Deux jours avant le renversement de Ben Ali, Marie-Christine Vergiat, députée européenne pour le Front de Gauche, membre du parti européen Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique, répondait aux questions du Taurillon concernant la situation en Tunisie, en Côte d’Ivoire, et plus largement s’exprimait sur la politique de défense des droits de l’homme et de la démocratie par l’UE

Selon Marie-Christine Vergiat, les évènements des dernières semaines avaient marqué « une étape » , un moment significatif en Tunisie. Après 23 ans d’exercice du pouvoir, le simple fait que Ben Ali parvienne à des scores de 80% à 90% aux élections montrait bien l’état de la démocratie avant son départ. Deux jours avant la démission forcée de Ben Ali, La députée européenne décrivait une situation sans précédent, un mouvement de révolte généralisé s’étendant à l’ensemble du territoire tunisien, sans que les mesures « dites d’apaisement » parviennent à étouffer le mouvement.


Interview de Marie Christine Vergiat 1
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Comment l’UE aurait-elle pu soutenir la révolte, avant la chute de Ben Ali

L’élue européenne avait reproché sa « position timorée » à l’Union européenne, reconnaissant cependant une évolution récente. Deux jours avant la chute de Ben Ali, elle entendait continuer « à pousser », au Parlement européen avec d’autres élus, «  pour que la volonté du peuple tunisien se fasse entendre et que la démocratie soit respectée en Tunisie ».

Interrogée sur les actions précises qui pourraient être prises à l’encontre de la Tunisie, Elle avait évoqué son travail au sein de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb, plaidant notamment pour que les pourparlers en faveur d’un statut de « pays avancé » pour la Tunisie dans ses relations avec l’UE soient suspendus.

Elle avait également rappelé que dans tout partenariat conclu par l’UE se trouve une clause « démocratie et droits de l’homme ». Les accords conclus avec la Tunisie n’échappant pas à la règle, elle avait demandé à ce que l’UE respecte sa parole et respecte ses textes, à ce que les clauses mentionnant les principes fondamentaux de l’UE soient respectés au même titre que les accords économiques. Pour l’avenir de l’UE au niveau mondial, ces questions sont selon elle prioritaires et primordiales : « c’est l’image de l’Union européenne ; si elle veut continuer de peser dans le monde de demain il faut qu’elle continue de porter ces valeurs qui sont les siennes au départ ».


Interview de Marie Christine Vergiat 2
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Contre une défense de la démocratie et des droits de l’homme « à géométrie variable »

Tout en reconnaissant les outils nombreux de l’UE pour sanctionner les pays ne respectant pas la démocratie et les droits de l’homme sans pénaliser les populations, La députée du Front de Gauche avait reproché à l’UE « une réponse à géométrie variable » en fonction des pays et les intérêts de ses Etats membres. Un nombre restreint de pays se trouveraient ainsi « dans le collimateur » de l’UE : Biélorussie, Russie, Chine, Iran, Irak, et Cuba.

Affirmant la nécessité de lutter pour la démocratie et le respect des droits de l’homme dans ces pays, Marie-Christine Vergiat avait voulu rappeler que dans un certains nombre de pays, en Afrique notamment, des dictateurs sont en place sans être jamais inquiétés ni pointés du doigt. Cette politique du « deux poids deux mesures » serait selon elle liée au statut « d’anciennes colonies » d’un grand nombre de pays concernés.

Deux jours avant le renversement de Ben Ali, la députée européenne reprochait à l’UE de ne pas être assez claire sur ses positions concernant la Tunisie, et de couvrir les intérêts français dans ce cas précis. Tout en félicitant les eurodéputés socialistes espagnols de monter au créneau au sujet de la Tunisie, Mme Vergiat s’étonnait ainsi de ne pas les voir adopter un comportement semblable lorsque le Maroc ou le Sahara Occidental sont concernés.

Il n’est pas possible que la promotion des droits de l’homme par l’UE soit à « géométrie variable », déplorait-elle ainsi, rappelant que la démocratie est « un des biens les plus précieux que nous ayons au monde ».

Contre un conflit pour assoir le Président élu Ouattara en Côte d’Ivoire

Interrogée sur la situation en Côte d’Ivoire, Marie-Christine Vergiat s’était inscrite contre le soutien d’une éventuelle intervention militaire par l’UE. Tout en appelant Laurent Gbagbo à respecter le processus démocratique et le scrutin des urnes, l’élue s’était étonnée de voir la communauté internationale tant préoccupée par la situation en Côte d’Ivoire. L’élue a ainsi reproché aux pays de l’UE d’être beaucoup moins engagés concernant d’autres pays voisins. Selon elle, tous les moyens de dialogue devrainet être mobilisés pour éviter la guerre civile et le conflit ethnique auquel pousse Laurent Gbagbo. Une opération militaire, une intervention des anciens colonisateurs, ne serait pas une solution pour la Côte d’Ivoire.

Résumant ses attentes sur les droits de l’homme, Marie-Christine Vergiat voudrait notamment que l’UE utilise le même discours partout dans le monde, et qu’elle ne se contente pas des discours, mais agisse, partout de la même façon, comme l’attendent un certain nombre de démocrates et de pays dans le monde. Les intérêts économiques de l’UE ne devraient pas peser sur la défense des droits de l’homme et de la démocratie qui sont « des biens précieux ».

Accompagner la transition démocratique de la Tunisie, pour qu’elle devienne un modèle au Maghreb

Cette interview ayant été réalisée deux jours avant la chute de Ben Ali, Le Taurillon a invité Marie Christine vergiat a réagir sur le role que pourrait jouer l’UE afin d’encourager la Tunisie dans un processus de transition vers la démocratie.

Dans ce nouveau contexte qui transforme le rôle possible de l’UE, Marine-Christine Vergiat a voulu insister sur « la responsabilité » de l’UE « pour accompagner sans ingérence le peuple tunisien dans sa transition démocratique  ». Parlant du «  nouvel espoir qui s’est levé en Tunisie  », elle a souligné « la valeur d’exemple » que pourrait avoir pour les pays du Maghreb et les pays musulmans une transition démocratique réussie en Tunisie. Elle a notamment appelé à «  refonder les partenariats de l’UE avec les pays du Sud sur l’exigence démocratique, le respect des droits de l’Homme et l’égalité ».