Thrombine-o-scope

, par Grégoire Henning

Thrombine-o-scope

Le Parlement Européen a voté, lors de la session plénière de fin Mai, pour une interdiction de l’usage de la thrombine dans la fabrication d’aliments. Cette histoire remonte en fait à quelques mois.

Thrombine, kézaco ? L’un des premiers contacts du grand public avec la Thrombine a eu lieu dans les colonnes du Time Magazine en février où l’on trouvait cette citation : « We do not want this at all–it is meat makeup. »

En version Française (traduction de votre serviteur). "Nous ne voulons pas de cela – c’est de la viande en toc." Ce sont les propos de Jan Bertoft, de l’association des Consommateurs Suédois, sur l’approbation donnée par l’Union Européenne pour l’utilisation de la thrombine, un produit qui peut coller des morceaux de viandes ensemble pour en faire un seul bloc.

La thrombine est un produit chimique coagulant, extrait du sang de porcs ou bovin, et qui peut être utilisé en agroalimentaire pour aggloméré des bouts de viande (typiquement, des résidus d’autres opérations).

Les industriels et partisans de ce produit, arguent que ce procédé permet de produire de la viande à bas cout ; les opposant à cette méthodes disent qu’il y a tromperie sur la marchandise puisque la produit obtenu n’est pas à proprement parlé de la viande.

D’abord approuvée...

Après lecture du Time Magazine en février, j’ai cherché à savoir plus en détails ce que l’Union Européenne avait décidé sur la thrombine ; en utilisant une subtile combinaison de mots clefs comme "Thrombine" et "UE" dans un moteur de recherche, on trouve cette conclusion de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Un panel de scientifique avait conclu que "l’utilisation de préparation à base de thrombine ne soulève aucune inquiétude du point de vue de la sécurité" (lire le rapport complet).

Sur la base de ces conclusion, la Commission européenne avait alors donné son feu vert, ce qui était passé inaperçu à l’époque.

... puis rejetée

Lors de sa session du 17 au 20 le parlement européen à voté contre l’autorisation de la thrombine, avec une large avance de voix (lire ici). Le principal argument retenu étant que la proposition courante d’étiquetage des produits utilisant la thrombine n’est pas satisfaisante quand à l’information donnée aux citoyens. L’usage de la thrombine durant les processus de transformations reste possible, à la discrétion des états membres - c’est la thrombine dans le produit de consommation qui est interdite.

Ce qu’il y a dans nos assiettes...

Tous les fins gourmets se réjouirions avec moi que la viande agglomérée viendras pas remplir nos assiettes... Mais cet épisode amène une seconde question : Qui décide de ce que nous mettons à notre menu ?

L’Europe n’est pas notre mère, et donc ne devrait pas décider de notre régime - Une remarque partagée par J. Frisch sur son blog. Suivant ce principe, une fois les questions de sureté alimentaire réglées et un plan d’informations proposé, il n’y a aucune raison pour interdire la Thrombine, et la Commission a donc fait son travail correctement lorsqu’elle a donné son feu vert ; Cette autorisation étant assorti d’une obligation étiquetage et une interdiction de vente en restaurant, des mesures jugés insuffisante par les eurodéputés

Car si l’information donnée au citoyens n’est pas suffisante, il est également normal de refuser la thrombine, jusqu’à ce qu’un meilleur plan d’information et étiquetage soit proposé. Le Parlement Européen a aussi bien fait son travail. Car si l’Europe n’a pas à mettre son nez dans nos assiettes, elle doit pourtant jouer une rôle de santé publique, et cela part le biais d’un étiquetage clair et informatif, et aussi en promouvant le bien manger. De plus, un autre argument contre la Thrombine est que son utilisation est en conflit avec le projet de fournir une meilleure alimentation, et de soutenir les éleveurs.

Un exemple pour les institutions Européennes

Cet épisode de ping-pong entre la commission et le parlement peut, à première vue, surprendre : pourquoi autoriser un produit, si celui si ce trouve rejetée quelques mois après ? Il ne s’agit en fait pas d’un retour en arrière, ou d’une hésitation, mais d’un parfait exemple des prérogatives du Parlement Européen sur les décisions prises par la Commission.

Commission et Parlement suivent tous les deux l’objectif du projet d’une Europe pour les citoyens ; mais leurs points de vue, leviers d’actions et processus de décisions, sont par contre différents et peuvent même parfois semblé en opposition. La Commission joue un rôle de régulateur et de gardien des règles. Une fois assortie d’une proposition d’information et restriction en dehors de la restauration, elle n’avait aucune raison de ne pas autoriser la Thrombine sur la base de critères objectifs.

Le Parlement, la voix directe des citoyens, a remplis son rôle en exprimant des doutes sur les propositions de la Commission et la possible incohérence avec d’autres orientations politiques de l’Union. Car là où la Commission répond à des questions précises telles que "Ce produit est-il dangereux ?", les parlementaires européens ont un regards beaucoup moins tranché et s’interroge sur ce que veulent les citoyens.

A cette égard, cet épisode montre que les institutions Européennes ont bien fonctionné, et que ce devrait même être la norme des décisions de ce genre : une première validation par la Commission, puis un vote par le Parlement. Ce sont les citoyens, via leurs représentants élus, qui ont le dernier mot.

Illustration : Le Berlaymont, siège de la Commission européenne, Bruxelles

Source :Service audiovisuel de la Commission européenne

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