Université d’été des Socialistes : deux visions de l’Europe et du Parlement européen

, par Fabien Cazenave

Université d'été des Socialistes : deux visions de l'Europe et du Parlement européen
Photo issue du Flickr du Parti Socialiste durant son Université d’été 2013

À l’Université d’Été du Parti Socialiste à La Rochelle, se sont exprimées deux visions pro-européennes au sein de la Gauche. Dans les deux cas, le Parlement européen est important : pour être un simple soutien à l’a ré-orientation de l’Europe ou pour être un acteur de celle-ci.

On peut avoir l’impression que les politiques n’ont pas parlé d’Europe lors des deux premiers événements de cette rentrée politique, les Universités d’Été d’Europe Écologie et du Parti Socialiste. Comme pour d’autres sujets, les médias n’en feront pas de résumé en raison du temps d’écoute réduit pour les informations. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a d’ailleurs tenu à s’excuser auprès du public présent dans la salle où il intervenait car la qualité des débats de cet atelier sur l’Europe et l’absence de petites phrases sur d’autres sujets font qu’on en parlera pas dans la presse.

Les Socialistes ont bien parlé d’Europe durant cette université d’Été, à l’instar d’autres sujets :

  • deux ateliers y ont été consacrés (Défense et élections européennes),
  • une plénière,
  • discours d’une heure de Martin Schulz, président du Parlement européen
  • le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a fait de l’Europe le premier grand sujet de son intervention de clôture.

Que faut-il en retenir ? Que le PS a deux manières d’aborder l’Europe « de gauche ». La première vision rend l’État acteur du rapport de forces en Europe : la France doit ré-orienter l’Europe pour faire une Europe sociale. La seconde : c’est en gagnant au Parlement européen qu’on imposera une Commission n’étant pas « néo-libérale ».

Le mythe d’une France phare de l’Europe

Un an après avoir gagné l’élection présidentielle, les ministres sont venus défendre l’action de François Hollande et du gouvernement. L’Europe doit ainsi être « ré-orientée ». Pour Jean-Christophe Cambadélis, il y a déjà un changement d"humeur en Europe depuis que Hollande est élu.

Dans cette vision, le débat gauche/droite est présent mais sert surtout à ne pas prendre la responsabilité du décrochage de l’Europe dans les sondages : les choix des ces dernières années ont abîmé l’idée d’Europe chez nos concitoyens selon Elisabeth Guigou, présidant actuellement la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Elle critique ainsi fortement une Commission européenne qui se serait « technocratisée », ajoutant que ce n’était pas le cas du temps de Jacques Delors...

Laurent Fabius explique sur le même thème que les citoyens européens ne savent pas que ce sont les conservateurs qui sont au pouvoir en Europe. C’est là qu’intervient le Parlement européen. Face au Conseil européen dominé par les conservateurs, il faudrait un hémicycle à Bruxelles et Strasbourg de gauche et fort face au pouvoir exécutif selon les mots de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

Le Parlement européen ne jouerait donc que le rôle de soutien pour les gouvernements de gauche...

Les Européennes de 2014, un vote « utile ou exutoire » ?

Il est à noter positivement que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a fait de l’Europe, le premier enjeu de son discours de rentrée, dimanche matin. Il a rappelé l’initiative européenne de François Hollande :

"Ces changements s’accompagnent de propositions nouvelles pour relancer la construction politique de l’Union. Elles ont deux priorités pour redonner à l’Europe toute sa force et tout son sens

  • installer un véritable gouvernement économique de la zone euro pour décider d’une politique économique commune qui dispose d’une véritable capacité budgétaire,
  • et définir une stratégie européenne pour les industries d’avenir avec notamment le lancement d’une communauté européenne de l’énergie qui favorise la transition énergétique.

Ces propositions sont sur la table. Elles devront faire l’objet d’un débat avec nos partenaires ; en premier lieu avec nos partenaires allemands au lendemain de leurs élections législatives de septembre."

On voit bien que l’Europe se développe entre États selon cette approche. Il n’est pas question de Commission-gouvernement de l’Europe ou de Parlement européen détenteur de la souveraineté du peuple européen. Les négociations sont internationales et se déroulent avec nos partenaires, notamment allemand.

Voici ce qu’il dit à proprement parler des Européennes de 2014 : Ce choix de la réorientation de l’Europe est un impératif ! Ce sera l’enjeu des élections européennes de 2014. Si l’Europe n’assure plus la protection d’un certain mode de vie, si son influence sur les affaires planétaires décline, si elle ne parvient pas à enrayer, en son sein, le creusement des inégalités entre des Etats membres prospères au Nord et d’autres en crise au Sud, alors nous assisterons à sa désintégration ; désintégration accélérée par le poids grandissant des populistes de tous poils. Le Grillo italien a fini de faire rire. Mais il doit encore nous faire réfléchir et agir...

Le premier défi que nous devons relever pour les élections européennes, c’est de faire comprendre que ce vote est un vote utile, que ce n’est pas un exutoire. Que cela ne doit pas devenir un rendez-vous pour rien. Il doit porter une alternative !

L’électeur se retrouve donc devant une alternative peu réjouissante pour les Européennes de 2014 : soit il vote « utile » soit son vote ne servira « à rien ». On peut clairement s’interroger sur cette vision de l’Europe où l’électeur européen n’est là que pour apporter son soutien à son gouvernement national pour des négociations internationales. Cependant, dans une logique d’Europe confédérale, Jean-Marc Ayrault est tout à fait cohérent avec ce pourquoi la majorité socialiste et François Hollande ont été élus : défendre les intérêts français.

Le Parlement européen, acteur du changement de majorité en Europe ?

Une autre vision de l’Europe a eu cours durant cette Université d’été. Une approche moins intergouvernementale et tout aussi politiquement marquée à gauche. Que cela soit dans les discours de Catherine Trautmann, Martin Schulz ou Paul Magnette, le Parlement européen est acteur du changement de fonctionnement de l’Europe. Pour eux, l’Europe pour arrêter d’être « néo-libérale » doit changer de Commission européenne. Dans ce but, ils rappellent que le groupe majoritaire au Parlement européen pourra imposer son candidat à la tête de la Commission européenne.

Pour le Belge Paul Magnette il faut politiser l’Europe car notre projet n’est pas celui de la droite de Barroso. Les propositions de régulation, de ré-orientation, de reprise en main du politique face à la finance, sont les mêmes que celles de Fabius, Le Foll ou Repentin. Cependant le procédé pour y arriver n’est pas le même.

Les défenseurs d’un Parlement européen au coeur du changement politique en Europe sont bien plus offensifs : ils ne défendent pas un bilan ou une Europe qui avance petit à petit. Ils font des propositions pour améliorer la situation directement. Catherine Trautmann souhaite de développer l’Europe des territoires, quand Paul Magnette annonce un « 6 pack de gauche » et Martin Schulz veut empêcher l’optimisation fiscale à outrance des grandes entreprises en Europe.

Ils ont produit les discours les plus applaudis. Pourtant, au Parti Socialiste français, on sait bien qu’une frange non négligeable des militants sont de plus en plus eurosceptiques. Cependant un Martin Schulz sait rétablir le dialogue avec eux en expliquant : Je rappelle qu’il faut être prudent et ne pas qualifier d’anti-européen une personne qui critique l’Europe d’aujourd’hui. Moi aussi je le fais.

On voit bien que la dynamique positive est du côté de ceux qui veulent que le débat politique sur l’Europe se passe lors des élections et non plus seulement dans les couloirs du Conseil.

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Vos commentaires

  • Le 27 août 2013 à 12:18, par Jean-Paul Doguet En réponse à : Université d’été des Socialistes : deux visions de l’Europe et du Parlement européen

    Merci Fabien pour ce compte-rendu très intéressant, qui parle de ce dont les médias ne parlent pas. On peut se demander hélas si ce clivage interne aux socialistes ne sépare pas tout simplement ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas. Noter aussi qu’il a un équivalent au sein de l’UMP.

  • Le 27 août 2013 à 13:03, par GIRAUD jean-guy En réponse à : Université d’été des Socialistes : deux visions de l’Europe et du Parlement européen

    L’UE a moins besoin d’une réforme politicienne de droite ou de gauche que d’une réforme institutionnelle lui permettant de stopper sa dérive intergouvernementale et bientôt nationaliste - et reprendre le chemin de l’intégration politique à laquelle il n’existe aucune alternative crédible. Les forces pro-européennes devraient donc s’unir pour proposer cette réforme, seul contre-projet au démantèlement de l’UE préparé par le Rouaume-Uni. Des travaux préparatoires existent, effectués notamment par les JEF, l’UEF, le MEI, les European Federalists Papers, etc ... Au travail donc ! JGG

  • Le 30 août 2013 à 13:30, par tnemessiacne En réponse à : Université d’été des Socialistes : deux visions de l’Europe et du Parlement européen

    Les médias vont bien parler des élections européennes, c’est une question de temps. Mais quand ?

    Belle vision, l’idée de la France qui réoriente l’Europe ou l’idée que c’est les partis au parlement qui la réorientent. Ou juste l’oriente pour une nouvelle mandature

  • Le 30 août 2013 à 13:51, par tnemessiacne En réponse à : Université d’été des Socialistes : deux visions de l’Europe et du Parlement européen

    Une dose d’Europe intergouvernementale (Conseil européen) et une dose d’Europe Unie (Parlement et Commission). C’est pourquoi il est nécessaire d’avoir les deux visions celle de la France et des autres pays (gouvernements) et celle des citoyens direct (parlement et possibilité théorique d’interpeller ses députés) et de l’Union (Commission et parlemnent).

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