Première réunion du G20 Finance à Paris : un démarrage très doux

, par Anne-Laure Maclot

Première réunion du G20 Finance à Paris : un démarrage très doux

Réunis à Paris les 18 et 19 février dernier, les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales des puissances membres du G20 ainsi que les pays et les institutions ne sont parvenu qu’à des avancées incomplètes.

Parmi les avancées, la définition d’indicateurs visant à identifier les déséquilibres macro-économiques à résorber pour assurer la soutenabilité de la croissance mondiale compte pour beaucoup.

Toutefois, l’ambition française n’a pas pu aboutir. En effet les références aux réserves de change, l’une des mesures les plus controversées, et les références aux transactions courantes, le tout dans le but de mesurer les déséquilibres, ont été empêchées en raison de l’opposition chinoise.

La Chine évite ainsi une stigmatisation au sujet du montant colossal de ses réserves et de la sous-évaluation du taux de change de sa monnaie lui permettant de rester très compétitive grâce à ses exportations. En outre, certains grands pays émergents ont également refusé de voir les réserves de change considérées comme un critère dans la prévention de nouvelles crises.

En avril prochain à Washington, les lignes directrices servant à apprécier les indicateurs seront élaborées tandis que les politiques permettant de traiter les causes de ces déséquilibres seront définies.

A défaut d’autres avancées, on peut noter la volonté des puissances de renforcer le système monétaire international. Il sera question dans les prochains mois d’accroitre la stabilité du système financier et de laisser une place aux pays émergents dans un nouvel ordre multipolaire. Par ailleurs la volatilité excessive des flux de capitaux, jugée néfaste par les pays membres du G20, doit être combattue. L’idée sous-jacente est que l’équilibre dans la croissance permet la croissance de tous.

Deux autres points méritent d’être soulignés : il s’agit d’une part, selon la volonté française, de travailler dans le futur à la réduction de la volatilité des prix des matières premières en insistant sur la transparence des marchés et d’autre part d’encourager le plan d’action du groupe de haut niveau des Nations Unies sur le financement de la lutte contre le changement climatique.

Des avis partagés sur le bilan de cette première rencontre sous présidence française

En affirmant que la crise est derrière nous et que l’Europe sociale doit maintenant être sauvée, Dominique Strauss Kahn s’oppose à Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne qui continue à défendre l’austérité et la stabilité des prix. Ce dernier a exposé l’idée de « créer les conditions au niveau mondial d’une croissance forte, soutenable et équilibrée.

Pour cela, il faut faire en sorte de réduire les déséquilibres excessifs et notamment les déséquilibres de balance des paiements courants. » A cela il a ajouté que cette réduction est possible à travers une coordination des politiques et des indicateurs. Selon lui, la réunion G20 Finances a été « utile, sérieuse, positive ».

Christine Lagarde, ministre de l’Economie française ne croit pas qu’une taxation des transactions financières pour le développement sera possible cette année. Malgré la volonté franco-allemande d’aller dans ce sens, les Etats-Unis et d’autres pays y sont opposés. Il faudra trouver un autre moyen d’action, ce qui ne sera pas chose aisée, les finances publiques européennes comme américaines étant déficitaires.

Que dire du caractère bien trop politique de l’événement ?

Comment ne pas savoir que Dominique Strauss-Kahn était présent au sommet du G20 le weekend dernier à Paris ? Ne l’oublions pas, il était bien là en sa qualité de Directeur général du Fonds monétaire international, et non pas en potentiel futur candidat à l’élection présidentielle française de 2012.

L’attitude de la presse, notamment française dans ce cas précis, est symptomatique d’un retour aux préoccupations nationales, fait par ailleurs avéré par d’autres actes lors de ce G20. Outre l’attitude non-coopérative de la Chine et les critiques des Etats-Unis qui en découlent, le Brésil maintient une décision ferme contre une régulation des cours des matières premières agricoles afin de ne pas réduire ses recettes d’exportation.

L’apparente coopération établie lors de la crise s’estompe doucement car l’économie mondiale semble aller mieux. Dans le même temps, les préoccupations nationales reprennent le dessus. Les positions fermes ne semblent pas être défendues, car personne n’ose sacrifier ses avantages sur l’autel de la coopération censée améliorer l’économie mondiale.

Sans une mise à plat réelle des capacités et des ressources de chacun accompagnée d’une volonté de résoudre durablement la situation, la présidence française du G20 atteindra difficilement ses objectifs, notamment en termes de supervision financière.

Crédits photo : International Monetary Fund, certains droits réservés

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