Montée des extrêmes droites en Europe : quelle réalité ?

, par Astrid Loury, Jeunes européens Bordeaux

Montée des extrêmes droites en Europe : quelle réalité ?

Les Jeunes Européens- Bordeaux ont organisé un café-débat autour du thème de la montée des extrêmes droites en Europe, en compagnie de Gilles Bertrand, chercheur au centre Emile Durkheim et maître de Conférence à Sciences Po Bordeaux. La thématique est apparue pertinente devant le repli identitaire croissant que l’on peut observer en Europe, où des forces d’extrêmes droites s’exercent indéniablement mais ne sont pas réellement uniformes.

Chacun de ces mouvements a des particularités nationales : l’un s’axe davantage sur l’islamophobie, l’autre sur une chrétienté extrême.

Le socle commun des mouvements d’extrême droite

On peut néanmoins dégager des traits communs à ces mouvances, notamment le nationalisme, c’est-à-dire l’idée que nous devons être gouvernés par des gens qui nous ressemblent.

Cette idée, née et portée au moment de la Révolution française et alors associée à la démocratie, a subi des dérives populistes dès le XVIIIème siècle. La démocratie paraît inefficiente, il semble nécessaire d’être gouverné par un vrai chef sans s’embarrasser d’instances de représentation.

C’est ce lien entre le chef et le peuple (que l’on retrouve chez Hitler ou chez Mussolini) qui est au fondement des mouvements d’extrême droite européens.

Pourquoi une « montée » des extrêmes droites en Europe ?

On peut effectivement parler de montée au vu des scores enregistrés par les partis d’extrême droite lors des élections, et ce dans plusieurs pays européens (pays scandinaves, Hongrie…). C’est une conséquence directe des attentats du 11 -Septembre à New York en ce sens où les effets psychologiques produits ont été bien plus puissants que les effets réels.

Cette montée est difficilement constatable via l’outil que constitue le sondage. Les sondages sur l’extrême droite sont peu fiables pour deux raisons : d’une part, les électeurs avouent difficilement un vote pour un parti d’extrême droite et d’autre part certains électeurs prétendront avoir voté pour un parti d’extrême droite par pure provocation.

Cette montée de l’extrême droite se fait en parallèle de l’augmentation de l’abstention, et de la contestation des systèmes politiques nationaux et européen. En prenant en compte les chiffres de l’abstention, la montée des extrêmes est plus facile à relativiser.

Ainsi, le nombre d’électeurs du Front national en France est stable depuis les années 1980 (entre 4,3 et 5 millions). Les partis nationalistes ont souvent une présence historique dans un Etat. C’est notamment le cas en Italie, avec la Ligue du nord, mais aussi dans les anciens pays du bloc de l’Est, où les partis d’extrême droite ont changé d’appellation mais conservent une influence importante.

Il faut davantage s’inquiéter de la situation des pays scandinaves, qui n’avaient jusque là pas de tradition du parti extrémiste. Le développement spectaculaire de ces partis a par ailleurs influencé à la fois le discours des autres partis, qui ont dû se radicaliser, mais aussi l’agenda politique, pour refléter des préoccupations grandissantes des citoyens.

Des extrêmes droites au pluriel ?

Les situations diverses que l’on rencontre aujourd’hui en Europe s’expliquent par des raisons avant tout historiques. En France, l’histoire de l’extrême droite a notamment été marquée par l’expérience du régime pétainiste, la décolonisation ou encore le mouvement poujadiste.

En Belgique, il existe deux partis d’extrême droite : un parti wallon similaire au Front national français et un parti flamand identitaire indépendantiste. En Scandinavie, la montée des partis d’extrême droite est peut-être la conséquence de systèmes politiques trop stables et trop lisses. Ces pays enregistrent une montée du sentiment xénophobe, s’expliquant par leur absence de participation aux politiques d’appel aux migrants menées en Europe de l’Ouest (France, Allemagne).

L’immigration y est donc beaucoup plus récente et les politiques d’accueil sont plus ouvertes dans ces pays qui n’ont pas de passé colonial, d’où des tensions en période de crise, comme cela a été le cas en 2009. En Europe de l’Est, le passage d’un système communiste à un système ultralibéral a créé des tensions.

Le point commun de ces pays est qu’ils ont toujours connu un nationalisme fort, y compris dans les pays scandinaves. On le constate d’autant mieux que certains pays n’ont pas de partis d’extrême droite (Espagne, Portugal, Royaume-Uni). Ces pays ont une droite classique très forte et relativement large qui ne laisse pas la place à l’émergence de l’extrémisme.

Quel est le rôle de l’Europe dans la montée de ces extrêmes ?

De manière générale, on trouve des thèmes nationaux communs dans plusieurs pays : la question de la pression fiscale, la critique de la classe politique, la corruption, les régionalismes… Mais on retrouve aussi des thématiques paneuropéennes. L’hostilité vis-à-vis des immigrés est commune à tous les Etats d’Europe et le sentiment xénophobe s’est concentré sur les musulmans depuis les attentats du 11 -Septembre.

La psychose islamophobe a décomplexé les mouvements d’extrême droite post-Seconde guerre mondiale : ils ne sont désormais plus assimilés aux vieux mouvements fascistes et antisémites. Enfin, l’hostilité envers la construction européenne et ses acteurs (à commencer par la Commission) s’est révélée être une thématique essentielle du discours des partis d’extrême droite. Ceci suggère que c’est peut-être avant tout à l’Europe d’apporter une réponse à la montée de ces mouvements.

Illustration : Gilles Bertrand, chercheur au centre Emile Durkheim et maître de Conférence à Sciences Po Bordeaux.

Source : Kévin Perrottet

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