Le Taurillon au Rendez-Vous des Européens

En direct de Lille

, par Fabien Cazenave

Le Taurillon au Rendez-Vous des Européens

Les organisateurs de la rencontre des Européens qui a lieu à Lille ce mercredi 7 mai ont proposé au Taurillon de vous raconter comment cela se passe. Voici le résultat (actuel) du liveblogging de ce jour...

Première étape : un stand des JE - Lille place Rihour

Je suis parti tôt de chez moi (banlieue du 93) pour prendre le train de 7h52 de Gare du Nord pour monter vers la capitale de la Région du Nord-Pas de Calais. Pourquoi partir si tôt alors que la rencontre ne commencera qu’en début d’apèrs-midi ?

Parce que les Jeunes Européens - Lille ont organisé un stand place Rihour pour faire connaître l’évènement et pour attirer l’attention des passants sur la prochaine fête de l’Europe qui aura lieu le 9 mai, avant que le « pont du 8 mai » n’emmène les Lillois sur les plages du Nord.

Il faut le dire, ça ne « drache » pas : il fait un très beau soleil ! Les rencontres avec les passants se font naturellement, même si beaucoup sont pressés. Pour les arrêter, nous leur posons simplement la question de savoir quelle est la date de la fête de l’Europe... Peu savent qu’il s’agit du 9 mai. C’est l’occasion d’engager le débat.

Les échanges se font en français, en anglais et en allemand. Les 6 JE - Lille présents distribuent de l’information, expliquent ce qu’est le fédéralisme, entament le débat sur le traité de Lisbonne... La plupart sont plutôt heureux de voir de jeunes « pro-européens » capables de dire que l’Europe n’est pas parfaite. Plusieurs jeunes sont venus me voir pour me poser des questions sur l’actualité européenne : la défense européenne et l’Otan, la Turquie, comment placer le citoyen au coeur du projet européen...

Il y a eu aussi des discussions avec des « nonistes », toujours fiers l’être. La proposition des JE - France quant à l’organisation d’un référendum pan-européen semble leur plaire... Pour ma part, j’ai convaincu un Irlandais de passage (avec sa femme écossaise) que le traité de Lisbonne était plutôt une bonne chose. Le renforcement des pouvoirs du Parlement européen était très important pour lui. Mais il était dubitatif sur le débat dans son pays, estimant que j’étais plus convaincant que la majorité des politiciens dans son pays. Sans parler de la démission de Ahern...

Je vais manger chez Adrien des JE - Lille et après : direction la rencontre des Européens !

Première partie du Rendez-vous des Européens

Je suis rentré sans problème. Cela n’a pas été le cas de tout le monde... les personnalités présentes ont induit un niveau de sécurité élevé. Au final, je suis passé par le passage réservé à la « Presse » sans badge ou invitation en disant simplement « je suis du Taurillon » + quelques blagues avec le vigil.

A l’intérieur, il y a une grande salle qui permet à la plénière de drainer le plus de monde. Il y aura ensuite des « ateliers » dans des salles. J’ai rencontré Geremek, Jouyet, Hirsch... Les caméras se ruent sur eux.

M. Jouyet a visité les stands à l’entrée de la grande salle et a marqué des points. Sébastien L. de l’association SCI (Service Civil International) a été séduit par sa simplicité. Bon point pour le Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes donc.

J’ai pu interroger Eric L’Helgouc’h de Touteleurope.fr, et alors que je l’interviewais en vidéo (vous l’aurez ce soir) Jean Quatremer est arrivé donnant l’occasion de pouvoir discuter de sa présence (ou pas, on verra suivant les avions) aux Etats Généraux sur l’Europ qui auront lieu à Lyon le 21 juin, juste après le Conseil européen.

J’ai aussi eu des discussions vives et engagés avec des membres de « SCI », des jeunes qui sont dégoutés (le mot n’est pas trop fort) de voir les conférences intergouvernementales négociées « dans leur dos » un traité qu’ils avaient l’impression d’avoir refusé pourtant en 2005. Justine a par exemple la dent dur contre « ces gouvernements qui décident pour nous ». Par contre, elle est surtout énervée parce qu’elle a l’impression de n’avoir pas pu participer au débat. Elle préferait que cela soit vraiment les peuples qui soient représentés.

Plusieurs participants à cette discussion étaient cependant d’accord avec une chose : si on vote, c’est tous ensemble... un référendum pan-européen ne leur fait donc pas peur !

Maintenant direction la salle à côté de celle de presse pour essayer de poser une question à Jean-Pierre Jouyet...

La rencontre avec Jean-Pierre Jouyet

LA rencontre de la journée a bien eu lieu... Enfin, j’ai pu poser la question que nous avions convenu avec le Bureau National des JE - France : Comment allez-vous faire pour que les médias parlent d’Europe et pas qu’au moment des discours de Nicolas Sarkozy ?

Bien placé, j’ai pu ainsi poser la première question entouré que j’étais par les caméras et les micros des différentes télés et radios présentes. Le Secrétaire d’Etat a reconnu que l’un des gros problèmes de l’Europe se trouvait dans sa communication, « ce qui est le plus difficile pour elle à faire ». Il m’a ensuite fait des distinguos sur le type de média concerné.

J’en ai profité pour poser une deuxième question : « les Jeunes Européens - France ont fait une action de rue à Grenoble et ont demandé aux citoyens s’ils connaissaient le secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Personne ne connaissait son nom. »

La réponse a été claire : s’ils doivent connaître quelqun, « les citoyens doivent connaître Bernard Kouchner », lui il préfère « rester dans l’ombre » et faire le travail. Il ne recherche pas de « personnalisation » en la matière. Faisait-il référence à Nicolas Sarkozy sur ce point ?

Thomas du Croche Pied a ensuite posé la question du référendum irlandais qui risquait d’aboutir au non. Il demandait alors (faussement candidement) s’il y aurait des implications pour la présidence française. J’ai bien aimé la réponse de M. Jouyet : « Il n’y a pas de plan B, les Irlandais ont le choix entre le traité de Nice ou d’avancer pour donner notamment plus de pouvoir au Parlement européen. » Sur une question d’Eur@dionantes à propos de la Turquie, il a tenu à réaffirmer que la France tiendrait une position la plus neutre possible durant son mandat et « qu’elle ne ferait pas d’entrave au processus de négociation. »

Autour de nous, pauvre blogger que nous sommes, les journalistes pestaient un peu de ne pouvoir poser de question, trouvant les notres sûrement pas assez professionnelles à leur goût. Je me suis glissé à la conférence de presse qui suivait : les mêmes questions, sûrement plus professionnelles dirons-nous...

Au final, je suis un peu déçu, parce que la question posée par les Jeunes Européens - France a été construite avant car nous n’étions pas sûr de pouvoir rencontrer Jouyet et nous ne voulions pas faire « peur » et qu’on devait transmettre celle-ci au Cabinet ait envie de venir et que nous soyions dedans. Au final, j’avais plutôt envie de poser une question sur l’équilibre institutionnel. Pour être clair, est-ce qu’il préfère dans les institutions que cela soit le Conseil européen qui ait la primauté (comme c’est en réalité le cas aujourd’hui) ou si cela doit aller au Parlement européen.

C’est la limite de ce type d’exercice où il faudrait plus de temps avec une association en particulier.

Le bilan

Maintenant que la journée est terminée, que les trains pour Paris ont tous du retard du fait d’un incendie sur les voies. Faisons le point.

On a assisté à une grande réunion sur l’Europe avec beaucoup d’intervenants prestigieux et une salle remplie. Les coulisses étaient pleines, elles ont même réussi à créer leur fausse polémique avec Rama Yade.

Je dirais que d’un point de vue organisationnel, cela a plutôt été une réussite malgré les difficultés pour rentrer avec certains vigiles trop zélés. Seule petite ombre au tableau, le coin des libraires, en association avec « Libr’Aire », qui était excentré et qui n’a pas vendu son pesant de livres. Pourtant, on leur avait demandé d’apporter le maximum de livres des personnalités présentes. Je les salue donc car leur irritation s’est exprimée avec le sourire, comme lorsqu’ils ont salué Rama Yade à sa sortie en lui montrant démonstrativement que son livre était présent sur leur étalage...

Sur l’aspect politique, je ne crois pas que les débats dans les « plénières » aient été très percutants. Cela est sûrement dû au fait que les interventions n’avaient pas été concertées auparavant. Ceux qui fréquentent les « milieux européens » (car il s’agit d’un petit monde après tout) n’ont pas eu grand chose de nouveau à se mettre sous la dent.

Les ateliers ont été diversement appréciés : Antoine, venu avec sa classe de première année de Prépa, a été un peu déçu que le public ait si peu pu échanger avec les intervenants sur la Culture européenne. Il remarquait par exemple que l’interrogation sur le fait de savoir si « une culture européenne » existait est venue du public...

Dans les autres ateliers, celui sur la mobilité a vu plus d’échanges avec le public alors que d’autres n’ont pas vu de micro se balader dans le public... Ce qui fait qu’une citoyenne m’a demandé avec ironie si les seuls citoyens européens au rendez-vous (pour reprendre le titre de la journée) étaient les intervenants.

Le public était plutôt content de la journée. Christian, venu par hasard car en vacances dans la région, était surtout très content qu’on parle enfin d’Europe. Il n’était pas le seul. Beaucoup des personnes rencontrées dans le public regrettent que les médias notamment parlent si peu des enjeux européens... et qu’ils soient pro-européen ou tiède quant à la construction communautaire.

Pour l’aspect blogging, cela était très sympa de rencontrer d’autres bloggueurs venus d’horizons diverses. On s’aperçoit qu’on a pas les mêmes intérêts sur ce que nous voulons raconter. Les points de vue s’échangent mais ne changeront pas. Je retiendrai donc, entre autres, ma rencontre avec Alex de Melun.

Je vous mets sa vidéo de rencontre avec Geremek qui l’a vraiment bluffé par sa foi européenne et sa simplicité.

Illustration :
- photographies de Lille prise par Fabien Cazenave.

A visiter :
- le site d’Alex de Melun.
- le site de l’évènement avec tous les billets des différents bloggueurs.

Vos commentaires

  • Le 7 mai 2008 à 14:57, par Christine Lecomte En réponse à : Le Taurillon au Rendez-Vous des Européens

    Bienvenue à Lille ! Hélàs prise par le travail, je ne peux venir Place Rihour.

    Cordialement C Lecomte LEVACOMM Lille

  • Le 9 mai 2008 à 07:50, par valéry En réponse à : Carton rouge à Michel Rocard

    Tu n’étais pas présent à la conférence de Rocard où il a expliqué que l’Europe politique est morte (pour les raison que les fédéralistes connaissent bien : élargissement à gogo sans modifier les institutions toutes pourries que l’on a).

    Il mérite à mon sens un carton rouge, non pour avoir énoncé l’évidence (on ne fera pas l’Europe à 27 dans cette Union européenne là) mais d’une part pour avoir limité son propos à l’Europe politique (avec une situation bloquée tel qu’elle l’est aujourd’hui c’est tout le projet européen qui est bloqué et pas seulement sa dimension politique) ; d’autre part parce qu’il n’évoquait pas (en tout cas dans les citations que j’ai lu) les alternatives possibles pour sortir de l’impasse ou la contourner.

  • Le 9 mai 2008 à 11:23, par Fabien Cazenave En réponse à : Carton rouge à Michel Rocard

    J’étais entrain de faire autre chose... mais cela ne change pas son discours actuel.

    D’ailleurs, il prétend privilégier une Europe soft power tout en expliquant qu’il faut faire des changements qui demandent une Europe politique. C’est le serpent qui se mord la queue de mon point de vue.

    Mais n’assiste-t-on pas là à un phénomène très humain ? Il a beaucoup essayé et comme il n’a plus le pouvoir politique d’influer comme il le voudrait, cela ne se fera pas.

    Heureusement qu’on est là pour reprendre le flambeau !

    Sinon, je l’ai trouvé moins fatigué qu’avant ce qui est une bonne nouvelle pour tous ses fans dont je fais parti.

  • Le 13 mai 2008 à 19:15, par Krokodilo En réponse à : Le Taurillon au Rendez-Vous des Européens

    Il y a même eu un court débat sur le sujet des langues, diffusé sur la chaîne parlementaire ; un débat lamentable, comme il se doit, qui a soigneusement évité la question tabou de l’Union anglophone, et où Xavier Darcos a caché que l’anglais était imposé à l’école primaire. Bref, la routine.

    A noter que dans ce genre de débat, les difficultés posées par la barrière des langues sont systématiquemetn masquées en invitant des personnalités francophones, une députées belge polyglotte, une journaliste italienne francophone, le président d’Arte, etc. Cette méthode, possible essentiellement en GB, Fr et All, permet de se passer d’interprètes, et donc de cacher les difficultés linguistiques, puis de conclure (d’un ton lyrique) « apprenez un tas de langues comme moi, c’est la solution. » Bravo !

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