A l’approche de ces élections présidentielles biélorusses du 19 mars prochain dont, finalement, si peu d’entre nos médias français ne daigne parler, la rédaction du « Taurillon » a souhaité manifester sa sympathie envers le peuple biélorusse qui subit aujourd’hui, au quotidien, la dernière dictature d’Europe.

Dans le cadre de notre mobilisation éditoriale pour la Démocratie en Biélorussie, nous donnons ici la parole à l’une d’entre nos adhérentes qui a déjà eu l’occasion de se rendre récemment sur place et d’y voir la souffrance quotidienne du peuple biélorusse.

Je suis allée en Biélorussie, l’été dernier (en août 2005) et je pensais que mon impression de ce pays pouvait peut-être vous intéresser. En réalité, je suis très contente de pouvoir m’exprimer sur la Biélorussie car le pays est complétement méconnu en France et personne n’en parle ici.

Minsk, escale de voyage : Une ville fantôme et sans charme

Je revenais de Russie avec un groupe (composé à 90% d’Australiens), nous nous dirigions vers Varsovie et nous avons fait halte à mi-chemin à Minsk pour deux jours. Nous étions assommés par une dizaine d’heure de route et par le fastidieux passage de la frontière russe-biélorusse, lorsque nous sommes arrivés à Minsk un samedi après-midi.

Je me rappelle toutefois avoir ressenti une drôle d’impression en entrant dans Minsk alors même que j’étais complètement ignorante de la situation politique du pays. La ville était quasiment déserte, presque pas de passants dans les rues ce qui contrastait immédiatement avec les grandes villes Russes dont nous revenions.

Minsk est typiquement soviétique, bâtiments massifs, longues et larges avenues, mobilier urbain rustique et solide des années 50. Quelques pancartes de propagande pour l’agriculture nationale du pays deci-delà, un ami australien d’origine Serbe m’a traduit les slogans. Une ville sans charme, grise où il ne fait pas très gai vivre au premier abord et qu’on observe d’autant plus sereinement derrière les vitres du car qu’on sait qu’on en partira le jour prochain.

Propagande d’Etat et passages obligés aux Monuments aux morts

Une guide biélorusse nous a fait une présentation et un tour de la ville, son discours (je m’en suis rendue compte au bout de 10 minutes) était un pur produit de propagande politique dicté directement par le « gouvernement » pour être donné aux rarissimes touristes faisant halte ici, entre la Russie et la Pologne.

Un exemple parmi tant d’autres : « voici la maison des médias, elle est détenue par le gouvernement et les programmes sont d’excellente qualité », « voici le cirque national, détenu par le gouvernement, les spectacles y sont les meilleurs », « voici le ministère de l’économie et des finances qui se caractérisait avant par beaucoup d’instabilité, maintenant tout est prévisible et stable grâce au gouvernement ».

Le car s’arrêtait à tous les monuments aux morts qui sont éparpillés nombreux dans la ville. Apparemment, ils sont très respectés des habitants, ainsi il est d’usage pour les jeunes mariés de prendre leur photo de mariage devant un de ces monuments. Le monument aux morts est un symbole, à mes yeux, de la souffrance du pays. Le pays est à chaque génération « vidé » de ces hommes qui partent et meurent à la guerre, les mères y sont préparées, la Biélorussie a été un vivier humain pour toutes les guerres menées par l’ex-Union soviétique.

Et à l’heure d’aujourd’hui, il me semble que les Biélorusses partent toujours en guerre et meurent en Tchétchénie. Des générations d’hommes ont ainsi été détruites, ce qui a créé un déficit masculin énorme au sein de la population et une sorte de sentiment de fatalité.

Fatalité, tristesse et résignation

Notre guide, une femme de trente ans, malgré les plats accents enthousiastes de son discours, était triste. Elle nous a regardé tous et nous a demandé d’où nous venions.

Alors que les gens lui répondaient Australie, Nouvelle-Zélande et France (moi !), elle rêvait en nous écoutant, elle devait certainement nous envier et aurait probablement donné beaucoup pour être à nos places.

Je me sentais tellement privilégiée. Par pudeur, je n’ai pas osé lui poser des questions sur le régime politique en place dans son pays (alors que j’avais un demi-millier de choses à lui demander).

Faire la fête à Minsk, c’est être un étranger

Mon expérience la plus troublante a eu lieu alors que nous prenions le métro pour aller « nous amuser », le samedi soir, dans un café du centre-ville ou dans une boîte. Je me trouvais donc avec le groupe d’australiens. Les australiens avaient déjà un peu bu, ils étaient bruyants, criaient et riaient comme à leur délicate habitude.

Le contraste avec les Biélorusses était tellement saisissant. Autour de nous, les gens avaient des regards vides, je n’avais jamais vu des gens aussi tristes. Ils regardaient les australiens avec des regards durs, je les entendais penser ’’voici les chanceux’’.

Je me sentais très mal à l’aise, les australiens ne remarquaient rien (comme une fois encore, à leur habitude...) malgré la dureté des regards dont ils étaient l’objet.

Arrivés à la boîte, nous avons dû passer un contrôle de policiers d’Etat (présents jusque dans les boîtes), les photos étaient interdites. Mais à part ça, la boîte était similaire aux nôtres en moins sophistiquée. Nous sommes repartis le lendemain en direction de Varsovie.

Telle a été ma très courte et personnelle expérience de la Biélorussie : un pays triste et malheureux qui aspire néanmoins certainement, malgré tout, à la Liberté et à la Démocratie.