Balkans

Le Kosovo en route vers l’Europe

Bâtir une société civile, construire un Etat démocratique

, par Traduit par Emmanuel Vallens, Armend Muja

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Le Kosovo en route vers l'Europe

Confronté aux incertitudes de son statut définitif et à la double crise du déclin économique et de l’instabilité politique, les institutions provisoires du Kosovo, bien qu’elles reconnaissent la validité des critères de Copenhague, ne disposent pas de la capacité à soutenir ces processus.

La création d’un environnement institutionnel favorable au développement économique et à une croissance durable, ainsi que le respect des principes établis au Sommet de Thessalonique de 2003, exigent du Kosovo qu’il consolide ses capacités administratives et gouvernementales.

En d’autres termes, la clé de la prospérité démocratique et du développement économique réside dans la capacité du gouvernement à construire une bonne gouvernance.

Maintenant qu’ont été mises en oeuvre les valeurs démocratiques fondamentales par l’organisation d’élections libres, de la représentation proportionnelle, etc, les citoyens du Kosovo devraient prendre conscience des autres traits de ces valeurs démocratiques fondamentales, telles que la réactivité gouvernementale, l’efficacité, la responsabilité et la promotion d’un développement économique durable.

Ces valeurs sont d’une importance cruciale pour assurer le bien-être global de la population. Pour que la bonne gouvernance devienne une réalité au Kosovo, l’attention ne doit pas seulement se porter sur les institutions étatiques. Le développement de la société civile, un engagement citoyen accru, une société fondée sur l’Etat de droit et une bonne gouvernance constituent les objectifs de toute démarche de réduction de la pauvreté et des éléments fondamentaux pour tout solide développement économique, social et politique.

Vers le développement d’une société civile démocratique au Kosovo

Au Kosovo, la société civile est perçue comme une assise et une solution éventuelle pour le développement futur du pays. C’est donc vers l’espace public que l’attention devrait se tourner, là où interagissent le gouvernement et la société et où les acteurs en présence doivent pouvoir (et pouvoir espérer) influencer les décisions. Or, l’espace public kosovar n’est pas correctement structuré et laisse donc le champ libre à d’autres formes d’organisation sociale : clientélisme, néo-patrimonialisation, institutions informelles.

L’approche actuelle, adoptée par les donateurs, les institutions publiques et la société civile, est nécessaire mais elle pourrait se révéler insuffisante à résoudre les déficiences de gouvernance. Beaucoup a déjà été accompli pour établir au Kosovo des autorités gouvernementales opérationnelles dans de nombreux services publics.

En revanche, le transfert de nouveaux pouvoirs de l’UNMIK au Gouvernement Provisoire du Kosovo pourrait s’accompagner d’une intensification des problèmes de corruption. A cet égard, il est vital d’éduquer les citoyens et de les informer de leurs droits et des devoirs du gouvernement, et d’encourager leur participation active pour conserver des institutions responsables et prévenir d’autres abus.

Les organisations de la société civile, les médias et le monde économique ont un rôle très important à jouer dans ces initiatives. Les médias et les entreprises devraient plus s’engager pour contenir les tendances négatives en menant des actions efficaces contre la corruption, l’insécurité et la manque de professionnalisme et en devenant ainsi des partenaires proactifs dans les campagnes menées contre la mauvaise gestion.

Quelle perspective européenne pour le Kosovo ?

L’Union européenne n’a pas abandonné le Kosovo en offrant un partenariat européen aux pays des Balkans occidentaux. Elle a au contraire laissé ouverte une perspective européenne au Kosovo, espoir crucial pour que s’y étendent les principes européens fondamentaux que sont la liberté, la sécurité et la justice et pour guider la région vers un développement écononomique durable.

Néanmoins, ainsi que l’a noté le Commissaire européen à l’élargissement Olli Rehn, l’euroscepticisme et les hésitations quant à la perspective européenne de la région risquent d’attiser le radicalisme et pourrait finalement avoir d’amères conséquences. En menant ses réformes conformément aux attentes de l’UE, le Kosovo élabore une stratégie de long terme.

Une telle approche est offerte par le « Processus de Stabilisation et d’Association » (PSA), pierre angulaire de la politique de l’Union à l’égard des Balkans occidentaux. Le PSA offre un partenariat progressif et à multiples facettes, afin d’encourager la stabilité et la coopération dans la région, tout en facilitant une association plus étroite avec l’Union européenne. C’est là une chance unique pour que les Kosovars réalisent leurs désirs d’une société meilleure et d’un avenir qui sourisse aux générations à venir.

Jamais les pays des Balkans occidentaux n’ont été aussi économiquement et politiquement liés, et le renforcement des instruments de préadhésion revigoreraient la paix et la stabilité et mèneraient la région là où est sa place : au sein de la famille européenne.

Le Kosovo, toutefois, n’est pas seulement européen par la géographie, mais également car son avenir politique et économique est étroitement lié à celui de l’Union européenne. Pour le Kosovo, le chemin ne mène donc pas seulement à l’Europe, mais bien à ses institutions.

(Document traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du bureau national des « Jeunes Européens - France »).

- lllustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie du bâtiment du Gouvernement autonome du Kosovo (Sources : encyclopédie en ligne wikipédia).

Vos commentaires

  • Le 27 juillet 2006 à 08:03, par Ronan Blaise En réponse à : Kosovo : Indépendance ou autonomie ?

    Ce lundi 24 juillet, sept ans après la fin de la guerre du Kosovo (en 1999) reprenaient à Vienne (sous l’auspice de l’ONU et sous l’arbitrage de l’ancien président finlandais -et négociateur onusien- Martti Ahtisaari) les négociations sur l’avenir et le statut futur du Kosovo, province serbe majoritairement peuplée d’albanais et aujourd’hui sous protectorat onusien international.

    Parties prenantes à ces négociations de Vienne : les autorités serbes de Belgrade (i. e : le Pdt Boris Tadic et le PM Vojislav Kostunica) et leurs homologues de Pristina (i. e : le Pdt Fatmir Sejdjiu et son PM Agim Ceku). Lesquels ont visiblement très fermement campé sur leurs positions, refusant même de se serrer la main, nous dit-on : leurs positions sur l’avenir du Kosovo restant décidément inconciliables.

    En effet, Belgrade accepte tout sauf l’indépendance (et se prononce pour l’octroi d’une ’’autonomie substantielle’’ à cette province qu’elle considère comme le berceau historique du peuple serbe : le Kosovo-Métochie) tandis que les Albanais du Kosovo (aujourd’hui 90% de la population de la province) n’acceptent rien d’autre que l’indépendance...

    A ce titre, les déclarations des uns et des autres sont éloquentes : « La Serbie n’acceptera pas qu’un autre Etat soit créé à partir de 15% de son territoire » estimait ainsi le PM serbe Vojislav Kostunica, s’appuyant sur la résolution 1244 de l’ONU garantissant l’intégrité territoriale de la Serbie. Le Président serbe Boris Tadic affirmant : « Nous sommes prêts à donner au Kosovo une autonomie très large mais pas à renoncer à notre souveraineté ».

    Ce à quoi Veton Surroi (l’un des délégués kosovars, répondait : « Nous avons attentivement écouté ce que (les Serbes) avaient à nous dire mais tout ce qu’ils nous proposent (les Serbes), en fin de compte, c’est de nous diriger. Notre avis est que nous devrions nous diriger nous-mêmes ». Propos confirmés par Hashim Thaqi, un autre délégué kosovar : « Dans le futur, nous pourrions être de très bons voisins, mais nous ne pouvons pas vivre ensemble sous le même toît. »

    Bref, à l’heure actuelle des discussions, les Kosovars exigent l’indépendance. Ce que la Serbie refuse catégoriquement. Les discussions entre les deux parties reprendront lors de la deuxième quinzaine de septembre prochain, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. En tout état de cause, la communauté internationale (qui a déployé près de 20 000 hommes de l’OTAN dans la région pour le maintien de la paix...) souhaite qu’un règlement à cette question du Kosovo soit trouvé avant la fin de l’année...

    - Sources : Dépêches AFP, « Libération » et « Figaro » du mardi 25 juillet 2006.

  • Le 5 août 2006 à 09:43, par Valery En réponse à : Le Kosovo en route vers l’Europe

    Cet article est également paru et commenté sur le site Agoravox.

  • Le 12 septembre 2006 à 12:33, par sabina suljovic En réponse à : Kosovo : Indépendance ou autonomie ?

    La définition réelle du statut du kosovo en cette fin d’année me paraîtrait être juste si seulement on prend en compte le passé de cette région et ses frontières avant qu’elle ne soit cédée à la serbie en 1913 après le fameux traité de Londres. J’ai l’impression que jusqu’à présent, cette définition n’a été que subjective en raison de l’intérpétation qu’on lui donne selon que l’on est serbe ou kosovare. Ainsi les serbes par exemple tentent de faire croire que le kosovo a toujours fait partie intégrante de la serbie. Or, le fait est que cette région a eu son autonmie pour ne pas dire une pleine indépendance durant son existance ce qui autoriserait à l’avenir la thèse de l’indépendance. Les serbes ont aussi cette fâcheuse manie de lier la question du kosovo à celle de la Rs en Bosnie. A ce que je sache la RS est une création récente, artificielle de surcroît. A l’heure actuelle, il serait inimaginable de parler d’un référundum au sein de la Rs comme on l’a fait au Monténgro ou au maintenant au Kosovo. Kostunica dit que la serbie ne tolerait pas une perte de 15% de son territoire.Dans ce cas comment pourrait on imaginer une bosnie amputée de 49% de son territoire comme le réclament 90% de setrbes de la RS et les serbes de Serbie ?

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