Le marasme grec : enfin fini ?

, par Alexandre Calvez, Franchement Europe

Le marasme grec : enfin fini ?

Une fois n’est pas coutume, la Grèce s’est imposée depuis un an sur le devant de la scène européenne et mondiale. Cette exposition a entraîné un déchainement de critiques envers ce pays, coupable selon ses homologues européens d’une gestion budgétaire calamiteuse, et ce depuis de longues années.

Le déficit s’est élevé pour l’année 2009 à un taux inédit de 13,6% du PIB selon l’Office européen des statistiques Eurostat. C’est dans ce contexte qu’est apparue la fameuse crise de l’euro, qui a fait trembler les marchés financiers tout comme les responsables politiques européens.

Leur réaction, rapide et en dépit de l’interdiction des traités européens, s’est traduite par la mise en place d’un plan de soutien en collaboration avec le Fonds Monétaire International (FMI), en échange d’une politique d’austérité d’une rare violence.

Le contexte social s’est alors tendu, entraînant grèves générales, manifestations voire émeutes, d’une ampleur incomparable à celle rencontrée en France lors du débat parlementaire sur le projet de reforme du système des retraites. Voilà donc quelques mois que ces mesures sont rentrées en application.

Retour sur une année difficile pour la Grèce

La rentrée 2009 fut marquée par une campagne électorale assez virulente où s’affrontèrent Costas Caramanlis, Premier ministre sortant et Giorgos Papandréou. Le PASOK de M. Papandréou est en effet parvenu à ravir la gestion de l’État à leurs adversaires du Nea Demokratia. Cette victoire de la gauche a engendré un réel enthousiasme chez les classes moyennes, ravies d’en finir avec ce mandat marqué par une corruption accrue dans un pays déjà gangrené.

Ce sentiment va cependant vite disparaître. Onze jours après s’être installé au sein du Vouli (le Parlement), le nouveau Premier ministre annonce que la situation économique du pays est « explosive ». Une statistique effrayante est confirmée le 5 novembre : le gouvernement annonce un déficit de 12,7%, une dette publique s’élevant à 113% du PIB. Le programme sur lequel Papandréou a été élu s’avère être déjà obsolète, le gouvernement précédent ayant masqué les réalités budgétaires...

Vers la crise grecque

La spirale se poursuit alors durant le mois de décembre : entre le 8 et le 22, trois agences de notation majeures abaissent la note de la Grèce. Mécaniquement, cela entraîne une hausse du rendement des obligations grecques, les investisseurs réclamant une prime de risque. La charge de la dette s’élève en dépit des propos du Premier ministre, assurant que serait rapidement mis en place un plan d’austérité visant à ramener le déficit grec sous la barre des 3% en 2013 comme le stipule le traité de Maastricht.

Ce plan envisage une réduction des dépenses militaires grecques, excessivement élevées pour un pays de cette taille (le budget de la Défense représente depuis une vingtaine d’années entre 4 et 5% du PIB, ce qui est le taux le plus élevé de toute l’Union européenne), une fiscalisation accrue de certains revenus, un programme de privatisation, ainsi qu’une réduction des dépenses dans la fonction publique.

Les perspectives pour 2010 s’annonçaient donc sombres. D’une part, les taux de rendement des obligations grecques ne cessent de battre des records et atteignent un taux de 7,1% le 28 janvier, en raison des abaissements répétés de la note du pays.

D’autre part, le gouvernement annonce de façon régulière de nouvelles mesures comme le gel des retraites et l’élévation de l’âge légal de départ à la retraite, une hausse de la TVA, la suppression de primes pour les fonctionnaires (qui peuvent parfois représenter jusqu’à 30% des rémunérations annuelles), un accroissement des taxes sur les carburants...

L’UE dans la spirale, entre plan d’aide et suspicion

L’Europe commence également à faire preuve d’une certaine inquiétude. Différentes procédures pour déficit excessif, pour falsification statistique... sont mises en place. Certains envisagent même une sortie de la zone euro. Il n’empêche, il règne autour de la Grèce un certain sentiment de panique et un plan d’aide, bien que nié au début par les autres responsables politiques européens paraît à ce moment-là nécessaire. Le risque de faillite est en effet à son comble.

Le 25 mars, les dirigeants de l’Union européenne s’accordent sur un plan de soutien à la Grèce, en collaboration avec le FMI. Ce mécanisme inédit sera soumis à d’intenses négociations internes, l’Allemagne étant extrêmement réticente à l’idée de venir en aide aux mauvais élèves de l’Union.

Le 27 avril, alors que les statistiques continuent d’affoler les marchés financiers et que le taux de rendement des obligations grecques dépasse les 10%, Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn pressent les intervenants de conclure rapidement un accord, qui sera finalement trouvé le 2 mai : les ministres des Finances de la zone euro approuvent un plan d’aide à la Grèce qui prévoit le versement de 110 milliards d’euros sur trois ans, dont 80 milliards à leur charge et le reste pour le FMI.

Apaisement des marchés financiers mais mouvements de contestation

Alors que la situation semble doucement s’apaiser sur les marchés financiers, des manifestations géantes ont lieu dans les rues de Thessalonique et Athènes. Celles-ci connaissent de nombreux débordements, la mouvance anarchiste trouvant de nombreux échos au sein de la jeunesse grecque. La contestation n’a depuis que peu faibli. En effet, la population grecque, subissant un recul social inédit et devant supporter des efforts extrêmes, n’a d’autres recours que d’aller s’exprimer dans les rues. Toutefois, le fort recul du taux de croissance aurait difficilement pu se traduire par des mesures plus protectrices de la population.

Tous ces évènements ont probablement marqué les esprits ailleurs en Europe. Pour que la Grèce ne devienne pas un laboratoire de ce qui pourrait arriver ailleurs dans des pays dont la gestion budgétaire pourrait être qualifiée de « laxiste », les États européen ont annoncé leur volonté de renforcer la discipline budgétaire.

Ces perspectives de rigueur de par l’Europe seront probablement douloureuses, et il faut aujourd’hui souhaiter que les finances publiques soient assainies au plus vite.

Franchement Europe est une association étudiante, qui œuvre à la diffusion de l’idée européenne et de ses mille facettes auprès d’un public jeune et ambitieux. A cet égard, elle développe des projets concrets visant à promouvoir l’Europe et l’Union Européenne : depuis Europolis, journal décryptant l’actualité européenne, aux voyages d’études auprès des institutions européennes, en passant par les projets développés avec des associations partenaires : de la simulation du Conseil européen, à l’organisation de concours ludiques (Olympiades).

Créée en 2008 à la Sorbonne-Nouvelle (Université Paris III), dans le cadre de l’Institut d’Etudes Européennes, Franchement Europe accueille des étudiants issus de différentes universités et écoles parisiennes, ainsi que des étudiants venus de toute l’Europe.

Illustration : un officier de police grec courant pour échapper aux manifestants, le 5 mai 2010 lors des affrontements dans le centre d’Athènes

Source : George Laoutaris

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Vos commentaires

  • Le 1er avril 2011 à 10:58, par V. Martins En réponse à : Le marasme grec : enfin fini ?

    En Grèce, comme au Portugal et dans d’autres pays,la rigueur budjétaire ne fait que retrécir le pouvoir d’achat sans pour autant faire augmenter la production,seule solution pour équilibrer le déficit chronique. La banque européenne le sait, comme je l’ai entendu à un de ces hauts fonctionnaires. En attendant tout le monde continue à s’endetter, comptant sur un miracle pour que les pays puissent enfin rembourser leurs dettes colossales. Ce sera à vous, les générations futures, qu’incombera cette charge comme celle de dépolluer le continent. Bon courage.

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