Avenir de l’Europe

Quels chantiers pour l’Europe ?

Auteur du livre « Aimer l’Europe »

, par Robert Toulemon

Quels chantiers pour l'Europe ?

On peut raisonnablement espérer que le nouveau traité européen signé à Lisbonne le 13 décembre sera ratifié par les 27 Etats membres. La voie est donc ouverte pour une réflexion sur les chantiers à ouvrir ou à poursuivre dans un contexte assaini par l’achèvement, certes provisoire du processus de réforme institutionnelle.

Ces chantiers sont multiples. Après une longue période au cours de laquelle la construction européenne se limitait au domaine économique, la grande mutation ouverte à Maastricht et confirmée par le traité de Lisbonne devrait conduire à donner une importance égale aux aspects politiques d’une coopération qui, à long terme devrait tendre, pour être effective, à l’intégration.

La relance au niveau économique

Pour ce qui est de l’économie, un débat est ouvert entre ceux qui, face à la mondialisation, donnent la priorité à l’adaptation ou à la protection. Le bon compromis pourrait consister à privilégier l’aide à la reconversion des salariés victimes des mutations inévitables tout en améliorant les instruments de lutte comme toutes les formes de dumping. Le fonds d’adaptation à la mondialisation est déjà intervenu en France en faveur des salariés des sous-traitants de l’industrie automobile. Sa dotation et ses critères d’intervention devraient être revus.

Ceux, nombreux en France, qui contestent la politique monétaire de la Banque centrale sont contraints par le risque croissant d’inflation de mettre une sourdine à leurs attaques. Imputant à l’euro la hausse des prix, ils oublient que, sans la hausse de la monnaie unique, les prix des carburants seraient 30% plus chers. A vrai dire, sans l’euro, l’état désastreux de nos finances nous aurait conduit aux dévaluations et aux mesures d’austérité qui les suivent inévitablement.

A ces problèmes traditionnels et difficiles à appréhender pour le citoyen ordinaire, sont venus s’ajouter deux nouveaux défis qui appellent un développement des interventions de l’Union : le défi de la finance et le défi climatique.

Le défi de la finance et le défi climatique

La crise dite des subprimes, résultat de l’imprudence de banques prêtes à acheter des créances sans se soucier de la solvabilité des emprunteurs coïncide avec l’apparition de fonds souverains, c’est-à-dire dépendant d’Etats détenteurs de réserves de change colossales issues de la rente pétrolière et gazière et, dans le cas de la Chine, d’excédents commerciaux également colossaux. Ces fonds ont le moyen d’acquérir une part du capital de nombreuses entreprises S’y ajoute les craintes qu’inspire le développement de fonds spéculatifs ( hedge funds ) échappant à tout contrôle. Ce défi d’une finance devenue folle ne peut être relevé qu’au niveau international. Il est essentiel que l’Union définisse une attitude commune dans ces domaines si elle veut se faire entendre et peser sur les décisions.

Le défi climatique est plus compréhensible pour l’opinion bien qu’il appelle des mesures qui ne seront pas toutes populaires. Il existe, dans ce domaine, une sensibilité commune même au Royaume-Uni, ce qui a permis à l’Europe d’être pionnière depuis Kyoto. Voilà un immense chantier sur lequel l’unité de vues des Européens permet à leur Union d’exercer une influence bénéfique à l’ensemble de l’humanité.

La relance au plan politique

Au plan politique, l’Europe demeure un nain faute d’unité. Or tous les sondages montrent que c’est d’abord en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense que l’opinion souhaite un élargissement des compétences et des moyens d’action de l’Union. Il est difficile de prévoir les conséquences des innovations que représenteront une présidence stable du Conseil européen déchargée de fonctions nationales et la présidence du Conseil des Affaires étrangéres par le haut-représentant, par ailleurs vice-président de la Commission. Quels rapports entretiendront-ils avec le président de la Commission et avec celui de l’eurogroupe ? Quel rôle pour le chef d’Etat ou de gouvernement du pays exerçant la présidence tournante qui est maintenue pour tous les autres Conseils ?

Il faut espérer que la qualité des différents titulaires leur permettra de faire équipe plutôt qu’entretenir une rivalité qui serait destructrice si elle opposait une Europe intergouvernementale représentée par le président du Conseil européen et une Europe communautaire représentée par le président de la Commission.

Qu’il s’agisse des rapports avec nos voisins de l’Est et du Sud, avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, les autres puissantes émergentes, du conflit du Proche-Orient, de la prolifération des armes de destruction massive, des aspirations nucléaires de l’Iran, du défi climatique, des désordres des monnaies et de la finance, de l’aggravation des inégalités, des masses humaines privées d’eau potable, de soins de santé et d’éducation, des migrations, du développement de l’intolérance, du fanatisme et du terrorisme, autant de problèmes qui nous concernent et que, mieux organisés et plus unis, nous pourrions contribuer à résoudre dans notre intérêt et dans celui de l’humanité tout entière.

La plus belle raison d’être de l’Europe est de montrer la voie vers un ordre mondial de paix, de liberté et de solidarité.

Illustration : photographie d’une grue de chantier, sur Wikicommons dans le domaine public.

A lire : « Aimer l’Europe » de Robert Toulemon.

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