«  Alors, avez-vous déjà voyagé en Europe ? ». La réponse fuse presque instantanément, « Bah oui, bien sur ! », ils me regardent avec des yeux surpris d’un air de dire pour qui ce prend-il celui là ? « D’accord, d’accord, qui veut me dire dans quel endroit il est allé ? ». La plupart des élèves lèvent la main, je demande à quelqu’un au hasard, « Vas-y dis nous !  » : « A Toulouse ». Grands éclats de rire dans toute la classe « Ben quoi Toulouse c’est pas à l’étranger ? ».

Europe à l’école, une boîte à idées

Voilà une des scènes qui m’a marqué à l’occasion de ma première intervention pour le programme Europe à l’école, à laquelle j’ai participé avec le groupe des Jeunes Européens - Sciences-Po Paris. Ces deux heures passées à échanger avec ces lycéens d’un établissement professionnel de la grande banlieue Est de Paris a été un pur bonheur : des questions intéressantes, des débats, des points chauds et bien sur des rires. L’on se retrouve ensuite entre intervenants et professeurs autour de la machine à café. « Merci beaucoup pour ces deux heures, vous savez l’Europe, les élèves sont vraiment très intéressés, le problème c’est qu’ils n’ont pas souvent l’occasion de voyager. » « Vraiment, vous n’arrivez pas à faire de voyages ? », « Des voyages si un peu mais il leur faudrait des échanges, on a un mal fou à trouver des établissements partenaires. »

Cette phrase a éveillé un mois des souvenirs déjà un peu brumeux du lycée. Retour en arrière, je me souviens d’une arrivée à Gotha en plein cœur de l’Allemagne après une nuit passée dans le car. Un professeur d’allemand excédé et contenant sa colère « Plus jamais je ne vous emmène en échange, jamais, après la nuit que vous m’avez fait passé, vous ne vous rendez pas compte les efforts que cela demande ! » L’avait-on pris au sérieux ? Je ne me rappelle plus.

L’Union européenne, des objectifs linguistiques ambitieux

Quoi qu’il en soit je me suis alors vraiment décidé à enquêter au sujet des moyens mis à la disposition des établissements secondaires et écoles en Europe pour réaliser des partenariats linguistiques. L’Union européenne a en effet fait de l’apprentissage des langues un de ses dossiers clés pour la décennie à venir. Le programme mis en place actuellement est on ne peut plus ambitieux et porte le nom poétique de « Programme d’Education et de formation tout au long de la vie » (adopté en novembre 2006, Lifelong Learning Program pour les intimes).

Les objectifs ? On ne peut plus clair : permettre au citoyen européen quel que soit son âge de la maternelle à la retraite d’améliorer et de perfectionner ses possibilités linguistiques et donc d’échange avec ces concitoyens. A long terme chacun de nous devrait être capable de maîtriser deux langues en plus de celles qu’il a eu la chance de maîtriser dès son plus jeune âge. Me voilà prévenu, j’ai ressorti d’un fond de tiroir mes vieux cahiers d’allemand.

Des programmes éducatifs déjà solides

Mais alors me diriez-vous, c’est bien joli tout cela mais concrètement que fait l’Europe ? Elle supporte financièrement des projets mis en place par les écoles, collèges, lycées à travers le territoire européen. Soutien apporté dans le cadre de sous-programmes associés aux différents niveaux d’enseignement. Le premier nous le connaissons tous : qui n’a pas vu ce grand succès du cinéma français « L’auberge espagnole » ?

Le programme Erasmus, créé en 1987, a permis en 20 ans à plus d’un million et demi de jeunes étudiants de l’enseignement supérieur de passer une année sur un autre campus européen [1] . Déjà beaucoup moins connus, les programmes Leonardo Da Vinci (créé en 1995) et Comenius (1995 également). Ils sont en réalité très proches d’Erasmus mais concerne les établissements primaires et secondaires pour Comenius, les jeunes professionnels pour Leonardo.

Ces deux programmes permettent d’obtenir des financements dans le but de réaliser un projet de partenariat entre établissements européens. Pour donner un exemple, entre 2000 et 2006 environ 370000 jeunes ont bénéficié du programme Leonardo. Les programmes ne s’appliquant pas seulement aux élèves mais aussi au personnel enseignant leur donnant la possibilité de découvrir d’autres méthodes, d’autres façons d’appréhender leur métier [2]. Les résultats sont unanimes, à tous les niveaux envisagés, les élèves comme les enseignants ont été ravis.

S’inspirer du jumelage des villes pour les établissements scolaires

Ces programmes sont malheureusement peu connus et peu médiatisés, comme beaucoup de projets portés par l’Union Européenne. De plus les procédures de présentation et d’acceptation des projets pourraient être modifiées permettant ainsi de dégager pour les enseignants intéressés un gain de temps fort appréciable. Ces dernières misent énormément sur la volonté des personnes y postulant ce qui est légitime mais sans la présence d’un professeur motivé certains élèves pourraient et d’ailleurs passent aujourd’hui leur scolarité sans avoir eu une fois l’occasion d’aller à l’étranger. Dans le cadre des objectifs si ambitieux cités précédemment cela pose un véritable problème. Que faire dans ces conditions ?

Garder des moyens pour les programmes d’échange, c’est évident mais surtout faciliter et généraliser à tous les établissements ces partenariats si enrichissants. Il faut mettre les interlocuteurs en présence les uns des autres et cela, les systèmes éducatifs des pays membres peuvent le faire. Pourquoi ne pas travailler sur des programmes attribuant aux écoles, collèges, lycées des établissements jumeaux pour une période définie ? Ce système existe déjà entre les villes européennes, pourquoi ne pas le réutiliser ?

Il ne s’agit pas de dicter aux enseignants leurs projets éducatifs mais de dire aux professeurs : « Pour les cinq prochaines années nous sommes jumelées avec cette école roumaine, ces collèges suédois et italien, ce lycée letton, voilà les coordonnées de vos collègues, nous avons tel budget pour organiser des échanges, à vous de jouer. »

La mobilité entraînée par ces programmes est indispensable à la formation progressive d’une identité et d’une culture européenne, contribuant à l’enrichissement personnel de futurs citoyens européens conscients des liens toujours plus forts qui les unissent. Plus que jamais, ce jumelage semble indispensable.