Élargissements

Le gouvernement français change de cap sur l’élargissement de l’Union

La politique européenne en ex-Yougoslavie risque de sombrer dans la confusion

Le gouvernement français change de cap sur l'élargissement de l'Union

L’Union européenne a accordé samedi 17 décembre 2005, le statut de pays candidat à la Macédoine, l’une des Républiques composant autrefois la Yougoslavie. Le gouvernement français menaçait cependant de bloquer le processus et souhaite une pause dans les élargissements.

Pour le premier ministre français, Dominique de Villepin, « les Français ont trop souvent le sentiment d’être entrés dans un processus irréversible d’élargissement continu. Nous devons entendre cette inquiétude ».

Les gouvernements Français ont été longtemps partisans pressés de l’accueil de nouveaux États-membres dans l’Union. Jacques Chirac, président de la République, avait après son élection fait une tournée des capitales d’Europe centrale promettant leur entrée dans l’Union dès l’an 2000. Lors du Conseil européen de Nice, la présidence française avait poussé à l’adoption d’un compromis institutionnel boiteux qui a aujourd’hui force de loi, mais ne préparait nullement l’Union à passer de 15 à 25 membres. Peu importe, il fallait aller de l’avant. Il y a encore un an, au nom de la France, le Président s’engageait en faveur de l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie.

On assiste aujourd’hui à un changement de cap qui laisse perplexe sur la cohérence de la politique française. Les raisons de la prudence envers le processus d’élargissement sont il est vrai nombreuse. L’accueil de dix nouveaux États-membres en 2004 s’est fait sans réformes institutionnelles permettant à l’Union de fonctionner, sans débat public approfondi et sans campagne d’information significative sur nos nouveaux concitoyens. Aucune célébration officielle de l’événement n’a même été organisée ! On voit aujourd’hui que les moyens financiers nécessaire au succès de cet élargissement ne sont pas là non plus et que étrangement ce sont les plus ardents enthousiasme de l’élargissement à tout prix qui refusent aujourd’hui de participer à son financement.

L’élargissement n’est plus une priorité

Trouvons des règles du jeu, de vie en commun, avant de penser à des négociations en vue d’un élargissement

La prudence est donc de mise face à la poursuite du processus et résoudre la question institutionnelle doit clairement être la priorité. Elle a été remise à plat par le refus de ratifier le traité constitutionnel en l’état par deux pays, en partie du fait de la politique menée jusqu’à présent,

Pour Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères français, il faudra en 2006 « lancer une discussion sur les futurs élargissements et dire : trouvons des règles du jeu, de vie en commun, avant de penser à des négociations en vue d’un élargissement ».

Si l’on peut se réjouir que le gouvernement français semble - enfin - avoir trouvé son chemin de Damas sur la question et adopte enfin le point de vue que tous les pro-européens authentiques professent depuis de longues années, on peut pourtant se poser des questions sur l’opportunité du moment choisit pour ce retournement de veste spectaculaire.

La manière choisie par le gouvernement français pour signifier cette prudence est déroutante car elle porte sur la reconnaissance du statut de candidat - un engagement bien moindre que le début de négociations pourtant engagé bruyamment il y a quelques mois seulement avec la Turquie. Elle vient aussi compromettre la cohérence de la politique de l’Union européenne en ex-Yougoslavie alors que cette même Union, tant critiquée pour la faiblesse de sa politique étrangère commune, y exerce là l’essentiel des responsabilités internationales.

On peut donc se réjouir de voir qu’avec l’adoption du budget, les efforts de la Macédoine ont été finalement reconnus, mais aussi de voir - enfin - les priorités des autorités françaises mises en ordre après le gachis des années précédentes.

Photo : rencontre entre Javier Solana, haut-représentant de l’Union européenne et le premier ministre de Macédoine, Vlado Buckovski, le 12 octobre 2005 (Conseil de l’Union européenne).

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