Souvent brandie comme menace par les souverainistes épris d’un désir surréaliste, la sortie de l’Union Européenne est restée pendant des années un vœu pieu. Cela va-t-il perdurer ?

Dans le traité de Lisbonne, de nouvelles possibilités sont offertes à un pays désirant quitter l’Union Européenne. Ces dernières sont introduites par l’article 49 A :

« Tout Etat membre peut décider conformément à ses règles constitutionnelles de se retirer de l’Union ».

Cet article peut sembler étrange après un rapide coup d’œil sur l’histoire de l’Union européenne, faite d’intégrations successives et dont la porte d’entrée foisonne de pays désirant rejoindre le club (Croatie, Islande, Turquie...). Pourquoi alors un pays voudrait-il se retirer ?

Il convient également de souligner que cette disposition fut une arme efficace contre les souverainistes car elle donnait la possibilité d’accomplir cette sortie de l’Union tant espérée par ces derniers. Les différentes campagnes pour la Constitution et le traité de Lisbonne terminées, que doit-on penser de cette « option » laissée aux Etats de se retirer de l’Union maintenant que le texte est entré en vigueur ?

Tout d’abord, il est utile de rappeler que l’Union européenne ne fonctionne pas de façon symétrique. Dit autrement, les Etats ne sont pas traités de la même façon dans leurs relations avec l’Union car ils n’ont pas tous délégués les mêmes compétences. L’exemple le plus parlant est certainement l’euro qui est entré en vigueur dans une majorité d’Etats sans empêcher les autres de conserver leurs monnaies nationales. Il existe donc deux types de pays, ceux qui ont l’euro et ceux qui ne l’ont pas, tous ne sont pas logés à la même enseigne, c’est une asymétrie. L’article 49 n’introduit pas l’asymétrie entre les Etats de l’Union car les relations le sont déjà. En revanche, il ajoute un élément innovant dans les évolutions de ses asymétries.

L’innovation introduite par le traité réside dans la considération qu’un Etat puisse se désengager totalement ou partiellement de l’Union européenne, suite à un accord avec les autres chefs d’Etats. Ceci alors que la construction européenne fut un processus d’intégrations successives, les différents cercles ayant été constitués par un refus par certains pays d’avancer au même rythme et non pas par un retour en arrière. Dans cette situation, les compétences déléguées ne le seraient plus des Etats vers l’Union européenne comme ce fut le cas depuis l’origine mais l’inverse, de l’UE vers les Etats.

Sur le principe, l’Union doit pouvoir respirer pour survivre

Or jusqu’à aujourd’hui elle n’a fait qu’acquérir des compétences. Une confédération ou une fédération en devenir se doit de permettre une évolution de compétences en son sein : elle inspire en augmentant les compétences de l’Union européenne mais doit aussi expirer en autorisant une redistribution de ces compétences aux Etats lorsque cela est nécessaire. Le monde bouge, les sociétés bougent, les individus évoluent, la fédération se doit de pouvoir évoluer aussi. Une conception purement statique du rôle de l’Etat est équivalente à une conception de l’Etat comme Etat-nation. Une fédération pour survivre doit pouvoir respirer et ne pas se limiter uniquement à inspirer.

Telle qu’introduite dans le traité de Lisbonne, la procédure permettant de se retirer de l’Union européenne permet à un Etat de récupérer un certain nombre de compétences. Sur le principe, cela est salutaire pour l’Union européenne et cela peut être illustré de façon extrême : est-il préférable d’avoir un Etat en moins ou une politique de la chaise vide bloquant le fonctionnement communautaire ? Néanmoins, la disposition telle qu’introduite dans le traité comporte trois éléments fortement perfectibles.

Les Etats européens sont inégaux devant ce principe :

En laissant les modalités de décision au droit interne des Etats, le traité crée des différences entre ces derniers. Une asymétrie sur un principe aussi important que la séparation partielle ou totale à l’Union européenne est gênante car lorsque les Etats sont traités différemment, les citoyens le sont réciproquement. En fonction de l’Etat désirant se retirer de l’Union, ses citoyens pourront ou pas, suivant la Constitution du pays en vigueur, être consultés.

Les autres membres de la famille ont-il leur mot à dire ?

Lorsqu’un Etat décide de changer ses relations avec l’Union européenne, en la quittant partiellement ou totalement, les citoyens du reste de l’Union ne sont pas consultés. Il serait souhaitable d’impliquer plus le Parlement européen dans un tel processus et ne pas le laisser aux mains des chefs d’Etats décidant dans un Conseil peu transparent. Pour rappel, l’Union européenne est une union d’Etats ET de citoyens.

L’Union Européenne ne sera pas éternelle :

Tel que rédigé, l’article 49 remet en cause la pérennité dans le temps de l’Union européenne en ne proposant qu’une seule solution (se retirer de l’Union) sans proposer de voies intermédiaires comme la récupération d’une partie des compétences déléguées (revenir à la monnaie nationale par exemple). Cet article décrit donc une mesure confédérale, loin de ce dont l’Europe aura besoin pour fonctionner correctement. C’est pour cela que l’introduction d’une option de retrait de l’Union telle que décrite dans l’article 49 fut un excellent argument contre les souverainistes durant les campagnes pour la Constitution et le traité de Lisbonne. Néanmoins, l’utilisation d’un tel article restera certainement limitée.

Un problème demeure : comment gérer l’expiration de l’Union. Comme nous l’avons dit plus haut, une structure visant à organiser des sociétés composées d’individus se doit de respirer (inspirer mais aussi expirer). Si l’Union européenne s’est construite en inspirant des compétences de ses Etats membres par une délégation volontaire de ces derniers, rien ne prouve qu’elle ne doive pas effectuer le chemin inverse dans le futur. Or aujourd’hui la seule possibilité offerte est la scission. Une étude plus complète allant au-delà du simple retrait rendrait le cadre institutionnel plus à même de faire face à l’évolution future de l’UE.

Ne met-on pas la charrue avant les bœufs ?

Ce problème peut sembler secondaire. Le bon sens voudrait qu’avant de parler de possibles évolutions d’une fédération, cette dernière soit pleinement réalisée. L’Union européenne n’est pas encore une fédération aboutie mais le rythme de son évolution, dont la lenteur est décriée, pourra donner des idées de scission avant que le grand jour n’arrive. De plus, des modifications peuvent être nécessaires même dans une confédération. La délégation de compétence de l’Union vers les Etats n’est donc pas une question absurde. Enfin, l’actualité récente en Belgique nous rappelle qu’une union d’Etats est un ensemble qui vit et peut nécessiter des ajustements pour ne pas imploser.

Une solution confédérale à ne pas

En introduisant ce sujet, les Etats ont introduit une évolution (bien que limitée) qui crédibilise l’Union Européenne comme acteur responsable. En effet, est-ce qu’une fédération peut se passer d’un processus de gestion de crise pour des Etats mal dans leur peau au sein de la famille européenne ?

L’introduction de l’article 49 permettant à un Etat de se retirer de l’Union a le mérite de poser la question de la pérennité de l’appartenance à l’Union. Néanmoins la solution trouvée pour le moment n’est pas acceptable car elle ne présente que la scission comme solution et n’intègre que les Etats comme acteurs de ce processus. Une étape confédérale (nécessaire ?) qui pourra évoluer vers une solution fédérale, plus respectueuse des citoyens et certainement plus efficace lors d’une prochaine modification souhaitable des traités.