UA / UE : les dangers du ’’continentalisme’’

Eviter le ’’choc des civilisations’’

, par Fabien Cazenave

UA / UE : les dangers du ''continentalisme''

L’Union Africaine (UA) a été créée à l’image de l’Union européenne (UE). Ses buts sont d’ ?uvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement à travers l’Afrique...

Toutefois, en mai 2004, la Commission de l’Union africaine [1] émettait une « Déclaration de souveraineté africaine » et un « Plan stratégique » dans lequel pour la première fois, le continent africain désignait l’occupation ’’étrangère’’ de pays ou territoires considérés comme africains.

Au total, huit territoires sont revendiqués. Il s’agit là des territoires français [2], espagnols [3], portugais [4] et anglais [5] qui se ’’trouvent’’ sur le continent africain [6].

Passée relativement inaperçue, cette déclaration marque les dangers que peuvent susciter les passions issues d’un passé mal digéré dans un continent marqué par la pauvreté.

Les disparités entre « africains » et « européens » au niveau économique sont flagrantes. L’un des exemples les plus forts se situe dans l’océan indien où les habitants des Comores survivent durement pendant que ceux de Mayotte (territoire français) peuvent bénéficier des « avantages » du système de protection sociale français. Cependant, ces disparités ne suffisent pas à expliquer ce type de déclarations

Problème de la création d’une identité africaine

Au travers de cette déclaration, nous sentons bien qu’il s’agit plus d’un acte symbolique qu’une véritable déclaration de guerre. En effet, les armées africaines, qui sont équipées par les marchandises européennes, ne rivalisent pas avec les armées du continent européen. La perspective d’une guerre est donc à écarter, ce qui explique pourquoi il y a eu tant d’indifférence face à cette déclaration si peu amicale.

En fait, l’Union africaine cherche maladroitement à se créer une identité. Alors que l’Union européenne est fondée sur des valeurs communes et sur le souvenir d’un passé commun tragique, le continent africain essaye de s’unifier pour pouvoir exister plus fortement sur la scène internationale. Les poids économiques de ses pays ainsi que les dettes contractées auprès des états du « Nord » grèvent leur poids international.

Cependant, ce continent a sa propre histoire, mais malgré les empires qui s’y sont bâtis au cours des siècles, il n’y a pas réellement de valeurs communes ou de crise qui aient rapproché les peuples. Pourtant, de grands courants la traverse, comme les religions chrétiennes, musulmanes ou animistes. Pourtant, le sida ou la pauvreté pourrait aider ce continent a vouloir dépasser ses frontières et ses conflits transcontinentaux.

La responsabilité européenne

Nous ne devons pas oublier cependant le poids de l’Histoire dans cette tentation continentaliste. En effet, la responsabilité européenne est grande dans la situation actuelle de l’Afrique. Il est très tentant pour les dirigeants d’une organisation comme l’Union africaine de se chercher un ennemi pour se forger une identité commune. Or dans ce rôle, le continent européen peut être mis en première ligne.

En effet, au-delà du problème de l’esclavage que le symbole de l’île de Goré au Sénégal doit toujours nous rappeler, l’établissement de frontières arbitraires par les puissances européennes a plombé pour un temps encore long la création de sentiments nationaux ou mêmes africains. La conférence de Berlin (1884-1885) a marqué la main-mise de l’Europe plus sur des territoires que sur des peuples.

Le colonialisme a d’autant plus marqué ce continent que les européens dominateurs ont imposé des systèmes de pouvoirs détruisant les bases des sociétés africaines, en opposant ethnie contre ethnie. Ceci a conduit à la création de « Nations » fictives. La sortie après la Seconde Guerre Mondiale de l’état de colonie n’a pas permis à ces pays de se construire sur des bases solides. La corruption est ainsi une marque de fabrique de la plupart de ceux-ci. Mais ces éléments ne justifient pas pour autant cette déclaration belliqueuse.

Le fédéralisme, c’est la paix

Nous avons plus l’habitude d’entendre ce genre de menaces de la part de « nations » que de la part d’organisation continentale. La construction d’une fédération au niveau continentale doit-elle reprendre automatiquement ces idées malfaisantes ?

Il y a là un vrai danger dans une telle conception dévoyée du fédéralisme qui pourrait ainsi nous amener à une sorte de ’’cauchemar de rivalités’’ entre super-Etats continentaux souverains (PanEurope, PanAmérica, PanAfrika, Islamistan, Grande Asie, etc.). Nous reproduirions - à l’échelle mondiale et continentale - les conflits interétatiques et de souveraineté existant déjà aujourd’hui aux échelles nationales et infra-continentales.

Or si nous voulons construire un état fédéral en Europe, ce n’est pas pour reproduire ces erreurs. Il s’agit au contraire de dépasser l’idée de l’ennemi dans l’autre [7]. Ce ’’fédéralisme’’ là serait dévoyé puisqu’il perdrait complètement de vue la philosophie fédéraliste humaniste et universaliste inhérent au projet européen : réunifier l’Humanité.

L’intérêt de la fin du rapport colonisé/colonisateur

L’Afrique et son Union africaine doivent donc construire un nouveau rapport avec « l’autre ». Pour dépasser cette vision de l’Histoire, il faudra au continent africain ne plus percevoir l’Europe comme son ennemi. Les valeurs humanistes à l’origine de la création de l’Union européenne peuvent aider à créer un nouveau rapport.

La France et les autres nations anciennement colonisatrices doivent accepter dès lors de ne plus avoir de « chasse-gardée ». C’est donc à l’Europe de s’exprimer sur ces problèmes. Les conflits actuels avec le pouvoir ivoirien perdraient une partie de leur raison d’être, ne laissant plus les Etats-Unis raffler la mise sur les contrats perdus par les entreprises françaises.

Ce n’est pas en restant diviser que les Européens crééeront un rapport de confiance avec le continent africain. Cette confiance est d’autant plus importante pour permettre à l’Union africaine de devenir un partenaire privilégié qui pourrait transcender les rapports inter-africains.

A l’heure où les îles des Canaries ou les enclaves espagnoles au Maroc de Ceuta et Mélilla connaissent des arrivées massives d’Africains en quête d’une vie meilleure, il est important de ne plus traiter au niveau national ce problème issu des transformations mondiales.

L’Union européenne est un exemple pour les organisations continentales qui voudraient imposer la paix entre les pays qui les composent. L’importance de la progression de l’Europe politique en devient d’autant plus urgente.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est la couverture du fameux ouvrage « The clash of civilisation » de l’universitaire américain Samuel Huntington.

Mots-clés

Notes

[1i.e : Organe exécutif de l’UA, Union africaine.

[2i.e : l’île de la Réunion et Mayotte.

[3i.e : les enclaves de Ceuta et Mélilla, et les îles Canaries.

[4i.e : les Açores et Madère.

[5i.e : les îles Chagos et de Sainte-Hélène.

[6Sources : « Déclaration de souveraineté africaine », in article ’’Union africaine’’ de l’encyclopédie en ligne wikipédia.

[7D’autant plus que, décidément, les ’’points de frictions’’ entre les ensembles africain et européen ne manquent pas.

Sans même parler des enclaves de Ceuta et Mélilla (territoires espagnols d’Afrique du nord, revendiqués par le Maroc...), n’oublions pas également que celui-ci a quitté l’OUA en 1985 pour, dans la foulée, faire acte de candidature à la CEE de l’époque... Démarche que certains pays d’Afrique pourraient être tenté de reproduire : on pensera ici plus particulièrement à l’archipel du Cap vert, par exemple...

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