Quand les partis nationalistes s’inventent européens

, par Aurélien Brouillet

Quand les partis nationalistes s'inventent européens

Après une multiplication des rencontres bilatérales, les chefs de partis de diverses formations nationalistes ont annoncés lundi 18 novembre, vouloir s’allier afin de devenir la troisième force du Parlement Européen. Sont concernés : le FN français, la Ligue du Nord en Italie, des Démocrates suédois, du Vlaams Belang en Belgique et du SNS slovaque, le FPÖ Autrichien ainsi que le PVV des Pays-Bas.

Cette alliance ne présage rien de bon pour les élections du 25 mai. Si les rêves des populistes deviennent réalité, le fonctionnement des institutions sera, si ce n’est paralysé, tout au moins ralenti. Et pourtant, cette alliance va dans le bons sens. Elle va en effet dans le sens d’une politisation des élections européennes et surtout va permettre à ces partis de soulever des questions véritablement européennes. Il ne reste plus qu’à déplorer que seuls les partis extrémistes soient capables d’avoir une telle lucidité.

L’alliance entre les partis europhobes est-elle viable ?

Au premier abord, on comprend mal pourquoi des partis farouchement nationalistes décident, pour les élections européennes, de s’allier. Ils prônent tous un retour aux frontières et accusent l’Europe des tous les maux du monde. Une logique serait de refuser de participer à un système qu’ils dénoncent et dévoient en permanence. Mais une des principales contradictions des forces « anti » dans une démocratie est qu’elles profitent toujours de l’ouverture du système, même si c’est pour vouloir sa fin. Ils ne voient ainsi aucun problème à toucher des salaires plus que conséquents en tant que députés européens tout en ne siégeant jamais et en crachant sur le Parlement Européen.

On comprend qu’il n’y a pas d’opposition majeure à ce que des groupes qui, pour des motivations semblables sur le fond (détruire l’Union Européenne), s’unissent. Même si leur doctrine est la plus souvent xénophobe, les motivations au sein du Parlement Européen restent les même. On assistera ainsi à des votes systématiquement contestataires, dont le seul but est de revenir à plus ou moins long terme à l’Europe des nations. Seules des prises de positions systématiquement opposées à toute progression des objectifs de l’Union permettra de souder ce nouveau groupe.

Dès lors, l’alliance entre ces partis est non seulement viable, mais, si elle fonctionne sans accroc, particulièrement dangereuse. Pour cela, il faudra changer les habitudes de nombre des élus actuels de ces formations et venir siéger, au moins aux plénières, au Parlement Européen. Mais, si jamais un tel front d’opposition systématique efficace est mis en place, le fonctionnement des institutions risque d’être troublé. Quand on connait la lenteur déjà existante de nos institutions, l’existence d’un front de blocage risque d’être problématique.

Une alliance intelligente

Et pourtant, force est de constater que cette alliance est particulièrement intelligente. Je m’explique. En 2009, un parti très récent fait, en France, des scores étonnamment élevé aux élections européennes (16,28 % des voies exprimés). Il s’agit d’Europe Ecologie, ce petit parti, constitué pour les élections, doit son succès à une chose. Il a fait campagne sur l’Europe. En prenant des têtes de listes ayant une expérience certaine du Parlement Européen et en expliquant aux Français les grands enjeux des cinq années à venir au niveau européen, le parti a enregistré un succès majeur et inattendu. Dans le même registre, selon un sondageEurobaromètre Flash d’octobre dernier, 68% des français souhaitent que les hommes politiques parlent plus de l’Union Européenne.

On touche là le fond du problème. Avec une alliance entre les forces europhobes, les partis concernés, vont parler d’Europe. Ils vont poser les problèmes. Ils n’y répondront qu’avec des solutions au mieux, farfelues et irréalisables, au pire, extrêmement dangereuses, mais ils poseront les questions. Comment mieux démocratiser l’Union Européenne ? Comment lutter contre le chômage, fléau européen actuel ? La politique migratoire de l’UE est-elle efficace ?...

Toutes ces questions doivent être posées. Et les citoyens doivent pouvoir choisir selon leurs inclinations. Mais nous sommes maintenant dans une configuration où seuls les extrêmes posent les questions et y accolent, bien entendu, leurs raccourcis simplistes. La décision d’alliance des partis europhobes est une bonne chose pour le débat public européen. Elle fait naître une véritable scène publique européenne. Encore faut-il maintenant que les partis pro-européens occupent cette scène et dénoncent la démagogie des extrêmes.

Quelle réponse face à cette alliance ?

Le parti écologiste européen vient de lancer ses primaires. On ne peut que se réjouir d’une telle initiative, qui, elle aussi, va dans le sens de la création d’un espace public européen. Mais où sont les autres partis ? Le PSE, le PPE, les centristes dont les extrêmes veulent s’offrir le scalp en les détrônant de leur troisième place au Parlement ? Force est de constater qu’ils sont aux abonnés absents. Aucun programme, des discussions de couloirs pour décider de qui briguera la présidence de la commission…

On peut dire ce qu’on veut des partis europhobes, mais ils ont, eux, compris le véritable enjeu des élections du 25 mai. Ces élections qui arrivent à un tournant dans l’histoire de l’Union. Il faut expliquer aux citoyens que le système actuel n’est plus viable, mais que la solution pour renouer avec la prospérité n’est pas le repli national mais, bien au contraire, la fédéralisation de l’Europe. Il faut, par des exemples concrets, expliquer, faire de la pédagogie intelligente.

Ce site essaye ainsi de mettre en lumière, de rendre intelligible certains des grands enjeux européens. Mais cela devrait être fait par les politiques. Et il ne s’agit pas de se poser en défenseur de l’Europe telle qu’elle est. Il s’agit de montrer qu’il y a des pistes de réflexion sur l’Europe de demain. Mais il s’agit avant tout de montrer que l’on s’intéresse à l’Europe. Quand un ministre en exercice se lance dans une campagne sans présenter sa démission, il est vraiment difficile de penser qu’il prend les enjeux européens très à cœur…

Enfin, on parle beaucoup, dans les cercles fédéralistes, ou au sein du Parlement européen sortant, de la possibilité de faire une nouvelle convention, une fois les élections passées. Cette convention, en tirant les erreurs de la précédente, pourrait préparer le saut fédéral de l’Union Européenne. Je soutiens de tout cœur cette idée. Mais attention à ce que les élus au Parlement européen, qui vont décider de la réunion de cette convention, ne soient pas ceux des partis europhobes nouvellement alliés…

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