Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

Interview de Louis Michel, député européen de l’ADLE, ex Commissaire au développement et à l’aide humanitaire de la Commission Barroso I

, par Marc-Antoine Coursaget, Pauline Gounaud

Louis Michel : « le fédéralisme, c'est l'avenir ! »

Interviewé après la conférence organisée par le groupe Spinelli, mercredi 12 janvier au Parlement européen, l’ancien Commissaire a bien voulu répondre à nos questions, avant d’évoquer la gouvernance économique de l’UE, sa puissance réelle et potentielle, sa politique étrangère en Russie et en Afrique notamment.

En ces temps de disette pour l’idée européenne, Louis Michel a voulu d’abord souligner le caractère essentiel du fédéralisme, affirmant la nécessité d’une gouvernance économique européenne pour la sortie de crise. Rejetant les critiques pesant sur la technocratie bruxelloise dont le rôle se limite selon lui à l’enregistrement et à l’application des décisions politiques prises responsables nationaux, il a reproché aux pseudo-grands Etats leur manque de courage politique et de lucidité face au besoin d’une politique économique véritablement européenne.

« L’Europe n’a jamais été le problème, l’Europe est toujours la solution ! »


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Le député européen et ex Commissaire européen a ainsi affirmé "le fédéralisme c’est l’avenir", plaidant en faveur de l’échelon européen pour sortir l’Europe de la crise actuelle. Appuyant les positions de Joshka Fischer en faveur d’un gouvernement économique européen qui colle à la zone euro il a expliqué : «  Il est entièrement illogique et tout à fait contre-productif d’avoir une monnaie unique dans un certain nombre de pays et de ne pas avoir collant cette monnaie unique un gouvernement économique qui recouvre la même zone ! ». Le problème actuel serait « les replis frileux de postures nationales, voire protectionnistes qui minent la qualité et l’efficacité des postures européennes  ».

Vittorio Prodi notait que tout un chacun se plaint de la perte de souveraineté que représente la mondialisation. « En face d’un monde financier planétaire on a un non-Etat mondial », déplore Louis Michel : « La première réponse pour récupérer de la souveraineté face à ces puissances économiques et monétaires qui se comportent de façon dévoyée et perverse, et qui ne tiennent pas du tout compte de la démocratie ni des citoyens, c’est évidemment plus d’Europe ! Il est évident que l’Europe en tant que corpus institutionnel et politique peut domestiquer beaucoup mieux la mondialisation ! ».

« La France : un petit pays, à l’échelle du monde ! »


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Louis Michel reproche aux soi-disant grands pays européens de se replier sur eux-mêmes, de défendre des postures «  illusoires, vaines et bêtes » alors qu’il n’existe plus de grandes puissances en Europe. Loin d’entretenir un discours décliniste sur cet affaiblissement relatif des pays européens, il s’en félicite et insiste inversement sur la puissance que représente déjà l’UE dans le monde : « L’Europe détient aussi le pouvoir du marché, et c’est en Europe qu’on définit toutes les normes : OGM, mobiles, SWITCH… ce qui nous donne un avantage colossal, et de cela on ne parle jamais !  ».

« L’Europe devrait avoir une vraie capacité militaire pour être un partenaire privilégié des Etats-Unis »


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Selon l’ancien Commissaire, l’Europe devrait avoir une vraie capacité et devenir un partenaire politique privilégié des Etats-Unis, ce qu’elle n’est pas à ce jour. Le renforcement du pilier militaire de l’Europe dans l’OTAN fait du sens, non pas dans une perspective belliciste, mais afin de renforcer la sécurité du monde libre.

« L’Europe sous-estime pour elle-même l’importance de bonnes relations avec la Russie » affirme-t-il également. Au-delà des avis très nuancés que l’on peut avoir sur Poutine – il ne mentionne pas Medvedev – l’Europe devrait selon lui l’UE devrait en effet se préoccuper des partenariats géostratégiques l’intéressant en premier lieu.

« Aujourd’hui l’Europe est occupée à totalement disparaitre de l’Afrique ! »


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L’ancien Commissaire au développement et Ministre en charge des Affaires étrangères et plus particulièrement du Congo, déplore l’indifférence actuelle ave laquelle l’Europe se retire d’Afrique alors que de nouveaux colonisateurs sont en train de s’en emparer économiquement : La Chine, l’Inde, Israël, le Pakistan, les nouveaux pays émergeants… « Et quel est le type de partenariat de développement qui se passe là bas ? Une nouvelle colonisation, qui est à mon avis aussi pitoyable et aussi dommageable que les colonisations d’antan. Et l’Europe, où est-elle ? Absente. »

« Gabgbo doit partir ! »


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Louis Michel rappelle que Gabgbo a été battu et doit laisser sa place au nouveau président élu au nom du respect démocratique, tout en se disant très sceptique quant aux les tentatives de certaines institutions et de partenaires internationaux poussant Gbagbo et Ouattara à s’entendre. « Dans le cadre de la Côte d’Ivoire, je ne suis certainement pas favorable à un partage du pouvoir, parce que le partage du pourvoir donne toujours raison au tricheur.  ». A titre d’exemple il cite de le Zimbabwe et le Kenya, où les opposants ont accepté de devenir premiers ministres de dictateurs se maintenant au pouvoir après des élections perdues, jouant le rôle d’hommes de paille et perdant peu à peu leur crédibilité.

Vos commentaires

  • Le 22 janvier 2011 à 09:55, par HR En réponse à : Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

    Toujours des déclarations de principe, jamais le moindre engagement pratique à court terme. Le fédéralisme est-il en panne, en Union Européenne, où le traité de Libonne a-t-il finalement signé son arrêt de mort ?

    En effet, on ne lit plus, en particulier ici, que des incantations fédéralistes qui n’ont strictement plus aucune portée pratique.

  • Le 22 janvier 2011 à 10:39, par HR En réponse à : Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

    « Appuyant les positions de Joshka Fischer en faveur d’un gouvernement économique européen qui colle à la zone euro »

    Par ailleurs, j’ai proposé un article à Le Taurillon qui explique comment Angela Merkel a emporté une bataille politique majeure l’an dernier lors de la « crise de l’euro », en comprenant deux choses très simples :
    - Il n’y a pas de « gouvernance économique », il n’y a qu’une gouvernance politique.
    - Réduire la gouvernance à une seule zone intra-européenne caratérisée uniquement par l’économique (la monnaie unique), est une illusion.

    S’il s’agit de proposer pour le futur des alternatives qui nont cessé de l’être l’an dernier, je comprends que mon article ne passe pas.

    C’est quand même stupéfiant, qu’alors que des hommes politiques comme Sarkozy ou Juncker, qui plaidaient encore pour ce genre de « gouvernance politique réduite à la zone euro » ont été mis en minorité en septembre dernier par Angela Merkel qui a imposé que même les problèmes de l’euro concernent tous les Etats de l’Union Européenne.

    On ne peut pas s’étonner, hélas, de voir Joshka Fischer en retard sur Angela Merkel, mais la question se pose de savoir si le groups Spinelli va se contenter plus généralement de remettre sur le tapis des débats qui datent de 1999 et de l’échec du traité de Nice, alors qu’on en est aujourd’hui à constater l’échec du traité de Lisbonne.

  • Le 22 janvier 2011 à 13:22, par Ronan En réponse à : Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

    Entièrement d’accord avec le commentaire de 09h55 : il faut sortir de l’incantation sans portée pratique, et vite ! A l’heure actuelle, le fédéralisme ne peut trouver de réalisation que de façon démocratique, et via le Parlement européen dans l’idéal. Et tout le reste n’est que pis-aller, au mieux temporaire. Nos Eurodéputés doivent absolument sortir des postures déclaratoires et seules paroles verbales pour vraiment prendre leurs responsabilités.

  • Le 22 janvier 2011 à 19:38, par Xavier En réponse à : Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

    Investissez dans un micro !

  • Le 23 janvier 2011 à 11:21, par HR En réponse à : Louis Michel : « le fédéralisme, c’est l’avenir ! »

    Merci Ronan.

    J’en profite pour faire également suite aux commentaires de l’article précédent sur le groupe Spinelli, en particulier celui de Monsieur Pierre-Jean Verrando. : http://www.taurillon.org/Le-Groupe-Spinelli-vers-les-Etats-Unis-d-Europe

    Parce qu’il ne s’agit pas tant de lancer un débat. Et c’est plus précisément le reproche que je fais dans mes commentaires précédents au manifeste du groupe.

    Le manifeste s’en tient, comme Louis Michel ici, à des généralités en refusant de tirer concrètement les leçons de se qui vient de se passer entre l’échec du traité de Nice et le douloureux accouchement du traité de Lisbonne dont on sait déjà qu’il est mort-né. http://www.spinelligroup.eu/fr/manifesto/#signform

    Or de quoi s’agit-il concrètement ? On peut aborder le débat concrètement de multiples manières. J’en propose une qui me paraît la mieux appropriée, concernant le groupe Spinelli :

    On n’en a pas parlé sur ces deux articles, mais figure parmi les principaux fondateurs du groupe Spinelli un autre Belge, Guy Verhofstadt, un des principaux soutiens de la "Constitution" européenne devenue depuis traité de Lisbonne, et un fédéraliste convaincu. Rien ne définit mieux concrètement l’enjeu du débat aujourd’hui que les illusions qui justifiaient ce soutien.

    En juillet 2009, au lendemain de l’élection de l’actuel Parlement Européen, et alors que la ratification du traité de Lisbonne était acquise, Guy Verhofstadt disait ceci, dans une conclusion qu’il voulait définitive : « … Nous entrons dans un régime qui sera davantage parlementaire. Mais c’est une réaction à ce que nous avons vécu ces dernières années : l’Union a dérivé vers l’intergouvernementalisme (les Etats décidant par consensus, NDLR) et cela s’est accompagné par une perte de pouvoir de la Commission qui est l’expression même de la méthode communautaire. Je constate qu’elle s’est davantage comportée en secrétariat du Conseil des ministres qu’en organe autonome. La crise économique et financière pourrait être le déclic qui permettra de revenir à une Union où la Commission joue le rôle central qui doit être le sien, le Parlement européen l’épaulant. Car, il est désormais évident que les Etats n’ont pas su réagir avec suffisamment de vigueur à cette crise faute d’une coordination suffisante et que personne n’a les moyens d’y faire face seul. » http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/07/lancien-premier-ministre-belge-guy-verhofstadt-qui-pr%C3%A9side-d%C3%A9sormais-ladle-le-troisi%C3%A8me-groupe-politique-du-parl.html

    La crise de l’euro, également appelée crise de la dette souveraine a eu lieu en 2010. A cette occasion, pour la première fois depuis 1992, a été évoqué publiquement par des chefs d’Etat européens la fin éventuelle de l’Union Européenne. J’ai écrit un article pour Le Taurillon qui passera peut-être un jour et qui explique comment la crise de l’euro a révélé la véritable nature du traité de Lisbonne, comme toutes les crises de cette nature révèlent toujours la vraie nature des institutions politiques qu’elles affectent. La mécanique était à l’œuvre dès le départ, (raison pour laquelle j’y étais opposé dès 2004) et elle a abouti, concrètement à ceci : Le Conseil a pris tout le pouvoir en Union Européenne, la Commission a été réduite définitivement à son rôle de secrétariat, et le rôle véritablement politique du Parlement européen a été réduit à néant. Ce n’est pas que Barroso n’est pas à la hauteur de son rôle, c’est qu’il a été mis là par le Conseil parce que c’est le rôle qui lui est dévolu et qu’il n’y en a pas d’autre pour le Président de la Commission. Accessoirement, Angela Merkel, qui a pris au cours de 2010 le leadership de ce mouvement, est devenue la véritable « présidente » de l’Union Européenne au Conseil des 28 et 29 octobre qui a vu la victoire de toute sa politique à laquelle une majorité du Conseil était pourtant opposée à partir du début de la crise. Même le rôle de cette nouvelle institution, le « Président du Conseil », personnifiée par Herman van Rompuy n’a pas résisté à la crise et a été réduit à rien.

    La « dérive vers l’intergouvernementalisme » dénoncé en juillet 2009 par Guy Verhofstadt s’est terminée fin 2010 par une Union Européenne totalement intergouvernementale. Ce n’était donc pas une dérive, c’était le sens des institutions de la « Constitution » européenne. Soit très exactement l’opposé de ce qui était annonçait. Alain Juppé, cité par un article de Le Taurillon il y a quelques semaines, pouvait triompher en déclarant : « Le fédéralisme est mort en Union Européenne ».

    On en est là concrètement, et concrètement on doit partir de là.

    @ Ronan Ce long développement pour revenir à votre réponse plus haut. Evidemment, ce que je défends ici dit bien le paradoxe de la situation politique actuelle des fédéralistes en Union Européenne et pourquoi il faut être non seulement concret, mais par quoi il faut commencer. Pour résumer : comme vous le dites plus haut et comme je le dis ici, c’est au moment où le rôle politique du Parlement Européen est réduit à néant que l’espoir de voir un jour une Union Européenne fédérale et démocratique (je préfère préciser, parce que ça ne va pas de soit) se trouve uniquement au Parlement Européen. Non pas dans l’idéal, parce que la démocratie n’est pas une idéologie, mais dans la réalité, parce que la démocratie (et le fédéralisme) forment une théorie pragmatique de l’exercice du pouvoir.

    @ Pierre-Jean Verrando Le groupe Spinelli accepte naturellement mal l’adhésion de membres du Tiers Etat comme moi. Je le faisais remarquer précédemment avec quelque amertume pour les membres du Tiers Etat. Mais sentez-vous libre de leur signaler mon commentaire, si vous pensez qu’une chose pareille est acceptable.

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