part ça, l’euro est une formidable reussite... Pauvre europeiste, je vous plein, le retour à la realité va etre brutale. Continuez a vous bercer d’illusions, c’est pathétique.

  • Le 26 septembre 2011 à 14:36, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : La crise de l’Euro pousse au fédéralisme

    Merci pour votre commentaire toutefois le Godwin n’était pas nécessaire. Personne n’a évoqué avant vous les heures sombres de notre passé dans cet échange.

    J’observe simplement que les motivations des adversaires de l’euro ont été et restent essentiellement idéologiques. L’attachement à l’idée périmée d’État-nation souverain conduit à échafauder des thèses fumeuses comme la soi-disante zone monétaire optimale chère aux archéogaullistes dupontaignantistes. Comme si les États avaient définis leurs frontières en fonction de préoccupations monétaires. En voilà une ineptie économique.

    Le marché commun impliquait pour un meilleur fonctionnement une monnaie unique, mais la motivation essentielle de cette avancée a été le projet d’unir les Européens plus avant. Il est vrai qu’en 1992 certains leaders politiques ont agités l’argument de la puissance allemande, soit pour convaincre la partie la plus conservatrice de l’électorat, comme ce fut le cas à l’époque pour les dirigeants du RPR, soit pour tenter d’effrayer comme ce fut le cas du discours de nationalistes comme un Chévènement ou une M.-F. Garaud.

    L’euro est essentiellement un projet politique et ne peut changer que par des décisions politiques, que ce soit pour aller de l’avant en associant à la monnaie un gouvernement fédérale, comme nous l’avons ici toujours réclamés, ou pour régresser. Ce ne sont pas les marchés qui décident de la monnaie de notre pays ou de notre Union mais nos institutions politiques démocratiques.

    On constate surtout dans votre discours surtout que les nationalistes semblent se réjouir des difficultés économiques du moment puisqu’ils y voient une opportunité de ressortir leurs vieux fantasmes là où il me semblerait plus approprié de rechercher des solutions. En l’espèce une approche réactionnaire me semble peu susceptible d’améliorer la situation économique des Européens notamment de ceux dont les gouvernements ont fait preuve de légèreté dans la gestion des finances publiques. Il me semble plus juste, comme le souligne l’auteur de l’article, de rechercher ensemble des solutions à nos problèmes communs. Le fédéralisme est la seule méthode démocratique qui permettre de le faire.

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