L’Union européenne, plongée depuis des mois dans une crise sans précédent, s’interroge sur un nouvel approfondissement des institutions européennes. Une Europe économique plus forte, mais aussi une plus grande intégration politique, c’est le remède prescrit par certains économistes et politiques. Conscient des disparités entre les pays de l’Union, Christian Saint-Etienne propose une fédération de neuf Nations, un « noyau dur », qui poursuivrait la construction fédérale. Le débat a été soumis aux Jeunes Européens lors du séminaire de formation des 16-17-18 novembre à Lille. Voici quelques arguments récoltés au vol pour alimenter la réflexion.

Quels avantages à poursuivre le projet européen à 9 ?

Tout d’abord, le niveau économique est à peu près uniforme entre les 9 Etats concernés (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Autriche, Italie, Allemagne, Espagne, Portugal et France). Il est donc plus facile d’harmoniser les normes sociales et fiscales de ces pays. En uniformisant les politiques publiques, on arriverait rapidement à une fédération. De nouvelles institutions pourraient voir le jour et régir les politiques déléguées à la fédération par ces pays. Cette fédération aurait un poids politique important sur la scène internationale. L’un des buts est de créer un effet moteur sur les autres pays de l’Union, encouragés à rattraper progressivement les 9 pays engagés dans la fédération. Les autres institutions (Parlement européen, BCE,...) resteraient en place. Les 9 pays pourraient soumettre leurs décisions au Parlement de l’Union européenne et aux autres Etats membres, permettant des décisions à deux niveaux, d’abord au niveau des 9, puis au niveau des 27 (peut être un recours possible au niveau des 17).

Effet moteur ou exclusion des autres Etats membres ?

Un risque est cependant des plus préoccupants : La mise à l’écart des autres Etats membres. Au-delà de la mise en commun de certaines compétences, l’Europe à 9 serait un recul dans la construction européenne, laissant sur le carreau les autres Etats membres. Il y a déjà des tensions entre les pays de l’Union possédant la monnaie unique et ceux qui ont conservé leur monnaie nationale. La crise de l’euro a suscité le mécontentement des pays hors de la zone euro, car ils sont souvent exclus du débat des 17, alors que l’économie de la zone euro influence directement leur propre économie. La création d’un noyau dur ajouterait une nouvelle division.

En réunissant les pays moteurs au sein d’une même organisation fédérale, la fédération progresserait rapidement, mais comment offrir aux autres pays de l’Union la chance de s’y rallier ? Les décisions des 9 pays risquent d’être imposées aux membres de l’Union, qui pour accéder au noyau dur, devront approuver les réformes des 9 pays moteur, sans qu’ils aient pu participer au débat. Ils devront appliquer des décisions, issues de débats, auxquels ils n’ont pas participé. Ne serait-ce pas installer une hiérarchie entre les pays de l’Union ? Abandonner les nouveaux pays de l’Union ? Une oligarchie du noyau dur ?

Bref, cette conception, qui est peu réaliste, permettrait certes l’avancée du projet européen, mais à quel prix ? L’exclusion des autres pays et la complexification des institutions risquent de condamner l’Europe des 27. Une Europe à 3 vitesses, encore plus opaque pour ses citoyens, ne ferait que renforcer les clivages entre la nouvelle fédération et les autres pays de l’Union.