Nucléaire iranien : vers un consensus européen ?

, par Antoine Evrard

Nucléaire iranien : vers un consensus européen ?

Le 20 novembre, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont repris le chemin de Genève pour le deuxième tour des négociations sur le nucléaire iranien. Ils ont retrouvé les Etats-Unis, la Russie et la Chine, participant également aux discussions. Lors de la première réunion, du 8 au 10 novembre, Laurent Fabius avait fait montre d’une grande fermeté. Nettement plus discrets, Britanniques et Allemands ont néanmoins adopté des positions également prudentes. L’occasion pour l’Europe de parler d’une voix commune à l’international ?

La France formule quatre exigences

Depuis dix ans, les relations entre l’Iran et les pays occidentaux sont houleuses. En effet, le programme nucléaire iranien, jugé contraire aux principes de non-prolifération en raison de son ambition militaire, a conduit l’Union européenne à prendre des sanctions économiques à l’encontre de l’Iran. Ces fortes contraintes économiques, qui viennent s’ajouter à l’absence de relations diplomatiques avec les Etats-Unis depuis la prise d’otage de l’ambassade américaine en 1979, a renforcé l’isolement de Téhéran, ainsi que ses difficultés financières.

L’élection d’Hassan Rohani à la présidence de la République islamique iranienne, le 14 juin dernier, a néanmoins rebattu les cartes. Réputé modéré malgré sa bonne entente avec le Guide suprême Ali Khamenei, le nouveau dirigeant a restauré le dialogue avec l’Occident alors que cette perspective semblait totalement bloquée avec Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir. Son discours à la tribune des Nations, le 24 septembre, a particulièrement marqué les esprits et ouvert la porte à une reprise des négociations avec son pays.

A Genève, du 8 au 10 novembre dernier, les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU, auquel est joint l’Allemagne, ont donc discuté avec l’Iran de son programme nucléaire. Prometteur, ce premier tour des négociations s’est néanmoins soldé par un échec. La France s’est révélé être l’interlocuteur le plus ferme et le plus exigeant. Relayé par François Hollande, Laurent Fabius a mis en avant plusieurs demandes : la mise sous contrôle international des installations nucléaires, la limitation de l’enrichissement de l’uranium à 20%, la réduction du stock existant et l’arrêt de la construction de la centrale d’Arak.

Soutien britannique, allemand et européen

Critiquée par l’Iran et accusée de faire cavalier seul, la France n’est néanmoins pas isolée. « Les Français ont refusé de signer et nous avons pareillement refusé », a ainsi déclaré John Kerry. Quant au Royaume-Uni, le pays a également contribué à renforcer la pression sur l’Iran afin d’obtenir un accord satisfaisant. En effet, le pays va de nouveau envoyer un chargé de mission à Téhéran mais sans faire de lui un résident permanent. Selon la même logique, l’Allemagne a jugé réaliste d’aboutir à un accord, et a mis en avant les importantes perspectives économiques qui pourraient en découler. De fait, depuis la mise en place des sanctions, le pays a divisé par deux ses exportations de pétrole.

En outre, en guise de soutien à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne, l’Union européenne a également fait preuve de fermeté à l’égard de l’Iran, en rétablissant des sanctions contre sept banques iraniennes. Annulées par la justice en septembre dernier en raison de vices de forme, les pénalités contre sept établissements bancaires suspectés de participer au développement du nucléaire dans le pays, ont ainsi été réactivées par les ministres européens des Finances réunis à Bruxelles.

L’Iran devra apporter des garanties

Dans un tel contexte, l’issue du deuxième tour des négociations de Genève s’annonce incertaine. En raison de la position prudente des trois pays européens participants aux discussions, il est improbable qu’un accord puisse être trouvé si l’Iran n’apporte pas de gages supplémentaires quant à ses ambitions nucléaires. Etranglé par les sanctions financières et sous la menace d’Israël et de l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient, Téhéran apparaît donc au pied du mur.

C’est en effet cette situation délicate qui avait conduit la République islamique à tendre la main aux Etats-Unis et aux pays occidentaux. Cependant derrière les déclarations de bonnes intentions, les interlocuteurs de l’Iran n’ont jusqu’à présent pas perçu d’avancées significatives. Les persécutions envers les opposants politiques au régime des mollahs est toujours extrêmement féroce. En atteste le nombre très élevé d’exécutions, ou encore l’attaque meurtrière du camp d’Achraf, où 52 réfugiés politiques ont péri le 1er septembre.

Enfin, l’annonce de la possible découverte d’un site nucléaire secret, le 18 novembre, n’a fait que renforcer la suspicion à l’égard d’Hassan Rohani et de son gouvernement. En effet, le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), organisation opposée au régime, a rendu public des images satellites d’un potentiel site nucléaire clandestin, au sein d’une base militaire près de la ville d’Ispahan. Dans l’immédiat invérifiables, ces informations seront néanmoins étudiées méticuleusement dans la mesure où le CNRI a par le passé été une source d’information digne de confiance de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Ainsi à Genève, les pays européens disposent d’une nouvelle opportunité de faire front uni sur la scène internationale, à l’heure où l’action étrangère de l’Union européenne continue d’être perçue comme faible et alignée sur celle des Etats-Unis.

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