Narcisse et photocopieuse

, par Kristian Kubasch

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Narcisse et photocopieuse

Il y a deux populistes majeurs sur la scène politique autrichienne : Jörg Haider (1950-2008) durant plusieurs décennies et depuis peu Heinz-Christian Strache (né en 1969).

Haider sans retenue

Jörg Haider a polarisé l’Autriche durant plus de 20 ans d’activité politique sans avoir peur de prononcer des propos “politiquement incorrects” : Il qualifiait ainsi Jacques Chirac de „Napoléon de poche”, le commissaire européen Franz Fischler de “traître de la patrie” dont on devrait retirer la citoyenneté autrichienne. Ou encore au parlement de Carinthie : „Cela n’existait pas dans le troisième Reich, car les politiques de l’emploi fonctionnaient proprement à l’époque”.

En même temps, sa relation avec l’Islam a été contradictoire. Il parcourait l’Irak, l’Egypte, le Koweit, la Syrie, il rendait visite à Saddam Hussein, il était un ami de la famille de Muammar Kadafi. Il appuyait l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Haider fut gouverneur du Land méridional de Carinthie jusqu’à sa mort. Il bénéficiait en effet d’un fort soutien de la part de la population.

Strache en bon élève...

Heinz-Christian Strache est également connu pour être „politiquement incorrect” : „Vienne ne doit pas devenir Istamboul”, „Grâce a Schlüssel et compagnie l’Autriche est devenu un aimant pour les réfugiés” ; „Trop sont parmi eux des criminels”. Ce n’est pas évident pour Strache de ne pas passer comme un partisan de l’extrême droite fascisante.” Il existe soit-disant des photos sur lesquelles on le voit participer aux exercices paramilitaires, ou faisant le salut à la Kühnen.

Dans la FPÖ, Strache a longtemps été considéré comme l’apprenti du maître Haider : leurs parcours politiques ont en effet beaucoup de similitudes. Lorsque Haider a séparé la BZÖ de la FPÖ, leur amitié s’est pourtant achevée. Selon Strache, il s’agissait d’une trahison de la part de Haider. Depuis que Strache est devenu le nouveau leader de la FPÖ, on évoque une spirale négative dans laquelle s’entrainent mutuellement Strache et Haider.

Duel télévisé : ni intéressant, ni amusant, mais peut être embarrassant

Lors des élections de 2008 on estimait que les deux populistes se disputaient le même électorat. Un duel télévisé a eu lieu le 22 août 2008 duquel beaucoup attendaient un débat cruel pour l’obtention des voix du troisième camp. Rien de nouveau du point de vue du contenu : les thèmes abordée furent la lutte contre l’augmentation de prix (pas encore dans une perspective de la crise financière), l’immigration et le soutien des familles. Donc aucune différence remarquable dans leurs positions pour les observateurs extérieurs.

La forme n’était pas dramatique non plus, mais une certaine haine était perceptible lors du débat. Haider prenait le rôle du maître face à l’apprenti : „Vous n’est qu’une photocopieuse...”, aussi annonça-t-il la remise d’une facture pour les „droits d’auteur”. La FPÖ n’a pas eu „de nouvelles idées depuis (s)on départ”. Strache, qui contrairement à son interlocuteur s’interdisait dès le début le tutoiement, était plutôt agressif : „Vous voyez la politique uniquement à travers vos lunettes de Narcisse que vous êtes”. Comme conclusion ratée, Strache remit au „Cameleon” une colonne vertébrale en plastique. Cela passait dans les médias – surtout autrichiennes – pour peu intéressant, encore moins amusant mais peut-être un peu embarrassant.

Pendant que Strache excluait toute coopération entre la FPÖ et la BZÖ, Haider prévoyait lui une évolution de leur relation dans l’avenir proche. Prédiction d’un politicien expérimenté et rusé ? Au final, les deux populistes ne se sont pas réellement pris de voix, loin de là : leurs partis ont gagnés 6% chacun par rapport à l’élection précédente. Les perdants de l’élection du 28 septembre étaient bien les deux partis établis : la SPÖ et la ÖVP.

L’histoire peut-elle se répéter ?

Par conviction, par morosité politique ou par protestation contre la politique actuelle, 28% des citoyens autrichiens ont voté pour les partis d’extrême-droite. Si Haider et Strache ne s’étaient pas déchiquetés et s’étaient présentés ensemble aux élections, ils ne leur aurait alors manqué qu’un pour cent pour être la force politique la plus puissante en Autriche. Le chancelier aurait pu venir du camp de la droite populiste !

Nous ne sommes pas des fatalistes. Mais se peut-il que l’Autriche soit plus importante que nous ne le pensons ? Indéniablement associée à l’éclatement de la Première Guerre mondiale, ayant mis à disposition une personnalité déterminante pour la Deuxième Guerre mondiale, devenue victime après une annexion pourtant célébrée... et aujourd’hui 28% de la population vote pour l’extrême-droite.

Se peut-il que la république alpine soit un indicateur de la faiblesse de la politique européenne, et du niveau de la démocratie européenne ?

Illustration : affiches électorales de l’extrême droite autrichienne. Source : wikipedia

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