« La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

, par Le Bureau national des Jeunes Européens - France

« La réforme institutionnelle de l'Europe n'est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve
Le Ministre Bernard Cazeneuve aux 20ans des Jeunes Européens - France

BN des JE-France : Monsieur le Ministre, vous nous avez rendu visite le 12 octobre pour les 20 ans des Jeunes Européens-France, association qui œuvre pour expliquer l’Europe aux plus jeunes à travers ses programmes « Europe à l’école » ou « Eurodéputé à l’école » et promouvoir l’idée d’intégration européenne. Quel est aujourd’hui pour vous le rôle de la société civile et en particulier des associations de jeunes dans la construction européenne ? Comment l’Etat peut-il les aider dans leurs missions ? 

Bernard Cazeneuve : Je voudrais tout d’abord vous remercier de m’accueillir dans vos colonnes et saluer votre action de sensibilisation aux enjeux européens, notamment auprès de ceux qui se sentent éloignés des débats sur l’Union européenne. La mobilisation de mouvements tels que le vôtre est essentielle pour faire œuvre de pédagogie et favoriser l’adhésion des peuples d’Europe, à un moment où les effets dévastateurs de la crise économique et financière peuvent engendrer des tentations de replis identitaires ou nationaux. Les Français doivent se sentir impliqués dans l’élaboration des politiques européennes. L’Europe est présente dans leur quotidien. Ils auront rendez-vous avec elle, notamment dans la perspective des élections européennes de 2014, auxquelles je souhaite qu’ils participent en nombre. Au-delà de ces échéances électorales et de ces enjeux citoyens, il me parait important d’impliquer, dans la réflexion sur l’avenir de l’Union européenne, les associations européennes, les think tanks et les associations engagées dans le débat européen. Je m’y emploie dans le cadre du mandat qui m’a été confié.

BN des JE-France : Vous étiez présent aux côtés du Président de la République à Ludwigsburg pour les célébrations du 50e anniversaire du discours du Général de Gaulle et de l’amitié franco-allemande. Les Jeunes Européens-France soutiennent évidemment cette relation privilégiée mais souhaiteraient voir émerger un leadership plus européen et moins franco-allemand. Quelle est selon vous la place du couple franco-allemand dans une Union qui comptera bientôt 28 Etats membres ?

Bernard Cazeneuve : Vous avez parfaitement raison de soulever cette question. La relation franco-allemande a été et demeure un point d’ancrage essentiel de la construction européenne, pour des raisons qui tiennent à l’histoire de notre continent et à l’engagement de la France et de l’Allemagne en Europe. La réconciliation amorcée entre la France et l’Allemagne dans l’après-guerre s’est muée en une relation privilégiée, qui n’a pas d’égal.

Dans le cadre de cette relation, les Français et les Allemands dialoguent ouvertement. Les points de vue parfois divergents débouchent sur des compromis qui font avancer la construction européenne. Les deux gouvernements se rencontrent très régulièrement. Je suis moi-même en contact permanent avec mon homologue Michael Link, que j’ai rencontré à de nombreuses reprises, en Allemagne et en France, au cours des six derniers mois.

La relation franco-allemande est une relation singulière, unique. Mais elle n’est pas exclusive. Nous entretenons des relations dynamiques avec l’ensemble de nos partenaires. L’Europe que nous souhaitons se construit à 27, bientôt 28. A cet égard, le Sommet européen des 28 et 29 juin derniers, premier sommet de François Hollande, a permis de voir la contribution importante de partenaires comme l’Italie ou l’Espagne, à l’élaboration du Pacte pour la Croissance et l’Emploi, auquel la France était particulièrement attachée. Dans le rôle qui m’incombe aujourd’hui, j’accorde une grande importance aux relations de la France avec l’ensemble de ses partenaires de l’Union européenne, à travers des rencontres bilatérales avec des pays qui ont parfois pu être négligés dans le passé.

BN des JE-France : Les Jeunes Européens-France en tant qu’association fédéraliste défendent l’idée d’une sortie de crise par une réforme institutionnelle de grande ampleur et rapide. Cette réforme irait bien entendu de pair avec un travail constant d’explication et de sensibilisation des citoyens. Les dirigeants européens sont cependant divisés sur le sujet et en particulier la France et l’Allemagne. Pouvez-vous nous expliquer votre position et vos propositions pour sortir l’Europe de l’impasse ?

Bernard Cazeneuve : A votre impatience, que je comprends, je répondrai que la réforme institutionnelle n’est pas un tabou, mais qu’elle n’est pas non plus un préalable. Il faut sortir de cette vision erronée d’une France qui refuserait l’intégration alors que l’Allemagne la souhaiterait. La France veut poursuivre l’intégration. La réorientation de la politique européenne, voulue par le Président de la République, s’inscrit résolument en faveur d’une plus grande intégration des Etats membres, dès lors que celle-ci permet de renforcer la solidarité. Ces deux mouvements doivent être concomitants si l’on veut gagner l’adhésion des peuples. C’est tout le sens de « l’intégration solidaire ». La France est prête à une plus grande intégration politique, mais celle-ci doit reposer sur un projet pour l’avenir de l’UE, faute de quoi les peuples s’en détourneront. Mais aujourd’hui, la priorité est de répondre aux urgences auxquelles les peuples européens se trouvent confrontés, et d’utiliser pour cela, sans attendre, tous les outils à notre disposition.

BN des JE-France : Le « Groupe du futur de l’Europe », a rendu ses conclusions il y a quelques mois. Parmi elles figurent des mesures que les Jeunes Européens défendent depuis des années et notamment l’élection au suffrage universel direct du Président de la Commission européenne ou la transformation de la Commission en un gouvernement responsable devant une chambre bicamérale composée du Parlement européen et d’une chambre des Etats. Ces conclusions peuvent-elles être les lignes directrices de la politique européenne de la France jusque 2017 ?

Bernard Cazeneuve : Le document que vous mentionnez est issu des travaux du « groupe informel sur l’avenir de l’Union européenne », lancés au début de l’année à l’initiative de M. Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, et auxquels le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et moi-même avons participé. Ce groupe a fourni un important travail et ses réunions ont donné lieu à des échanges de qualité.

Les propositions que vous citez sont des hypothèses de travail qui peuvent aiguillonner la réflexion. Je note qu’elles supposent une révision des traités. Nous devons examiner les questions qu’elles soulèvent, en ayant le souci du bon fonctionnement des institutions et de la capacité, pour les citoyens, de se les approprier. Or, les difficultés que traverse actuellement l’Union européenne imposent de répondre d’abord à l’urgence de la crise et de donner un nouveau souffle au projet européen, au contenu des politiques européennes, afin de restaurer la confiance dans la construction européenne.

En ce qui concerne l’approfondissement du fonctionnement démocratique des institutions européennes, nous prouverons notre engagement dès les prochaines élections européennes. Nous devons européaniser ces élections. En particulier, les grandes forces politiques doivent définir leur programme au niveau européen, et, pourquoi pas, désigner ceux qui seront chargés de le promouvoir.

Vos commentaires

  • Le 5 décembre 2012 à 09:33, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    la réforme institutionnelle n’est pas un tabou, mais qu’elle n’est pas non plus un préalable.

    Une reformulation polie de son point de vue largement exprimé partout ailleurs selon lequel ce n’est vraiment pas prioritaire. Comme la plupart des membres de l’establishment politique français, notre gouvernement défend une vision purement intergouvernementale relevant du corporatisme (le pouvoir aux gouvernements nationaux exclusivement) sous prétexte d’un pragmatisme qui déguise une forme de nationalisme soft.

    Fort heureusement, et depuis longtemps c’est ce même pragmatisme qui fait avancer l’Union européenne, les réformes institutionnelles — c’est à dire la démocratisation de l’Union européenne et donc un début de fédéralisme — accompagnant le processus qui ne serait pas sans cela acceptable par tout nos partenaires.

  • Le 5 décembre 2012 à 09:36, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    les grandes forces politiques doivent définir leur programme au niveau européen, et, pourquoi pas, désigner ceux qui seront chargés de le promouvoir.

    J’adore ce « pourquoi pas » alors que son propre parti, le PSE, est déjà largement engagé dans cette voie : Le Parti Socialiste européen organisera des primaires pour les élections de 2014

  • Le 5 décembre 2012 à 09:54, par Fabien Cazenave En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    T’es un peu dur Vxl, son propre parti européen est pour comme tu dis, mais on sait très bien que le président de la France est souvent plus prudent une fois arrivé au pouvoir... Donc ça c’est une très bonne avancée pour nous de savoir qu’au Conseil européen, un des gros pays soutiendra cette initiative. Aux partis politiques européens de saisir l’occasion !

  • Le 5 décembre 2012 à 10:37, par Emmanuel En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    parfaitement d’accord avec VXL. conservatisme, corporatisme, intergouvernementalisme : telle est, une fois de plus, la marque de fabrique du gouvernement français derrières les pétitions de principe

  • Le 5 décembre 2012 à 12:14, par Ronan En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    « La réforme n’est plus un tabou ».

    Ouf alors, parce que l’espace d’un instant furtif, j’avais presque crû que si...

    Bon, ben tant mieux alors.

    Parce que là, depuis le référendum de 2005 (sans parler du ’’pétard mouillé’’ extrêmement décevant de « Lisbonne »...) ça fait tout de même déjà une bonne petite dizaine d’années (et oui, comme le temps passe vite...) que, pardonnez mon impatience, nous tournons autour du pot sans jamais aboutir à grand chose de bien consistant.

    Bilan : dix ans de stagnation institutionnelle, voir de reculs démocratiques (et de désamour croissant avec nos opinions publiques...). Pardonnez mon impatience, donc.

  • Le 5 décembre 2012 à 22:06, par Magali En réponse à : « La réforme institutionnelle de l’Europe n’est pas un tabou » pour Bernard Cazeneuve

    « Les Français doivent se sentir impliqués dans l’élaboration des politiques européennes. »

    Se sentir seulement hein. Le sentiment d’implication au lieu de l’implication effective. Bravo.

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