Les anciens pays de l’Est menacent de faire exploser l’Europe

, par Fabien Cazenave

Les anciens pays de l'Est menacent de faire exploser l'Europe
« Der Übergang » (Passage), A.R. Penck, 1963

« Sans le couple franco-allemand, l’Europe ne peut pas avancer »… voici ce qu’on entend à chaque fois pour justifier le fait qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy court-circuitent leurs partenaires européens. Bien sûr, il y a une raison à cela : avec un tel poids économique, démographique, agricole, industriel, géographique, etc., France et Allemagne pèsent très lourds dans l’Union européenne. Pour autant, l’arrogance du couple franco-allemand commence à sérieusement titiller ses partenaires européens.

Dans une dépêche AFP, on apprend que « les pays d’Europe de l’Est non encore membres de la zone euro ont exprimé lundi leur mécontentement d’être tenus à l’écart des débats en cours sur la réforme de l’Union monétaire et ont menacé de soumettre à nouveau à référendum leur appartenance à l’Union européenne ». Voilà l’extrémité à laquelle nous sommes arrivés à force de faire avancer l’Europe sur un mode confédéral.

L’Europe franco-allemande rejetée à l’Est

« Une rencontre des ministres des Affaires européennes de sept pays concernés (Pologne, République tchèque, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Lituanie, Lettonie) s’est tenue dans la journée à Bruxelles en marge d’une réunion avec l’ensemble de leurs homologues de l’Union européenne, ont indiqué à l’AFP des sources diplomatiques. [...] Les débats en cours, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne en particulier, sur la réforme de la gouvernance de la zone euro afin de tirer les leçons de la crise de la dette, suscitent une irritation de moins en moins contenue parmi eux. Ils ont le sentiment d’en être tenus à l’écart alors qu’ils seront tôt ou tard concernés. Tous les sept pays sont tombés d’accord pour dire qu’un changement du cadre législatif de la zone euro pourrait changer les conditions des traités d’adhésion qui les ont conduits à rejoindre l’UE et pourrait obliger à refaire des référendums sur leur adhésion au bloc des Vingt-Sept, souligne une source diplomatique proche des discussions ».

Nous avons donc un ultimatum de nos partenaires européens car nous faisons une Europe à deux vitesses qui n’est, en plus, pas concertée. Et c’est un pays actuellement à la tête du Conseil de l’Union européenne qui menace de faire un référendum sur son adhésion à l’UE 17 !!!

L’Europe est pourtant à un tournant de son histoire. Tout le monde s’accorde à dire qu’un nouveau saut vers plus d’intégration européenne est nécessaire (sauf les nationalistes bien entendu). Or actuellement, le rapport de force institutionnel est à l’avantage des Etats face à la Commission européenne et au Parlement européen. Comment dès lors pourrions-nous réussir à réaliser les avancées nécessaires si nous nous disputons et nous ne nous respectons pas les uns les autres ?

Le merkozysme source de tension en Europe

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel portent une grande responsabilité dans la situation présente. Leurs réunions successives (Deauville, Berlin, Paris…) ont montré qu’ils pouvaient décider du devenir de l’Europe en mettant leurs partenaires devant le fait accompli. Surtout avec une Commission européenne qui ne s’appuie pas sur une majorité parlementaire et qui a un président disant amen à toutes les décisions du Conseil, le couple franco-allemand n’a personne pour lui faire réellement face.

L’intergouvernementalisme impose de traiter tous ses partenaires comme des égaux car le niveau de souveraineté est censé être le même. La peur d’être relégués derrière les « gros » a toujours été une source d’énervement pour les « petits ». Depuis l’arrivée des anciens pays de l’Est dans l’Union européenne, ce décalage a été renforcé car les niveaux économiques de ces pays sont fortement plus bas que ceux de l’Europe de l’Ouest.

Pourtant, l’entrée de la Slovénie, de la Slovaquie puis de l’Estonie dans la zone euro montre que leur voix pouvait compter tout autant que celle des anciens de la CEE. A force de décider dans notre coin pour permettre de faire avancer les décisions nécessaires dans les crises financières et grecques, on a relégué les partenaires européens au second plan. Les menaces énoncées aujourd’hui prouvent qu’il y avait un prix à agir ainsi.

Il devient de plus en plus urgent de prendre l’avenir de la construction européenne de la main des Etats. C’est au Parlement européen de se transformer en véritable chambre des propositions pour tracer les voies possibles pour le devenir de l’Union européenne. Les intérêts nationaux sont tellement forts aujourd’hui au Conseil européen que nos dirigeants politiques ont oublié l’intérêt européen… qui est pourtant aussi celui de leur pays.

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