Dans la panique générale, les gouvernements des pays encore solides de la zone euro sont tentés de se replier sur eux-mêmes. L’accord du 26 octobre 2011 a montré les limites des moyens disponibles pour le sauvetage des pays faibles.

Le refus d’une Union composée de cercles concentriques

Depuis deux ans, les européens ne maîtrisent pas le cours des événements. Ils parviennent à gagner du temps au fil des accords bricolés, mais ne s’attaquent pas aux racines du mal. Il n’est pas facile d’accompagner un changement de système ! La zone euro et la nature même de l’Union européenne est en question. La tentation est désormais très grande de créer en toute vitesse un noyau dur autour de l’Allemagne. Cette vision de cercles concentriques apparaît aux yeux des pragmatiques comme la plus réaliste. Une nouvelle Union avec une mutualisation des dettes souveraines, un président élu au suffrage universel, le contrôle des budgets nationaux, des sanctions de la Cour de Justice pour les pays trop endettés (CJUE) et la consolidation fiscale comme politique économique. Autour du noyau, se rattacheront comme ils le pourront les plus faibles, en acceptant telle ou telle partie du nouveau traité.

Cette vision de plus en plus probable serait une erreur monumentale, la destruction de tout ce que nous avons entrepris depuis les années 50. L’Angleterre serait naturellement exclue du noyau dur. Sans la présence cette dernière, les pays scandinaves refuseraient sans doute à leur tour de s’engager. Un tel noyau dur susciterait également l’incompréhension de tous les peuples d’Europe centrale : La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, la Slovénie, les pays baltes et les pays des Balkans qui ont fait tant d’efforts pour nous rejoindre, n’auront pas les moyens financiers d’entrer dans le noyau dur. Cette coupure est dangereuse. Les écarts sociaux et économiques se creuseront et abattront l’espoir d’un continent européen solide et solidaire. Posez-vous la question : où se trouvent la créativité, le potentiel d’innovation, une jeunesse qui en veut, la volonté d’oublier un passé malheureux ? Ou se trouvent les derniers euro-optimistes ? Chez les nouveaux États membres !

Enfin, les fameux PIIGS - la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie - qui n’arrivent pas à sortir du cercle vicieux de l’insolvabilité risquent de se retrouver exclus. Dans ce cas, qui restera t-il ? Va t-on revenir à l’Europe des 6, à l’Europe des 4 ? Celle qui est rongée par le pessimisme.

Redonner une vie au projet européen

De plus, le noyau ne serait pas si « dur » que le souhaitent les pragmatiques. L’Allemagne est elle-même sur le point d’entrer en récession. La France a de fait perdu son triple A et va mettre en œuvre l’austérité qui la plongera à son tour dans une spirale infernale. Créer cette nouvelle Union dans l’urgence nécessitera également de bafouer tous les fondamentaux démocratiques. Une création intergouvernementale sans la moindre pédagogie risque de déboucher rapidement sur une crise sociale et politique majeure. L’Union ne peut se fonder sans un rapprochement des identités, sans la participation des peuples qui sont pourtant demandeurs d’Europe et que les gouvernements craignent tant.

Alors que pouvons-nous faire ? Notre continent réuni est la première puissance économique au monde. Nous avons les meilleurs infrastructures, les meilleurs services publics, la meilleure éducation si nous combinons nos forces. Il faut accepter le grand désendettement global d’une manière douce et ordonnée en maintenant ce à quoi nous tenons le plus. Il faut délimiter le rôle de la finance au seul soutien de l’économie réelle. Élever le chômage des jeunes européens en priorité absolue. Et surtout se débarrasser de tous les dogmes vieux de 50 ans. Utopiste me direz vous ? Non, il s’agit de survie. Et si nous ratons, nous seront la risée des futures générations qui se demanderont qui étaient ces abrutis des années 2010.