Biélorussie

Lauréat 2006 du Prix sakharov : Alexandre Milinkevitch !

Pour la défense de la Liberté dans la dernière dictature d’Europe

, par Fabien Cazenave

Lauréat 2006 du Prix sakharov : Alexandre Milinkevitch !

Il y a à peine plus d’une semaine - le jeudi 26 octobre 2006 - le Parlement européen décidait de décerner son « Prix sakharov pour la liberté de l’esprit » à Aleksander Milinkevitch, actuel chef de file de l’opposition démocrate en Biélorussie.

Aujourd’hui, la Biélorussie (ancienne république soviétique...) est en effet le dernier pays européen à ne toujours pas être membre du Conseil de l’Europe.

Lequel Conseil de l’Europe juge que les pratiques politiques de l’actuel régime biélorusse ne sont effectivement respectueuses ni de la démocratie, ni des droits de l’homme.

C’est pourquoi, en décernant son prix Sakharov à Alexandre Milinkevitch, le Parlement européen renouvelle son soutien aux défenseurs de la Liberté.

Le Prix 2006 pour la Biélorussie

Le 25 septembre dernier, les membres des commissions parlementaires "Affaires étrangères" et "Développement" du Parlement européen avaient choisi trois nominés pour le Prix Sakharov 2006 :

Un prix récompensant des individus ou des organisations défendant la liberté d’expression, quelles que soient leurnationalité ou quel que soit leur lieu de résidence.

Les trois nominés étaient alors, par ordre alphabétique : "Ceux qui luttent pour les otages en Colombie" (représentés par Ingrid Betancourt et la Fondation Pais Libre) ; Alexandre Milinkevich, chef de l’opposition démocrate biélorusse (ex-candidat à l’élection présidentielle, emprisonné quinze jours durant pour avoir participé à une réunion non autorisée à Minsk...) ; et Ghassan Tueni : journaliste et diplomate libanais, nominé en la mémoire des nombreuses personnalités libanaises assassinées ces dernières années (i. e : Rafik Hariri, Bassel Fleihan, Samir Kassir, George Hawi et Gebrane Tueni, etc.).

La « Conférence des présidents » - qui réunit le Président du Parlement européen (Josep Borrell) et les chefs de file des différents groupes politiques - a donc désigné, ce 26 octobre dernier, le lauréat du Prix Sakharov 2006. Il s’agit là d’Alexandre Milinkievitch.

De ce fait, le Parlement européen a ainsi reconnu la « révolution du jean » (de mars 2006), laquelle se voulait être une réplique de la « révolution orange » ukrainienne (d’octobre-novembre 2004) et de la « révolution de la rose » géorgienne (de novembre 2003). Elle a - certes - échoué mais son but initial proclamé (i. e : éliminer cette peur de la répression qui mine aujourd’hui le citoyen biélorusse opprimé...) a - lui - été atteint.

Une nouveau soutien à la liberté en Biélorussie

Déjà en février dernier, le candidat à la présidentielle biélorusse avait été accueilli dans l’enceinte du Parlement européen. A cette époque, la répression faisait déjà rage en Biélorussie contre les opposants : meetings interdits, menaces présidentielles via la télévision, incarcérations de citoyens voire d’observateurs internationaux (comme ce fut le cas pour un représentant danois des « Jeunes Européens Fédéralistes », entre autres...) [1].

Cet ancien universitaire qu’est Aleksander Milinkievitch avait alors été désigné par l’opposition démocrate biélorusse comme candidat aux élections présidentielles de mars 2006, face au président sortant : le dictateur Alexandre Loukachenko.

Au final, les résultats avaient crédité M. Loukachenko de près de 83 % des suffrages (contre seulement 6 % à M. Milinkevitch), lors d’un scrutin cependant entaché de très nombreuses irrégularités. L’opposant ayant même été emprisonné pendant quinze jours pour avoir participé, à Minsk, à une réunion publique non autorisée. Quoi qu’il en soit ce scrutin aura néanmoins été l’occasion de premières manifestations publiques contre le régime biélorusse actuel.

Ce prix donné à M. Aleksander Milinkievitch est donc - en quelque sorte - une juste récompense du courage du peuple biélorusse. Un signal envoyé aux opposants biélorusses, en tout cas similaire à celui que l’Union européenne leur avait déjà envoyé il y a deux ans déjà : en attribuant alors le Prix sakharov 2004 à l’ « Association biélorusse des journalistes ». Et juste rappeler qu’à l’issue du scrutin présidentiel du printemps dernier (et face au durcissement du régime...), l’UE avait alors maintenu - voire élargi - interdit l’entrée sur son territoire à une quarantaine de personnalités politiques biélorusses (dont le président Loukachenko).

L’Union européenne comme espoir de liberté pour les Biélorusses

Quant à Aleksander Milinkevitch, à l’annonce de son prix, il a réagit en ces termes : « C’est un bonheur et un honneur pour moi. Mais je ne le considère pas comme un prix personnel. C’est un prix décerné aux milliers de gens qui ont montré, particulièrement ce printemps leur courage et le désir de lutter pour leur dignité ». De même, il a annoncé qu’il dépenserait les 50.000 euros de récompense pour soutenir ceux d’entre ses concitoyens qui « ont été victimes de répressions » politiques dans cette ancienne république soviétique.

Ainsi, l’Europe symbolise pour les Biélorusses un idéal de démocratie et de liberté. N’oublions pas cela, nous qui sommes du ’’bon’’ côté de la ’’frontière’’. Même si nous nous devons de toujours demander plus de démocratie dans les institutions de l’Union européenne, nous devons néamoins nous féliciter que la liberté individuelle soit inscrite au coeur des traités qui en sont la clef de voûte. Et cela alors même qu’aujourd’hui, l’actuel Président-dictateur de la Biélorussie - lui - souhaiterait renforcer par un acte constitutionnel ’’biélorusso-russe’’ le rapprochement entre son pays et son grand voisin.

Que cela soit en Ukraine ou en Biélorusse, l’Union européenne symbolise donc la liberté. Et le Prix Sakharov en est le symbole vivant.

Ce pourquoi, nous tenons aujourd’hui à féliciter le Parlement européen d’avoir choisi - 18 ans après Nelson Mandela - d’honorer ainsi Aleksander Milinkevitch : un symbole politique de résistance pacifique face à l’oppression, face à la répression, face à l’arbitraire. Et ce, malgré les menaces, malgré les violences, malgré l’emprisonnement.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article (i. e : un portrait d’Aleksander Milinkevitch, Lauréat du « Prix sakharov 2006 ») a été tiré du site internet du Parlement européen.

Notes

[1Cf. à ce sujet notre article publié à cette occasion.

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