Sauver notre modèle social européen

, par Pascal Malosse

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Sauver notre modèle social européen

Ces derniers jours, il est sans cesse question d’urgence. L’urgence de sauver la Grèce. L’urgence d’éviter la contagion de la crise à la péninsule ibérique. Et l’urgence de sauver le système bancaire européen, menacé par les baisses successives de la notation des dettes souveraines. Mais il y a une urgence essentielle dont on parle moins, celle de sauver notre modèle social européen.

La réponse à la crise, désordonnée et prise sous la pression des marchés, manque de vision. La moindre rumeur fait plonger les bourses et la pression s’accroît sur l’euro. Tous les journaux parlent désormais de la « survie » de la zone euro - ou non - à très court terme.

Pendant ce temps-là, les tractations de marchands de tapis continuent de plus belle. L’une des conditions pour le sauvetage financier de la Grèce serait que les grecs continuent à massivement acheter de l’armement de production française et allemande - avec l’argent qu’on leur prête naturellement !

Les mesures d’austérité risquent de plonger le pays encore plus dans la récession comme vient de le confirmer la Commission Européenne - contraction de 3% du PIB en 2010 - et de faire exploser le marché noir avec la hausse brutale des taxes sur la consommation. D’autant que ces efforts de rigueur sont aussitôt emportés par le coût de la dette sur les marchés. Les grèves générales et les manifestations violentes avec leur lot de désespoir et de colère étaient prévisibles. Il faut naturellement moderniser l’État grec, mais pas de manière aussi brutale. Personne n’a proposé en face de solutions de croissance durable ni d’investissements intelligents, comme si tout était perdu d’avance.

Les décideurs et journalistes parlent peu de l’autre urgence, celle de la désintégration pure et simple de notre modèle social européen. En Espagne, au Portugal, en Angleterre, en France et partout en Europe on prépare de tels plans de rigueur nationaux en pointant du doigt le cas grec pour préparer les opinions publiques.

Sauver notre spécificité européenne

Bien sûr, nombreux sont ceux qui vont clamer que le modèle social européen est un mythe. Mais il y a bien une spécificité européenne malgré l’incroyable diversité des systèmes nationaux. De nombreux États de l’Union sont héritiers du modèle allemand de croissance du Chancelier Erhard, le fondateur du Mark, qui reconnaissait l’utilité du social malgré l’instauration de l’économie de marché.

La France et les pays latins ont opté pour une économie plus mixte en réservant certains domaines de l’économie au contrôle étatique. Cette prédominance du souci du social durant la période de l’après-guerre est tombée en désuétude dans les années 80. Les réformes de Tchatcher et de Reagan ont depuis favorisé l’acceptation passive d’un modèle de croissance plus inégalitaire. Il est dommage que Milton Friedman ne soit plus parmi nous pour assister au résultat éclatant de ses théories.

Cependant la spécificité européenne a survécu tant bien que mal. Nous bénéficions toujours de la sécurité sociale, de la couverture maladie universelle, celle que Barack Obama tente de mettre en place chez lui malgré l’explosion des déficits. Nous bénéficions d’allocations chômage, de politiques familiales pour faire face au vieillissement de la population et enfin du droit social le plus protecteur au monde.

Ce que les économistes appellent "les stabilisateurs automatiques" ont permis aux européens de ressentir la crise économique de manière plus douce qu’aux États-Unis. Ces stabilisateurs ne sont-ils donc pas partie de la solution ? Le souci du social doit faire partie du modèle économique durable, obligatoirement européen, auquel il faut réfléchir sans tarder. Plus globalement, la réglementation de la finance mondiale, dont la discussion a été amorcée au comité de Bâle, doit prendre en compte cette dimension et ne pas rester en territoire purement amoral.

Décider de détruire ce qui reste de nos derniers remparts, c’est décider d’abandonner les plus faibles et les moins faibles.

Illustration : Poignée de mains, dessin

Source : Flickr

Vos commentaires

  • Le 13 mai 2010 à 06:08, par Martina Latina En réponse à : SAUVER NOTRE MODELE SOCIAL EUROPEEN et LES PROCHAINES ETAPES VERS UNE FEDERATION EUROPEENNE

    Merci pour ces deux articles que je me permets d’associer pour leur proximité chronologique et leur connexion politique.

    Il s’agit bien en effet de favoriser l’émergence d’une gouvernance économique autant que sociale, qui d’abord exigera de nombreux ajustements et nécessitera une harmonisation dans la synergie, pour que de mieux en mieux l’Europe fasse oeuvre et preuve de justice comme de paix.

    Ce programme, si difficile soit-il à réaliser, n’est-il pas inscrit - donc accessible à nos réflexions et concertations, dès l’origine dans la signification de VASTE-VUE que recèle notre nom d’EUROPE, mais aussi plus près de nous, comme le rappelait le TAURILLON, dans la Déclaration SCHUMAN ?

  • Le 17 mai 2010 à 13:55, par ? En réponse à : SAUVER NOTRE MODELE SOCIAL EUROPEEN et LES PROCHAINES ETAPES VERS UNE FEDERATION EUROPEENNE

    Merci pour votre message.

    La preservation de notre modele est d’autant plus importante que nous avons vendu l’Europe et l’Euro comme protectrice dans un monde globalise. Si l’on utilise a nouveau le niveau europeen dans le seul but d’imposer les mesures d’austerite, je crains le pire pour l’image du projet europeen.

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