Michèle Rivasi défend le Green New Deal européen

Interview de Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie du Sud-Est

Michèle Rivasi défend le Green New Deal européen

Députée européenne Europe Ecologie, élue en 2009 dans la circonscription du Sud-Est, Michèle Rivasi fait des débuts remarqués au Parlement européen. Membre de la déterminante commission ITRE, qui gère les dossiers liés à l’industrie, la recherche et l’énergie, elle défend avec ses collègues des Verts européens un Green New Deal, qui porte un projet de reconversion durable de l’économie et de la société européenne. Rencontre

Le Taurillon : Les Verts proposent une transformation de l’économie actuelle en économie plus juste et responsable de l’être humain et de l’environnement. Quels sont les signes positifs que vous percevez a l’échelle européenne vous rendant confiante dans l’acceptation de cette transformation de l’économie que Les Verts proposent ?

Michèle Rivasi : La transformation de notre économie est inéluctable : la crise financière n’en finit pas de démontrer les failles de notre système. C’est bien notre système de vie à crédit -dépassant toute rationalité économique, terreau fertile d’une consommation effrénée et empêchant un renouvellement durable de nos ressources naturelles- qui a gâché la vie de millions de personnes abusées par des créanciers trop gourmands. Les leaders du G20 ont failli dans toute régulation du capitalisme financier.

En effet, il faut instaurer en premier lieu de meilleurs systèmes de régulation, afin d’empêcher certains de spéculer sur l’endettement, et surtout limiter l’endettement pour que les générations futures n’en pâtissent pas. Au niveau européen, les choses commencent à bouger. Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur, projette justement de mettre en place une agence de notation européenne pour s’opposer aux agences traditionnelles dont la responsabilité -directe ou indirecte- dans l’escalade vers la crise a été démontrée. Le projet est ambitieux et non sans embûches, mais il reste indispensable.

La transformation écologique de l’économie passe par là, mais aussi par la création d’emplois pérennes et non délocalisables. L’industrie est en train de mourir en Europe, il faut lancer de grands chantiers pour faire émerger l’industrie de demain : grâce aux objectifs que nous nous fixons en matière de R&D nous pourrons y parvenir. Enfin, l’écologie politique est synonyme d’avenir et les idées que nous défendons depuis longtemps prennent de plus en plus de place dans les débats institutionnels : c’est un bon signe d’espoir.

Le Taurillon :Quels sont les principales limitations a ce changement selon vous ?

Les principales limitations à ce changement résident dans les facteurs de définition de richesse, de prospérité, et même de développement. Tous ces indicateurs qui sont censés évaluer le bien-être social, notamment le PIB, nous font aller droit dans le mur. Rendez-vous compte qu’une catastrophe comme celle de l’Erika a dopé l’économie française de par les coûts de dépollution engendrés, c’est comme si l’on se réjouissait que les pompes funèbres accroissent leurs bénéfices : c’est intolérable, il faut changer d’indicateurs ! Notre système économique a construit des êtres individualistes, les systèmes de solidarité traditionnels ont disparu et l’Etat providentiel est chaque jour plus défaillant. La conséquence de cela est un isolement de plus en plus flagrant, menant jusqu’à l’exclusion sociale. Il faut réinventer le vivre ensemble : moins de biens, plus de liens. C’est ainsi que nous devons raisonner.

Grâce au travail d’économistes comme Pierre Larrouturou, Europe Ecologie peut légitimement prétendre à la création d’une économie au service de l’homme (et non l’inverse), d’un nouveau contrat social, où le salarié ne sera plus jetable et où le travail redeviendra synonyme d’accomplissement personnel. La principale limitation à ce changement est le manque d’audace et de volonté politique : il est plus simple de rassurer les gens en prônant un statu quo amélioré qu’en offrant les clés d’une véritable révolution économique. Chez les Verts européens, nous n’avons pas peur de cela : nous craignons plus l’inaction que l’action.

Le Taurillon : Les « Jeunes Européens » est une association de jeunes de moins de 35 ans intéressés par l’actualité Européenne et pouvant être préoccupés par leur futur professionnel (crise économique, fort risque de chômage, délocalisations vécues comme de plus en plus nombreuses, domaines porteurs d’emploi parfois « volatils »...). Au vu de l’actualité de la commission ITRE en charge de la politique Industrielle, Energétique et de Recherche au Parlement Européen, quels domaines vous semblent les plus porteurs d’emploi a l’échelle européenne à l’avenir ?

Michèle Rivasi : En lançant un Green New Deal au niveau européen, comme notre groupe politique le préconise, nous pourrons sortir de la crise : les gisements d’emploi sont partout il faut juste réaliser les projets de demain en intégrant leur durabilité économique. Les pistes sont multiples, il n’y a que notre créativité et notre audace qui peuvent limiter nos ambitions.

Au niveau énergétique, les énergies renouvelables sont un secteur d’avenir pour l’économie européenne : pour garantir notre indépendance énergétique, il est plus judicieux d’investir dans les énergies renouvelables qui créent beaucoup plus d’emploi que l’industrie nucléaire. La sortie progressive du nucléaire dans de nombreux pays européens (Allemagne, Suède, Autriche...) suit une logique de durabilité économique et écologique : elle permettra la création de centaines de milliers d’emplois dans les énergies renouvelables tout en empêchant la création de déchets radioactifs dont on ne sait plus quoi faire.

Les enjeux liés à la mobilité sont aussi créateurs d’emploi. Pourquoi continuer à construire des aéroports alors que nous savons pertinemment que l’aviation va connaître son déclin d’ici une décennie ? Le fret maritime, le ferroutage, la création d’interconnexions ferroviaires au niveau régional et européen sont autant de pistes à exploiter pour sortir de l’impasse des transports gourmands en espace et en énergie.

C’est en temps de guerre que les plus grandes découvertes scientifiques ont été faites, certaines révolutionnent encore notre quotidien aujourd’hui, d’autres le minent. Il faut donc rentrer en guerre contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion pour faire de la société européenne un modèle à suivre au niveau mondial. L’UE doit rester un leader dans l’innovation, mais pas seulement dans l’innovation technologique, mais aussi dans l’innovation sociale et écologique.

Le Taurillon : Quels seront dans les mois à venir vos prochains combats politiques Au sein du Parlement ?

Michèle Rivasi : Ma priorité actuelle au Parlement européen est de parvenir à mettre en place une commission d’enquête sur la gestion de la dite pandémie de grippe A par les institutions communautaires. Mettre en place un tel dispositif est rare. Mais c’est indispensable, car une analyse approfondie de la chronologie des évènements ayant mené à ce fiasco démontre qu’il y a des questions à se poser sur l’indépendance de certains experts, le rôle des lobbies pharmaceutiques et sur la manière dont nos agences européennes (notamment l’Agence européenne du médicament et le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies ) ont suivi les préconisations de l’OMS sans les remettre en cause.

L’UE est pourtant censée nous protéger des défaillances d’autres agences internationales, pour moi il est indispensable de créer une Europe de la Santé et nous en sommes loin, preuve en est. Mon initiative est largement suivie et nous avons pu convaincre plus de 200 parlementaires d’apposer leur signature pour une telle investigation, les présidents de 4 groupes politiques l’ont signé. Parmi mes autres combats figurent le nucléaire civil, les nanotechnologies et les OGM. Les risques de ces technologies pour notre santé sont de plus en plus pointés du doigt. L’être humain n’est pas un cobaye au service des intérêts économiques des multinationales et de leurs actionnaires.

Je suis aussi particulièrement engagée sur les thématiques liées aux pays en développement de par mon mandat de vice-présidente de l’Assemblée Parlementaire Paritaire Afrique-Caraïbes-Pacifique/Union Européenne. Il est important que l’UE garantisse une cohérence dans ses politiques de développement (notamment au niveau de la PAC) car actuellement elle reprend d’une main ce qu’elle a offert d’une autre.

Illustration : Portrait de Michèle Rivasi

Source : Le Flickr d’Europe Ecologie, all rights reserved

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