La difficile diplomatie de l’UE envers le Bélarus

, par Horia-Victor Lefter

La difficile diplomatie de l'UE envers le Bélarus
Štefan Füle- Commissaire européen à l’élargissement et à la politique de voisinage Services audiovisuels du Parlement européen

Dans la confrontation entre l’ours et le loup, le Bélarus se voit depuis des années coincé au milieu. Si le choix, plus par contrainte que par volonté, semble pencher envers l’ours ; les évènements de décembre 2010, parmi d’autres, ont forcé le loup à revoir sa politique étrangère pour mieux répondre aux enjeux de son voisinage. Ainsi, dans un contexte caractérisé par une politique de voisinage et un partenariat oriental victimes des dissensions entre les différents Etats membres, l’UE est appelée de toutes parts à réagir d’avantage vis-à-vis du Bélarus.

Dans le pays, la situation non seulement se dégrade depuis la première élection de Loukachenka en 1994, mais elle s’est sensiblement empirée lors de la dernière. Dans un discours récent, Hillary Clinton résumait l’année qui vient de s’écouler, affirmant que « cela a été une année brutalement difficile pour le peuple du Bélarus. Nous savons que chaque jour une nouvelle arrestation ou une nouvelle loi restrictive ou, encore, un nouvel harcèlement de la société civile ou des médias y a lieu ». En outre, l’environnement social semble-t-il y être réticent à l’UE et les autorités sont les seules des six pays partenaires, à ne pas avoir exprimé de volonté d’adhésion.

Dans de telles conditions, si l’UE veut réellement être à la hauteur de ses intentions déclarées, les spécialistes, ainsi que d’autres acteurs de la société civile, affirment l’impérativité d’agir en conséquence. Entre propositions et propres projets, l’UE doit, par l’intermède d’actions concrètes, taillées sur mesure du défi biélorussien, envoyer un message fort de soutien et d’espoir.

Des relations régionales fragilisées par des évènements problématiques

Plus que dans les autres pays membres du Partenariat oriental, l’UE rencontre une difficulté particulière à établir des relations avec le Bélarus à cause, d’une part, de sa conditionnalité (demandant notamment la libération des prisonniers politiques) et, d’autre part, de la présence croissante de la Russie, ainsi que de la nature autoritaire du régime biélorussien. Si l’UE a accepté, en dépit des réticences de certains Etats membres devant le régime loukachenkiste, d’intégrer le Bélarus au Partenariat oriental, créé en 2009, c’est en partie pour éviter que la Russie l’accapare d’avantage.

Ainsi, la longue absence de contact entre les deux parties (UE, Bélarus), aujourd’hui facilitée par la présence d’un ambassadeur de l’UE à Minsk , empêche à ce qu’une forte connexion se développe. Faire l’état des lieux ne donne pas une image optimiste. L’Accord de Partenariat et de Coopération n’a jamais été ratifié, ce qui n’a pas permis au Bélarus de réjouir de l’ensemble des avantages de la Politique européenne de voisinage. La tentative de signer un Plan Provisoire Conjoint a été suspendue après les événements suivants l’élection présidentielle de décembre 2010. Enfin, le Bélarus ne participe que partiellement au Partenariat Oriental, accusant souvent l’UE de chantage et de discrimination. Le plus récent des épisodes de la relation de châtiment entre l’UE et le Bélarus a eu lieu fin septembre quand pendant trois jours le Bélarus était supposé d’avoir quitté le Partenariat Oriental .

Début octobre, Martynov, le Ministre biélorussien aux Affaires étrangères, rassurait que son pays en était toujours membre . Il a justifié l’absence de représentation au Sommet organisé à Varsovie, du fait d’avoir été invité seulement au niveau ministériel et non pas de chef d’Etat comme ce fut le cas pour les autres pays.

En outre, l’action de l’UE n’est guère facilitée par une politique à double niveau, bilatéral et multilatéral . Il en est ainsi des tractations entre la Pologne et l’Allemagne pour que cette dernière accepte que le Bélarus soit invité au Sommet du Partenariat Oriental de septembre dernier. Le conflit entre l’Allemagne et la Lituanie, ainsi qu’entre la Lituanie et la Pologne au sujet des sanctions à adopter contre le Bélarus pour la violation massive des droits humains et des règles démocratiques, en est un autre exemple édifiant. Toutes ces dissensions empêchent l’UE d’avancer dans ses relations avec le Bélarus, d’autant plus qu’elles sont le résultat d’intérêts nationaux.

Peut-être que l’un des seuls moments où les deux ont convergé, correspond à la période préélectorale de 2010, quand l’UE et des Etats comme la Pologne avait fait de grandes promesses si le processus électoral allait être transparent et en conformité avec les critères de l’OSCE. Grande déception, car non seulement les élections ont été parsemées de violations à des principes démocratiques, mais les protestations qui ont suivi l’élection et le rassemblement qui en fêtait l’anniversaire d’un an , ont été âprement punies.

Néanmoins, ces mêmes Etats arrivent à mettre en place des projets envers la société civile biélorussiennes, dont la décision polonaise et lituanienne de suspendre les frais de visa national après les évènements de décembre dernier. Les accords de facilitation de passage de la frontière dans le cadre des euro-régions ont été également ratifiés entre le Bélarus et la Lituanie , ainsi qu’avec la Lettonie. Si ces mêmes pays portent, en principe, la cause du Bélarus auprès de l’UE, ils se sont récemment rendus coupables de gestes qui ne pouvaient que les mettre dans une mauvaise lumière. En l’occurrence il s’agit de l’affaire Bialiatski où des hauts fonctionnaires polonais et lituaniens auraient fourni aux autorités biélorussiennes des données bancaires leur permettant de le condamner à quatre ans et demi de prison pour fraude. Il s’agit aussi de la brève arrestation à Varsovie de l’ancien candidat à l’élection de 2010, Ales Mihalevich.

La situation au Bélarus a imposé à l’UE, ainsi qu’aux Etats membres, d’adopter une approche multidimensionnelle, fondée sur deux lignes directrices. D’une part, l’UE a décidé de montrer une attitude dure vis-à-vis des autorités, à cause du régime répressif actuel. C’est dans ce sens que la décision du 16 décembre, dernière en date, amène le nombre de personnes non grata à 210 et réitère le blocage des avoirs de trois entités liées au régime, ainsi que l’interdiction d’exporter envers le Bélarus des armes qui pourraient être utilisés par les autorités à la répression.

Cependant, l’UE maintien un double pied à terre et utilise l’expertise de l’OSCE. D’autre part, c’est une politique d’engagement avec tous ceux au Bélarus qui sont en faveur des réformes et de la modernisation vers la démocratie. Selon un sondage récent, si 20% de la population biélorussiennes est en faveur de l’opposition, 60% ne penchent pour aucun des deux camps. Et c’est à cette partie de la société, que l’UE devrait transmettre un message fort des valeurs humanistes car, comme le Commissaire Füle le dit, le choix de l’avenir n’appartient pas aux autorités, mais aux biélorussiens eux-mêmes. Il reste à trouver le bon moyen pour l’UE d’agir, qui lui est en principe facilité par le traité de Lisbonne. En attendant, les déclarations se multiplient.

Consensus sur l’adoption d’une approche individualisée

De nature contradictoire et inconsistante, la politique européenne vis-à-vis du Bélarus a failli, quel que soit le cadre, prendre la forme appropriée au contexte. Que ce soit à cause d’une incertitude quant au but à atteindre par l’UE ou le désaccord entre les différents acteurs il est certain que l’Union procède depuis quelques mois à une réflexion de remise en cause de toute sa politique. Ainsi, au nom de l’Union, Stefan Füle affirmait récemment l’intention de maintenir « le dialogue technique et la coopération avec les autorités seulement dans les domaines où retirer le soutient aurait un impact (négatif) sur le peuple, au lieu du régime ». A titre d’exemple, un domaine qui entre dans cette stratégie du fait qu’il soit peu sensible en ne touchant pas à la nature même du régime et, par conséquent, en ne mettant pas en cause l’engagement européen au regard des droits humains, c’est celui de la gestion forestière.

Dans ce sens, l’avis de renforcer la coopération non politique est largement partagé, au détriment de l’extension des sanctions ciblées. Depuis un certain temps, et chaque forum sur le sujet le rappelle, il est recommandé de collaborer avec la société civile, éliminer les visas, développer l’assistance technique dans l’accomplissement des réformes. En parallèle, il est affirmé la nécessité d’une stratégie de communication afin d’informer la population et en attirer l’attention sur la situation et les bénéfices du choix européen.

De manière plus concrète, le dernier document en date émis par l’UE tout en mettant l’accent sur l’impérativité de renforcer la Politique européenne de voisinage et, ainsi, le Partenariat Oriental, propose la poursuite de la démocratisation et la coopération dans le domaine rural, de l’éducation et de l’innovation, parmi les principales mesures. Et si, au-delà de l’appellation générique de partenaires orientaux, l’Ukraine et la Moldavie sont mentionnées de manière récurrente, notamment dans le domaine des visas et de l’énergie, le Bélarus, lui, est seulement mentionné dans la coopération douanière et de la contrebande. Texte pragmatique preuve d’impuissance ou juste un autre signe d’ignorance, la question persiste à savoir quand l’UE fera plus que pousser des gueulantes.

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