Pères fondateurs de l’Europe

Robert Schuman, pèlerin d’Europe (1886-1963)

A l’occasion du colloque international les 10-11-12 octobre 2007

, par Jean-François Thull

Robert Schuman, pèlerin d'Europe (1886-1963)

Robert Schuman est issu d’une famille mosellane de la frontière franco-germano-luxembourgeoise. Trilingue dès l’enfance, héritier d’une double culture franco-allemande, son engagement européen semble inscrit dans ses origines transfrontalières. Il fait ses études à Luxembourg, Bonn, Munich et Berlin et Strasbourg, il obtient un doctorat en droit (1910). Militant catholique, il adhère au mouvement Unitas.

Avocat à Metz, il est élu député de la Moselle après 1918. Schuman est très actif de 1919 à 1936 dans la commission d’Alsace-Lorraine mise en place par la chambre des députés. Il œuvre à la difficile réintégration de l’Alsace et de la Moselle dans la République française. Il entend défendre notamment les particularismes des anciens départements annexés qui jouissent d’un bien meilleur régime législatif en matière de liberté religieuse, de protection sociale, etc.

Mais c’est après la deuxième guerre mondiale, en tant que ministre des Affaires étrangères (1948-1952) qu’il prend une dimension européenne.

Aux problèmes politiques liés à l’affrontement des deux blocs Est / Ouest s’ajoutent des difficultés économiques. Une crise de surproduction de l’acier semble imminente. En pleine phase de reconstruction, les pays européens ne peuvent se permettre de livrer leurs industries de base à la spéculation ou à la pénurie organisée. Pour dénouer cet écheveau de difficultés, Robert Schuman en appelle à Jean Monnet, commissaire au Plan.

Ce dernier estime qu’une unification de l’Europe permettrait d’atténuer la tension entre les deux blocs. S’inspirant de l’expérience malheureuse de l’Organisation européenne de coopération économique, Jean Monnet est convaincu que les nations ne sont pas prêtes à consentir des transferts massifs de souveraineté. Il préconise de limiter les objectifs à des domaines précis et de mettre en place un mécanisme commun de décision recevant graduellement de nouvelles compétences. Le plus grand secret entoure le projet de Jean Monnet.

Celui-ci ne regroupera que six membres, la France, l’Italie, la RFA, et les Etats associés au Benelux. L’association est très concrète : il s’agit d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), à caractère plus avancé qu’une simple union douanière (absence de taxes aux frontières) puisqu’elle intègre une gestion cartellisée et supranationale de ces deux produits. Le capital de production n’est pas concerné - certaines entreprises sont nationales, la plupart sont des sociétés privées - mais le volume de la production et les prix de vente sont fixés par une haute autorité, composée de 9 membres, avec le double contrepoids d’une Assemblée CECA et d’une cour de justice. L’acier et le charbon représentent encore les produits-clefs de la reconstruction qui s’achève.

Lors d’un discours prononcé au quai d’Orsay le 9 mai 1950, Robert Schuman annonce ainsi le plan qui portera son nom. Pour la construction européenne, le plan Schuman est une première pierre qui engage l’avenir et définit une méthode selon laquelle « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble » mais « par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait ».

Au terme de sa carrière ministérielle, Robert Schuman reste très actif au sein du Mouvement européen, prêchant l’union de l’Europe dans des conférences jusqu’aux Etats-Unis.

Autour de Robert Schuman, dans son engagement européen, on trouve Konrad Adenauer (1876-1967), l’Italien Alcide De Gasperi (1881-1954) et le Luxembourgeois Joseph Bech (1887-1975). Ces hommes sont tous imprégnés de culture catholique et d’un double héritage, latin et germanique.

Le 25 mars 1957, les Six signent à Rome les traités instituant le Marché commun et EURATOM, couronnement de dix années d’efforts de ces pionniers de l’Europe. La première session de l’Assemblée parlementaire européenne s’ouvre à Strasbourg le 19 mars 1958. Robert Schuman en est élu président.

Enfin, le 15 mai 1958, après Konrad Adenauer, Richard Coudenhove-Kalergi et Jean Monnet, il se voit remettre le prix Charlemagne couronnant son action de promoteur de l’idée européenne alors que l’Assemblée parlementaire européenne lui décerne à l’unanimité, deux ans plus tard, le titre de Père de l’Europe.

Robert Schuman prend sa retraite politique et se retire dans sa maison de Scy-Chazelles où il synthétise ses idées européennes dans un ouvrage posthume (Pour l’Europe) en livrant à la postérité et aux jeunes générations cette réflexion : « l’Europe, avant d’être une alliance militaire ou une entité économique, doit être une communauté culturelle ».

Colloque international les 10-11-12 octobre 2007

« Robert Schuman et les Pères de l’Europe »

La Maison de Robert Schuman, site du conseil général de la Moselle, organise à Metz les 10-11-12 octobre prochains un colloque international sur « Robert Schuman et les Pères de l’Europe », sous le haut-patronage des présidents du Parlement européen, de la Commission européenne, ainsi que du Secrétaire général du Conseil de l’Europe. Ce colloque qui fait appel à des universitaires européens (français, allemands, italiens, hongrois et anglais) a pour ambition de redécouvrir sous un nouvel angle les racines intellectuelles et politiques de la construction européenne à travers le rôle de la génération des Pères de l’Europe.

Cet évènement s’inscrit plus largement dans le partenariat scientifique que souhaite développer la Maison de Robert Schuman (qui a reçu en mars 2007 le label « patrimoine européen » au sein du réseau des Maisons des Pères de l’Europe récemment constitué : Konrad Adenauer-Haus à Rhöndorf, Maison Jean Monnet à Houjarray et Casa De Gasperi à Pieve Tesino).

Le colloque entend ainsi contribuer au nécessaire travail de réflexion sur les origines d’un dessein européen qu’il nous revient aujourd’hui de défendre et de prolonger, surtout pour la jeune génération.

Illustration : photographie de Robert Schuman, merci au Fonds de la Maison de Robert Schuman – Archives départementales de la Moselle.

A visiter :
- la biographie de Robert Schuman sur Wikipedia
- la biographie sur Touteleurope.fr
- le site de la Fondation Robert Schuman

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