La Grèce, la France, l’Espagne… Les étudiants européens sont en colère. Mais en colère contre quoi ? Pour l’Espagne les slogans parlent d’eux-mêmes : « Non au plan Bologne ! », « Arrêtons Bologne ! », « Bologne nous fait reculer ». Ces étudiants, qui de novembre 2008 à janvier 2009 ont occupé des facultés et participé à des manifestations au moins une fois par semaine exigent du gouvernement de Zapatero qu’il n’applique pas le plan Bologne.

Or ce plan est une directive européenne ratifiée par plus de quarante pays du continent et que l’Espagne a acceptée en 1999. D’abord le plan Bologne vise à créer un espace européen d’enseignement supérieur (EEES) unifié, dès lors on pourrait croire que le refus espagnol est un refus de l’européisation de l’enseignement espagnol. Il ralentit et décrédibilise l’application du plan Bologne et place l’État espagnol en porte-à-faux. En fait, les plaintes des étudiants ne portent presque jamais sur l’Union européenne.

Pourquoi les étudiants espagnols s’opposent-ils donc au plan Bologne ? S’opposer au plan Bologne est-ce s’opposer à la construction européenne ? Les problématiques que les plans d’enseignement ont posées nous apprennent-elles quelque chose sur l’avenir des institutions européennes ?

Pourquoi s’opposent-ils au plan Bologne ?

Les raisons principales sont au nombre de trois : allongement de la durée des études, augmentation du prix des études, peur de l’intervention des entreprises dans la gestion des facultés et des programmes.

En effet, alors qu’en Espagne la durée moyenne des études supérieures est de quatre ans, le système licence-master imposera au moins cinq ans d’études supérieures. Surtout, le nombre d’heures de cours, le nombre de travaux à la maison et de devoirs augmentera considérablement, puisque pour acquérir les ECTS un étudiant est censé devoir étudier quarante heures par semaine. Selon les opposants au plan Bologne, cela empêchera les étudiants issus des catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées d’étudier, puisque pour eux, le temps dédié au job étudiant est vital pour rester à la fac.

D’ailleurs le prix des études supérieures aura le même effet, puisque selon eux, le coût d’application du plan Bologne sera tel que les étudiants devront payer jusqu’à deux mille euros de plus pour leurs immatriculations. Si on ajoute à cela le fait que le projet espagnol compte supprimer la plupart des bourses – l’Espagne est à la queue de l’Europe en matière de distribution d’aides étudiantes – pour les remplacer par des prêts devant être remboursés lors du premier travail stable de l’étudiant, il est possible que leur crainte d’élitisation de la faculté ne soit pas si fausse.

Il ne s’agirait pas d’ailleurs d’une élitisation intellectuelle mais sociale, seuls les plus favorisés pouvant se permettre une plus longue formation, et donc l’atteinte de postes de travail mieux qualifiés. Dernière peur des étudiants espagnols, et qui semble être le mot d’ordre dans la plupart des revendications étudiantes européennes : l’entrée des entreprises dans la faculté. Le plan Bologne incite d’ailleurs à la coopération entre les entreprises et les universités pour atteindre un niveau digne des grandes universités américaines, comme si leur niveau était la conséquence de leur mode de gestion. Les entreprises pourraient diriger alors certains aspects de l’enseignement universitaire. Entre autres, les étudiants dénoncent la professionnalisation à laquelle ils seront soumis dans les deux dernières années d’études.

Que ces arguments soient justes ou pas, nous pouvons faire un constat : rien sur le principe d’équivalence des diplômes, rien sur l’augmentation de la mobilité, rien en définitive contre l’européisation du système éducatif.

Plus sociales qu’éducatives, leurs revendications pourraient pourtant tourner vers l’anti-européisme s’il s’avérait que l’Union européenne remet en cause les principes de la social-démocratie qui a tant fait pour voir naître l’Europe moderne.