Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

La révolution de Jasmin met à nu les faiblesses de la politique étrangère de l’Europe.

, par Traduit par Emmanuel Vallens, Marian Schreier

Politique de voisinage de l'UE et révolution de jasmin

D’un côté de la Méditerranée, les Tunisiens s’engagent avec courage et confiance sur la voie d’un avenir qu’on espère librement choisi. Sur l’autre rive, l’Union européenne et ses Etats membres hésitent et temporisent. La Révolution dite « de Jasmin » et la succession du Président Zine e-Abidine Ben Ali mettent à jour les faiblesses de la politique étrangère de l’UE.

La Tunisie fait partie de la première génération de pays ayant bénéficié des mesures de l’IEVP. Pourtant, le développement dans le domaine politique a laissé à désirer, comme l’ont souligné le Document de stratégie 2007-2013 et le programme indicatif national 2007-2010. Mais au lieu d’insister encore sur la modernisation politique, la proposition du Document de stratégie se concentre pour 200-2010 sur trois objectifs :

  • La gouvernance économique et la convergence avec l’UE
  • Le renforcement du marché du travail
  • Le développement durable.

La politique de voisinage européenne et la Tunisie

La répartition des moyens financiers reflète également ce positionnement. Les 300 millions d’euros prévus pour la période 2007-2010 ont été canalisés dans des projets de développement économique. L’inventaire établi par la Commission en mai 2010 va dans le même sens. Il reconnaît certes un déficit dans le domaine de la démocratisation, mais le regard porté sur l’avenir se concentre sur l’économie.

En résulte une difficulté structurelle, qui tient à l’importance réduite de la modernisation politique dans l’IEVP. D’un point de vue financier, plus de moyens devraient être consacrés à cette question, via le développement de la coopération administrative, sous forme de jumelages. La difficulté politique réside dans l’écart entre l’exigence affichée et les réalisations. L’idée de base d’un mécanisme d’échanges « incitations de nature économique contre progrès politiques » est convainquant.

Mais l’évaluation des réformes doit ensuite être menée strictement. En cas de non-respect, les mesures de soutien doivent être adaptées. La Tunisie pourrait constituer un signal pour la politique de voisinage… Si l’UE revoit son positionnement, et agit plus fermement vis-à-vis d’autres pays de la région, comme l’Egypte.

Trois propositions pour la transition en Tunisie

La politique étrangère de l’UE peut tirer de nouvelles forces de ses faiblesses brouillonnes. Dans le cas tunisien, il faudrait mettre en œuvre la politique de voisinage de manière cohérente. Pour commencer, l’UE devrait apporter son soutien à l’organisation des élections, comme déjà promis par Catherine Ashton et Štefan Füle.

Une deuxième mesure serait le soutien au processus de transition, sous l’angle administratif et institutionnel. L’UE devrait mettre plus à profit l’instrument de la coopération administrative, c’est-à-dire les experts européens accompagnant les experts locaux. Car un Etat en transition a un besoin immédiat d’institutions stables.

Enfin, il est important que l’UE fournisse une aide économique d’ampleur à la Tunisie. Les manifestations fin 2010 furent d’abord alimentées par l’insatisfaction à l’égard de la situation économique, avant de prendre une dimension politique. L’avenir du futur gouvernement démocratique ne sera pas assuré sans une maîtrise des problèmes économiques.

Espérons que l’UE tire les leçons de l’expérience tunisienne. Qu’elle prenne plus vite conscience des tendances à l’œuvre au Maroc, en Algérie et en Jordanie, et agisse en conséquence.

Illustration : politique européenne de voisinage

Crédits : carte d’après Master Uegly, tous droits réservés.

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Vos commentaires

  • Le 3 février 2011 à 06:42, par Martina Latina En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    L’article de Joschka Fischer que « Sauvons l’Europe » vient de publier propose une solution large et durable sous le titre « Le creuset méditerranéen » : là se trouvent à la fois les sources les plus profondes de l’Union européenne et les appels les plus pressants à un « Partenariat euro-méditerranéen », que d’ailleurs la carte illustrant votre article relaie à merveille. DENN JEDE HEUTIGE DEMOKRATIE BRAUCHT UND WEBT FESTE BÜNDE ZUR FREIHEIT MIT DEN ANDEREN VÖLKERN.

  • Le 3 février 2011 à 11:14, par HR En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    Les crises, intérieures ou extérieures, qu’elles soient économiques, (crise de l’euro), ou plus pûrement politiques (politique étrangère de l’UE vers les pays arabes) sont révélatrices du pouvoir et des institutions politiques.

    Fautes d’institutions politiques démocratiques, l’Union Européenne se révèle un pouvoir faible.

    C’est probablement voulu ainsi, et c’est dans l’ordre des choses. L’Union Européenne est toujours sous la tutelle politiques des USA. Les armées US occupent et dominent toujours militairement l’Union Européenne.

    La crise de l’Egypte est encore plus révélatrice que la Tunisie sur ce plan. Alors qu’elle se situe à la frontière sud de l’Union Européenne, les USA multiplient les interventions, l’Union Européenne reste muette.

    Normal, les armées US ne se servent pas de leurs bases en Union Européenne que pour contrôler l’Union Européenne. L’Union Européenne est également la base, le porte-avion des forces militaires US qui sert au contrôle de toute l’Afrique du Nord par les USA.

    Evidemment, comme cet article est écrit par une Allemande... Son aveuglement s’explique...

    http://www.eucom.mil/

  • Le 3 février 2011 à 11:19, par HR En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    http://www.eucom.mil/

    A propos de ce lien que j’ai publié dans ma réaction précédente, je propose aux curieux d’observer la chose suivante sur la page d’accueuil Internet du European Command : Il y a un défilé de dispositives. Vous pouvez toutes les regarder. On n’y voit pas un seul drapeau de l’Union Européenne...

  • Le 4 février 2011 à 08:18, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    Si je vous rejoint sans peine pour regretter la faiblesse des institutions européenne je conteste votre vision un peu paranoïaque de la relation transatlantique : il n’y a en rien tutelle mais une alliance. Les intérêts européens et américains convergent en règle générale et le partenariat entre les Européens et les Américains est nécessaire pour nous aider à les sauvegarder. Naturellement, les Américains investissent plus dans leur défense que les Européens, mais cette situation est le fait de nos choix budgétaire, pas d’un soi-disant hégémonisme américain. Enfin parler d’occupation militaire pour se référer à la présence des bases militaires de nos alliés est tout simplement absurde.

  • Le 4 février 2011 à 10:44, par HR En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    @ Valéry

    Comme je suppose que ça s’adresse à moi, je rappelle que cette Alliance s’est formée à une époque où les Européens, même les Anglais, n’avaient pas le choix.

    Ca laisse des trâces. Alliance suppose une relation équilibrée.

    Or cette relation ne peut pas être équilibrée. Le commandement militaire de l’alliance ne peut jamais être européen, il est obligatoirement américain. L’alliance ne s’est pas formée entre des égaux, mais entre des vainqueurs, les Américains, et des vaincus, les Européens.

    Il y a des troupes américaines en Europe, il ne peut pas y avoir de troupes européennes aux USA.

    Ne pas confondre lucidité et paranoïa. Ne pas confondre aveuglement et lucidité.

    @ Herbinet.

    Encore une fois, les événements en Afrique du Nord montrent que les gens y ont déjà à leur disposition une abondante production de grandes déclarations de principes. Visiblement, ils ne sont pas demandeurs.

  • Le 4 février 2011 à 10:52, par HR En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    @ Valéry-Xavier Lentz

    Quant à l’expression « occupation militaire », je la maintiens, parce qu’à l’origine, la présence de ces troupes étaient une véritable occupation, ne serait-ce que par leur statut. Même en GB pendant la guerre, les troupes américaines avaient le statut de troupes d’occupation.

    Ce qui est plus intéressant, c’est que lorsque j’écris cette expression vous vous sentez obligé d’évoquer un tabou concernant la nature de cette présence.

    On y trouve la source d’une sorte de refus des Européens de se regarder pour ce qu’ils sont aujourd’hui. Ce qui explique largement la propension, en particulier ici, à lire exclusivement l’Europe à la lumière d’un passé à jamais révolu.

  • Le 4 février 2011 à 13:40, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    @HR : votre expression est à la fois fausse et insultante. Votre excès décrédibilise votre propos. Regretter l’existence de bases de nos alliés sur notre sol est une opinion légitime, même si je ne la partage en rien. Pour ma part je me réjouit de cette présence. Toutefois utiliser ces termes est tout simplement ridicule.

  • Le 4 février 2011 à 14:33, par Martina Latina En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    Pardonnez-moi de reprendre la parole (muette) sur le clavier : j’attendais impatiemment ce matin la publication des commentaires suscités par cet excellent article pour rectifier une formule erronée dans mon précédent message, quand une panne de connexion s’en mêla.

    Par souci de netteté surtout face aux nouveaux événements égyptiens, disons haut et clair, en allemand comme en français ou dans tant d’autres langues, la nécessité de la solidarité dans et pour la liberté. Car chaque démocratie actuelle exige et développe de nouveaux liens de liberté avec les autres peuples : DENN JEDE HEUTIGE DEMOKRATIE BRAUCHT UND ENTWICKELT NEUE BUNDE ZUR FREIHEIT MIT DEN ANDEREN VÖLKERN.

  • Le 5 février 2011 à 12:02, par HR En réponse à : Politique de voisinage de l’UE et révolution de jasmin

    @ Valéry-Xavier Lentz

    Réponse intéressante. Où avez vous lu que je regrette la présence de troupes américaines sur le sol européen ? Montrez le dans tout ce que j’ai pu écrire à ce sujet ici.

    Faute de quoi, vous pourrez alors relire votre réponse et vous demander la raison du ton et de la nature de votre réaction. Parce que j’aborde un gigantesque tabou politique ?

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